| Le "nouveau
modèle économique"
En réaction à l'augmentation excessive du prix des abonnements,
certains comités de lecture de revues renommées ont démissionné
pour créer une nouvelle version de leur revue, mais selon un
modèle économique plus "équitable". Sont
ainsi apparus les journaux électroniques "Open Access".
La viabilité économique d'une telle publication peut reposer
sur plusieurs modèles. Le plus discuté et le plus connu,
mais qui ne concernerait que la moitié des périodiques
OA, repose sur le paiement, par l'auteur ou son organisme financeur,
d'un droit de publication ("author pays"). L'Open Access Initiative
de Budapest a publié deux guides pour l'édition de journaux
électroniques.
Les exemples les plus « aboutis » ayant connu un développement
considérable sont ceux de BioMed Central en médecine,
biologie et biomédecine, lancé en 2000 par le Current
Science Group, et du PLoS (Public Library of Science) en biologie et
médecine. Ce dernier fut lancé par le Joint Information
Systems Committee (JISC). Ceci ne doit pas cacher les quelques 7000
autres titres gratuits existants, dont près de 2000 à
comité de lecture (« peer-reviewed »).
Un modèle "intermédiaire" est proposé
par des organismes non lucratifs ou des sociétés savantes
éditeurs de journaux. Par une déclaration dite de "Washington
D.C. " (16 mars 2004), elles affirment en 6 points leur attachement
à la diffusion la plus large possible de la production scientifique.
Leur modèle n'est cependant pas totalement gratuit : certains
articles récents et les archives ne sont accessibles qu’au-delà
d'un délai variable d'"embargo" (6 mois à 2
ans). Le reste est réservé aux abonnés.
En France, plusieurs initiatives ont vu le jour au sein du CNRS : le
département des sciences humaines et sociales a lancé
"revues.org", un portail déstiné à aider
les revues à publier électroniquement selon un modèle
à géométrie variable : accès totalement
gratuit immédiatement, avec "embargo" de 6 mois ou
plus, mélange d'articles d'accès gratuit et payant, etc.
l''INIST a mis en place "irevues", un service d'édition
électronique assorti d'un service de numérisation rétrospectif
des numéros anciens. Le Centre d'édition numérique
scientifique (Cens) à Lyon, créé en novembre 2004,
a pour objectif d'aider les revues papier à passer en ligne sur
l'internet sur une plateforme pérenne afin d'améliorer
leur visibilité internationale. Le CNRS, qui a nommé un
responsable sur ce sujet en janvier 2005, souhaite regrouper ces initiatives
.
L'avenir de ce modèle
Bien que le facteur d'impact puisse être une référence
contestée, on peut constater que, d'après une étude
de la société Thomson ISI sur le facteur d'impact des
239 journaux OA retenus par leur base montre que ces journaux ont un
facteur d'impact généralement au-dessus de la moyenne
en mathématiques, physique et sciences de l'ingénieur.
PloS Biology, revue OA évaluée pour la première
fois en 2005, a obtenu le facteur d'impact le plus élevé
de sa discipline.
Le rôle des éditeurs
Les éditeurs disposent de nombreux atouts dont, pour l'instant,
le quasi-monopole des revues à fort facteur d'impact, une offre
pléthorique et un corpus sans cesse grandissant d'articles anciens
numérisés. Leur attitude, au départ très
hostile, s'est assouplie, du moins pour certains.
Tout en afirmant que les prix de leurs abonnements
sont justifiés et en dépit d'économies substantielles
générées par le passage à l’électronique
(400 000 euros annuels pour la revue Science, par ex.), certains éditeurs
proposent un modèle "Open access" mais à un
tarif qui reste élevé. Ainsi, par exemple, le nouveau
groupe Springer-Kluwer a lancé l'Open Choice : un auteur peut
choisir de payer pour publier, de façon à ce que son article
soit accessible sans abonnement. Derk Hank, responsable du groupe déclarait
en 2004 qu'il s'agissait "du premier test commercial de l'attrait
pour l'Open Access" destiné à savoir une bonne fois
pour toutes "si les chercheurs veulent vraiment de l'Open Access".
Les responsables de Blackwell proposent Online Open, mais se montrent
très virulents à l’égard de l’OA en
général.
Par ailleurs, les produits qu'ils proposent vont bien
au-delà du simple abonnement. Les grands éditeurs développent
des moteurs de recherche très élaborés assortis
de services connexes très utiles aux chercheurs. Leur souci est
donc aujourd'hui, selon eux, de passer du modèle d'abonnement
au modèle de licence pour des moteurs de recherche. Ceci contribue
à rendre floue la notion d'abonnement à un titre précis
pour une période donnée et rend difficile le remplacement
d'un titre payant par un titre gratuit de valeur équivalente,
comme évoqué plus haut.
Ceci doit expliquer la relative facilité avec
laquelle ces éditeurs acceptent l'intégration du nouveau
modèle économique dans leurs publications, tout en conservant
des pratiques commerciales agressives (voir le chapitre suivant sur
les bibliothèques) et en focalisant leur lutte sur le stockage
"d'archives ouvertes" (voir le chapitre sur les politiques
publiques). Le fait, pour le groupe Springer, d'avoir embauché
en 2005 un responsable de l'Open Access ayant occupé des postes
clés chez des éditeurs OA tels que BioMed Central montre
également que l'édition Open Access retient plus que jamais
l'attention des éditeurs.
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