| L'"auto-archivage"
par les chercheurs
Refusant de céder la totalité de leurs droits patrimoniaux
et contestant les prix exorbitants des abonnements, les chercheurs en
physique théorique, en mathématiques, en médecine,
puis en sciences cognitives développèrent, entre 1991
et 1997, des serveurs pour stocker leurs publications avant parution
(preprints), puis après publication dans un journal scientifique
(postprints). Ces serveurs sont accessibles à l'ensemble de la
communauté scientifique internationalement.
Ce mouvement prit de l'ampleur et fut relayé par les organismes
financeurs de la recherche, donnant lieu à plusieurs déclarations
de scientifiques et d'organismes de différents pays réunis
à Budapest (2002), puis à Berlin (2003, 2004 et 2005),
ce qui obligea les éditeurs à céder à cette
pression et à accepter, pour 80% d'entre eux, des dérogations
à leurs contrats de cession des droits d'auteur.
Ainsi, un chercheur peut aujourd'hui déposer son article sur
un serveur institutionnel (aussi appelé "réservoir";
en anglais :"repository") "Open Access", recevoir
aussitôt des commentaires de ses pairs, corriger son article et
le proposer à un éditeur. L'éditeur récupère
ensuite l'article sur le serveur, le soumet au comité de lecture
et publie l'article définitif dans sa revue. L'auteur publie
alors la version définitive corrigée de son article sur
le serveur "Open Access".
Les projets de libre accès (meilleure traduction possible, mais
on rencontre plus souvent "archives ouvertes") concernent
également les échanges de données servant à
la recherche. L'exemple sans doute le plus ancien en France est celui
du Centre de Données Astronomiques de Strasbourg. Un nombre grandissant
de journaux, tels que Nature, demande aux chercheurs soumettant une
publication que les données ayant servi à leurs recherches
soient librement accessibles.
Une base technologique commune
La majorité de ces serveurs opère selon des critères
communs, tels que le Dublin Core pour les métadonnées
et l'utilisation presque généralisée du logiciel
"eprints". Ceci permet, entre autres, de collecter facilement
les informations des serveurs de texte "OA" sur d'autres serveurs,
ce qu'on appelle l'interopérabilité. Un projet britannique
vise la réalisation en 2006 d'un programme permettant les échanges
entre Eprints et Dspace, plate-forme Open Source pour documents électroniques.
A cela s'ajoutent des fonctionnalités de reconnaissance de contenu
avec la technologie ACI, et grâce à des contraintes comparables
aux "instructions aux auteurs", l'utilisation possible du
format XML. On prédit également un grand avenir aux projets
STIX (Scientific and Technical Information Exchange) et EIO (Essential
information Objects) qui devraient faciliter le traitement d'une plus
grande variété de données.
Les réservoirs et les bases de données"Open
Access"
Parmi les serveurs ou réservoirs les plus connus et les plus
fournis, on citera arXiv.org, Cogprints et PubMed. En France, on citera
le CCSD, initiative du CNRS, qui inclut un miroir de arXiv et des publications
françaises sur plusieurs « serveurs » (publications,
thèses, cours, serveurs thématiques).
De plus, les bases de données OA, à l'exemple de PubMed
Central (PMC), offrent des fonctionnalités tout à fait
comparables à celles d'un produit comme ScienceDirect (Elsevier).
La plate-forme européenne Cyclades, dont la version bêta
a été lancée en 2005, proposera notamment : constitution
de fonds paramétrables pour une communauté de chercheurs,
profils d'alerte automatisés, partage de documents, annotations,
etc. Le CCSD propose des accès portant sur une partie des archives,
par thématique ou par organisme producteur et des alertes par
courrier électronique.
Des moteurs dits "moissonneurs" ou "OA harvesters"
sont également apparus. Les plus connus sont OAIster (Université
du Michigan), Citeseer, Xcat (thèses), l'infothèque francophone
(ressources pédagogiques) et, depuis 2005, le portail Sudoc (réseau
de l'enseignement supérieur français). Ils recensent les
publications de différents serveurs OA, avec, parfois, une indexation
du document (mots clés). "Citeseer " a développé,
grâce à la technologie ACI, un système de citations
croisées qui n'est pas sans rappeler le Science Citation Index
(Thomson ISI).
Malgré leur jeune âge, ces bases constituent une référence
de plus en plus viable, au regard de la diffusion du savoir. OAIster,
par exemple, recense déjà plus de 6 millions d'articles
accessibles intégralement et gratuitement, et un accord conclu
en 2005 avec le célèbre moteur de recherche "Yahoo!"
devrait lui permettre de proposer des fonctionnalités nouvelles
tout en lui donnant plus de visibilité.
Une visibilité qui accroît le facteur de citation
Il est désormais avéré qu'un article stocké
sur une "archive ouverte" est plus souvent cité qu'un
article publié traditionnellement, ce qui avait déjà
été montré par une étude de la bibliothèque
de l'université de Caroline du Nord. Thomson ISI, productrice
du Journal Citation Index, ajoute que, d'après les autorisation
données par les éditeurs, 56% des articles indexés
par le Web of Science pourraient aujourd'hui être stockés
par les auteurs sur des sites institutionnels.
Les publications des chercheurs de l'École des Ponts ParisTech
Les chercheurs de l'École des Ponts ParisTech ont peu d'obstacles à la mise en ligne
de leurs publications sur un site institutionnel. Le service documentaire
de l'École des Ponts ParisTech a effectué
en juillet 2004, un sondage auprès d'éditeurs ayant publié
des articles ou communications de congrès de chercheurs de l'Ecole.
Les réponses des grands éditeurs (qui ne sont pas forcément
éditeurs de revues) montrent, à l'instar de ceux répertoriés
par la base RoMEO, une certaine ouverture à l'égard du
stockage sur un serveur Open Access :
Balkema (Taylor & Francis) : autorisation de mettre
en ligne les articles, communications de congrès, publiés
par cet éditeur sur l'intranet immédiatement, puis sur
un serveur OA 12 mois après publication. Ceci s'applique sur
tout ce qui a déjà été publié.
Swetz & Zelinger : contractuellement, seul l'auteur
(publisher) a le droit de stocker ses publications. L'éditeur
(editor) autorise donc ce stockage si l'auteur est d'accord.
LCPC : éditeur des Journées Scientifiques
des Ingénieurs, le Lcpc autorise les auteurs de l'École des Ponts ParisTech à
stocker leurs communications sur leur page personnelle.
Lavoisier : le contrat anglais stipule la possibilité
pour l'auteur de stocker ses articles publiés à condition
de citer la référence du journal et d'ajouter un lien
url vers la version publiée par Lavoisier. Le contrat français
n'indique rien en la matière.
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