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DES PONTS ET CHAUSSEES

Kumar GUHA

mise à jour : 16.01.2006

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L'Open Access (2) - l'e-édition

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La communauté scientifique est à l'origine d'un deuxième mouvement de réaction aux situations monopolistiques des éditeurs : les journaux Open Access (OA), dont l'accès est gratuit. Les premières études montrent que quelques titres ont un excellent facteur d'impact. Les éditeurs, après avoir fortement mis en cause ce modèle, semblent vouloir jouer le jeu. Ils misent, en tout cas, sur la valeur ajoutée que leur apportent les moteurs de recherche qu'ils commercialisent de pair avec leurs abonnements

 

Ce dossier est constitué à partir d’articles et d’informations réunies essentiellement sur internet entre 2003 et janvier 2006. Les sources ayant servi à un chapitre précis sont citées à la fin dudit chapitre. On se reportera aux liens utiles pour les adresses de référence en matière d’Open Access.

   

Le "nouveau modèle économique"
En réaction à l'augmentation excessive du prix des abonnements, certains comités de lecture de revues renommées ont démissionné pour créer une nouvelle version de leur revue, mais selon un modèle économique plus "équitable". Sont ainsi apparus les journaux électroniques "Open Access".
La viabilité économique d'une telle publication peut reposer sur plusieurs modèles. Le plus discuté et le plus connu, mais qui ne concernerait que la moitié des périodiques OA, repose sur le paiement, par l'auteur ou son organisme financeur, d'un droit de publication ("author pays"). L'Open Access Initiative de Budapest a publié deux guides pour l'édition de journaux électroniques.
Les exemples les plus « aboutis » ayant connu un développement considérable sont ceux de BioMed Central en médecine, biologie et biomédecine, lancé en 2000 par le Current Science Group, et du PLoS (Public Library of Science) en biologie et médecine. Ce dernier fut lancé par le Joint Information Systems Committee (JISC). Ceci ne doit pas cacher les quelques 7000 autres titres gratuits existants, dont près de 2000 à comité de lecture (« peer-reviewed »).
Un modèle "intermédiaire" est proposé par des organismes non lucratifs ou des sociétés savantes éditeurs de journaux. Par une déclaration dite de "Washington D.C. " (16 mars 2004), elles affirment en 6 points leur attachement à la diffusion la plus large possible de la production scientifique. Leur modèle n'est cependant pas totalement gratuit : certains articles récents et les archives ne sont accessibles qu’au-delà d'un délai variable d'"embargo" (6 mois à 2 ans). Le reste est réservé aux abonnés.
En France, plusieurs initiatives ont vu le jour au sein du CNRS : le département des sciences humaines et sociales a lancé "revues.org", un portail déstiné à aider les revues à publier électroniquement selon un modèle à géométrie variable : accès totalement gratuit immédiatement, avec "embargo" de 6 mois ou plus, mélange d'articles d'accès gratuit et payant, etc. l''INIST a mis en place "irevues", un service d'édition électronique assorti d'un service de numérisation rétrospectif des numéros anciens. Le Centre d'édition numérique scientifique (Cens) à Lyon, créé en novembre 2004, a pour objectif d'aider les revues papier à passer en ligne sur l'internet sur une plateforme pérenne afin d'améliorer leur visibilité internationale. Le CNRS, qui a nommé un responsable sur ce sujet en janvier 2005, souhaite regrouper ces initiatives .

L'avenir de ce modèle
Bien que le facteur d'impact puisse être une référence contestée, on peut constater que, d'après une étude de la société Thomson ISI sur le facteur d'impact des 239 journaux OA retenus par leur base montre que ces journaux ont un facteur d'impact généralement au-dessus de la moyenne en mathématiques, physique et sciences de l'ingénieur. PloS Biology, revue OA évaluée pour la première fois en 2005, a obtenu le facteur d'impact le plus élevé de sa discipline.

Le rôle des éditeurs
Les éditeurs disposent de nombreux atouts dont, pour l'instant, le quasi-monopole des revues à fort facteur d'impact, une offre pléthorique et un corpus sans cesse grandissant d'articles anciens numérisés. Leur attitude, au départ très hostile, s'est assouplie, du moins pour certains.

