Utilisation et ruissellement des produits phytosanitaires dans du bassins versants péri-urbains :
le Morbras et le Réveillon. 
 
Etude réalisée par Frédéric Farrugia, Jean-Marie Mouchel et Hélène Guivarc'h
avec le concours du Conseil Général du Val de Marne.
 
Les herbicides utilisés dans les zones urbaines peuvent poser de sérieux problèmes pour la production d'eau potable. En effet, bien que peu d'herbicides soient utilisés en zone urbaine à l'échelle nationale, en comparaison des usages agricoles, les apports urbains de ces produits sont concentrés sur des surfaces très imperméables, à proximité parfois de prises d'eau en rivière. Or, on connaît très mal les usages et les quantités d'herbicides utilisées en milieu urbain, ni leurs coefficients de transfert vers le milieu aquatique récepteur. Deux bassins versants semi-urbains (le Morbras et le Réveillon) ont été sélectionnés dans le Val-De-Marne, près de Paris, pour les évaluer.
Localisation des bassins versants du Morbras et du Reveillon 
Localisation des bassins versants du Morbras et du Réveillon.
 
 
Occupation des sols.  Occupation des sols dans les bassins versants du Morbras et du Réveillon

La partie amont de ces bassins versants est essentiellement agricole ou couverte par des forêts, alors que la partie aval, est très fortement urbanisée. Entre les deux bassins versants, une zone de plateau est occupée par des bois.

 
 
Des enquêtes ont été organisées auprès de tous les utilisateurs non agricoles dans les bassins versants pour évaluer les produits et les quantités utilisées annuellement, ainsi que les périodes d'épandage. Les usages agricoles de herbicides ont été estimés après des entretiens avec un représentant de la chambre d'agriculture. 

Les utilisateurs non agricoles, outre les particuliers, comprennent la SNCF, les différents services départementaux ou municipaux chargés de l'entretien des voiries et d'équipements collectifs (cimetières, stades, parcs publics...), et certains structures privées (golfs, parcs de chateaux...).

Matières actives utilisées par les utilisateurs non agricoles (excepté les particuliers)
Matières actives utilisées par les agriculteurs
 
 
 
Matières actives utilisées par les particuliers
 
 
Repartition geographique des apports de pesticides en fonction de applicateurs. 
Répartition géographique des apports de produits phytosanitaires selon les differents applicateurs (hormis le chlorate de soude).
Mis à part le mécoprop, les herbicides d'usage urbain (diuron, 2,4-MCPA...) sont différents des herbicides d'usage agricole (isoproturon, atrazine...). Ceci permet de distinguer facilement la contribution de ces deux grands types d'usage du sol. Dans ces bassins à moitié urbains et à moitié ruraux, l'utilisation agricole d'herbicides organiques est sensiblement équivalente à l'utilisation urbaine d'herbicides organiques. 

Par contre, les particuliers en milieu urbain utilisent de très grandes quantités de chlorate de soude (trois fois plus que tous les autres herbicides réunis) ; ce produit n'a pas d'équivalent en milieu rural. Il n'est pas raisonnable de chercher à comparer directement les quantités de chlorate de soude avec celles les autres herbicides.

 
 
 
Préleveur automatique
Des analyses hebdomadaires de S-triazines (atrazine, simazine...), phenyl-urées (diuron, isoproturon, néburon...) et d'acides phénoxy-acétiques (2,4-D, 2,4-MCPA...) ont été réalisées aux exutoires de 6 sous-bassins, à partir d'échantillons hebdomadiares intégrés. Les trois mois d'utilisation maximale des produits phytosanitaires (du 15 avril au 15 juillet) ont été échantillonnés. 

Les concentrations mesurées sont élevées pour certains produits, notamment le diuron. Elles dépassent fréquemment la limite des 100 ng/l fixée pour la production d'eau potable. 

Couplées avec des mesures de débits colléctées par le Conseil Général du Val de Marne, ces données nous permettent de calculer les flux de produits évacués par les deux rivières.

 
Flux de produits phytosanitaires dans le Morbras  
(hormis le Diuron)
 
Flux de Diuron dans le Morbras
 
Flux de produits phytosanitaires dans le Réveillon 
(hormis le Diuron)
 
Flux de Diuron dans le Réveillon
 
La comparaison quantités de produits utilisées et des flux mesurés à l'exutoire des bassins versants donnent accès aux coefficients de transfert. 

Ils sont en général inférieurs à 5%, mise à part la simazine pour laquelle des coefficients de 7% environ ont été trouvés. 

En moyenne, les coefficients de transfert des produits urbains (en rouge) sont 2 à 3 fois plus élevés que ceux des produits utilisés en agriculture (en vert). Ces chiffres devraient être rapprochés à la fois de la plus forte imperméabilisation en milieu urbain et des plus fortes doses à l'hectare sur les surfaces traitées

 
Apports, exports et coefficients de transfert des matières actives analysées dans le bassin du Réveillon
 
Apports, exports et coefficients de transfert des matières actives analysées dans le bassin du Morbras
 
Dans les bassins versants du Morbras et du Réveillon, on estime les apports totaux de produits phytosanitaires à environ 16 tonnes. Les apports non agricoles représentent la moitié de ces apports sur une année. Les matières actives utilisées par les agriculteurs sont différentes de celles utilisées par les utilisateurs non agricoles (excepté pour le mécoprop), ainsi on peut facilement retrouver l’origine d’un produit lorsqu’il est détecté. Les produits utilisés par les particuliers sont souvent les mêmes que ceux des collectivités, à l’exception du chlorate de soude et du sulfate de Fer spécifiquement utilisés par les particuliers, et en grandes quantités (17 tonnes par an estimées sur la zone d’étude). 

La contamination des eaux du Morbras et du Réveillon peut relativement bien être corrélée avec les résultats obtenus lors de l’enquête. Le Morbras, dont le bassin est plus urbain que celui du Réveillon présente des pollutions importantes en diuron avant même son entrée dans le Val de Marne. Les concentrations en diuron atteignent 19,7 µg.l-1 pour un prélèvement instantané, montrant l’impact des zones urbaines parfois plus fort que celui des zones agricoles. Le Réveillon subit également une pollution d’origine urbaine mais principalement sur ses derniers kilomètres. 

Les estimations des coefficients de transferts obtenus pour les matières actives analysées confirment que les produits urbains sont plus facilement exportés vers les eaux de surface. 

Finalement, ces résultats suggèrent une réflexion sur l’usage « diffus » des pesticides par les particuliers. Si les produits utilisés et les méthodes employées sont de mieux en mieux connus pour les agriculteurs et les utilisateurs non agricoles (excepté par les particuliers), il semble que l’usage par les particuliers soit souvent négligé car difficile à évaluer. 



Renseignements, contacts : Jean-Marie Mouchel
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