Tout en afirmant que les prix de leurs abonnements sont justifiés et en dépit d'économies substantielles générées par le passage à l’électronique (400 000 euros annuels pour la revue Science, par ex.), certains éditeurs proposent un modèle "Open access" mais à un tarif qui reste élevé. Ainsi, par exemple, le nouveau groupe Springer-Kluwer a lancé l'Open Choice : un auteur peut choisir de payer pour publier, de façon à ce que son article soit accessible sans abonnement. Derk Hank, responsable du groupe déclarait en 2004 qu'il s'agissait "du premier test commercial de l'attrait pour l'Open Access" destiné à savoir une bonne fois pour toutes "si les chercheurs veulent vraiment de l'Open Access". Les responsables de Blackwell proposent Online Open, mais se montrent très virulents à l’égard de l’OA en général.

Par ailleurs, les produits qu'ils proposent vont bien au-delà du simple abonnement. Les grands éditeurs développent des moteurs de recherche très élaborés assortis de services connexes très utiles aux chercheurs. Leur souci est donc aujourd'hui, selon eux, de passer du modèle d'abonnement au modèle de licence pour des moteurs de recherche. Ceci contribue à rendre floue la notion d'abonnement à un titre précis pour une période donnée et rend difficile le remplacement d'un titre payant par un titre gratuit de valeur équivalente, comme évoqué plus haut.

Ceci doit expliquer la relative facilité avec laquelle ces éditeurs acceptent l'intégration du nouveau modèle économique dans leurs publications, tout en conservant des pratiques commerciales agressives (voir le chapitre suivant sur les bibliothèques) et en focalisant leur lutte sur le stockage "d'archives ouvertes" (voir le chapitre sur les politiques publiques). Le fait, pour le groupe Springer, d'avoir embauché en 2005 un responsable de l'Open Access ayant occupé des postes clés chez des éditeurs OA tels que BioMed Central montre également que l'édition Open Access retient plus que jamais l'attention des éditeurs.

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      Sources

Liste des "déclarations d'indépendance" des comités de lecture "dissidents" : http://www.earlham.edu/~peters/fos/lists.htm#declarations
Guides de publication OA :
http://www.soros.org/openaccess/oajguides/ ;
L'association ALPSP regroupe des sociétés savantes éditeurs : http://www.alpsp.org/default.htm .
le repertoire de " e-périodiques" gratuits le plus à jour est alimenté par un réseau de bibliothèques allemandes : http://rzblx1.uni-regensburg.de/ezeit/fl.phtml?bibid=AAAAA&colors=1&lang=en ; On trouvera aussi une liste alphabétique de 7000 titres sur : http://www.freefulltext.com/ . ; le DOAJ : http://www.doaj.org/, ne recense que les journaux "OA" à comité de lecture.
On trouvera une analyse détaillée de la déclaration de Washington sur SPARC Open Access News: http://www.earlham.edu/~peters/fos/newsletter/04-02-04.htm#dc .

Sur le facteur d'impact de PloS Biology, voir la newsletter du 2 janvier 2006 du SPARC Open Access News : http://www.earlham.edu/~peters/fos/fosblog.html
L'Etude de Thomson ISI sur le facteur d’impact : http://thomsonscientific.com/newsletter/2004-11/8254463/ .
Les coûts : http://www.infotoday.com/it/sep04/poynder.shtml , http://www.inist.fr/PRODUITS/editionelec.php .
PLoS, par exemple, est largement financé par Wellcome Trust : http://www.biomedcentral.com/news/20031001/03/
Sur le coût estimé d'un article OA, D.Hank avance le chiffre de 3500 dollars, citant un rapport du Wellcome Trust qui indique un maximum de 2750.
http://www.wellcome.ac.uk/assets/wtd003184.pdf

Certains éléments d’analyse on pour source :
Open Access : the Battle for Universal, Free Knowledge / Carol Ebbinghouse, The Sidebar, vol.13, n°3, march 2005, consulté le 18/04/2005 sur : http://www.infotoday.com/
Article de J. Esposito "The devil you don't know : the unexpected future of Open Access publishing" (août 2004) : http://firstmonday.org/issues/issue9_8/esposito/ .

Sur les économies réalisées par la revue Science : Information Technology's building blocks (report from de field) / Hawkins, Donald T., Information today, vol.22, issue 9, octobre 1, 2005, p.28.
Les positions des éditeurs :
Elsevier : The New View at the Top (interview) / Kaser, Dick, Information Today, vol.22, issue 8, September 1, 2005, p.29.
Kluwer-Springer, interview "Put up or Shut Up" (septembre 2004) : http://www.infotoday.com/it/sep04/poynder.shtml .
Blackwell : « ALPSP study questions OA viability », Bob Pickering, Information world review, 04.11.05, consulté sur : http://www.iwr.co.uk/ et aussi Sage Open Access News du 20.08.2005 (voir liens utiles)

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