| Le
nécessaire engagement des bibliothèques
A la suite des chercheurs, les bibliothèques, déjà
largement impliquées dans la promotion et le développement
de " l'Open Access", ont fini, fin 2003, par réagir
à la pression financière et à la politique agressive
de réabonnement des éditeurs scientifiques traditionnels.
Les bibliothèques de grandes universités comme Berkeley,
le MIT ou Harvard ont pratiqué des coupes drastiques dans leurs
abonnements à Reed Elsevier ou Wiley Interscience notamment,
avec bruit et fracas, fin 2003. Elles se sont engagées, dans
le même temps, à développer la mise en ligne, et
aussi la conservation des publications électroniques sur des
serveurs de texte, et à promouvoir le développement de
l' "Open Access" au sein de la communauté scientifique.
Fin 2004, le consortium des bibliothèques Suisses a renoncé
à conclure un accord global avec ScienceDirect (Reed Elsevier).
De mai 2004 à avril 2005, le consortium français Couperin
a mené des négociations avec ce même éditeur.
Il en résulte, pour certains établissements, une augmentation
sur trois ans de 150%. Enfin, les consortiums européens se sont
réunis en octobre 2004 à Barcelone et ont décidé
de s'unir dans leurs négociations avec les éditeurs scientifiques.
De plus, les abonnements sous forme de bouquets, conduisent à
une grande confusion entre l'accès à un service et l'accès
à un titre et complexifie la question de la conservation et du
stockage des numéros. De plus, les éditeurs, visiblement
désireux de rentabiliser une numérisation rétrospective
intensive, proposent aujourd'hui l'accès aux archives, par achat
ou abonnement, ce qui constitue une ponction nouvelle dans les budgets
des bibliothèques.
Les bibliothèques commencent à prendre conscience qu'il
ne suffit pas de soutenir l'Open Access, il faut également adapter
sa politique d'acquisition. Les bibliothèques françaises,
dégagées des dures négotiations liées à
des marchés conclus en 2005 pour 3 ans, devraient pouvoir intensifier
la mise en valeur des ressources gratuites et validées (journaux
à comités de lecture, serveurs institutionnels) issues
du libre accès.
La réaction
des éditeurs
Les éditeurs, qui jouissent d'un quasi-monopole sur les titres
les plus réclamés par les chercheurs, disposent d'une
marge de manoeuvre suffisante, grâce, notamment, aux produits
de recherche performants qu'ils acollent à leurs abonnements.
La demande des bibliothèques de pratiquer une politique de prix
plus raisonnable est balayée avec constance au motif que le prix
actuellement payé est loin d'être celui que coûterait
un abonnement réel à tous les titres accessibles. De plus,
les éditeurs misent sur un développement de moteurs de
recherche avec le texte intégral tels que Scopus (Reed Elsevier),
et qui viendraient remplacer le couple moteur/abonnement d'un produit
comme ScienceDirect (Reed Elsevier) ou Compendex.
Ils savent par ailleurs que les chercheurs sont attachés aux
titres classiques, au facteur d'impact et que la moitié d'entre
eux n'ont aucune idée de ce qu'est l'Open Access et encore moins
de ses avantages pour leur renommée et leurs recherches, ce qui
les conforte dans leurs positions.
Les éditeurs ne restent donc pas inactifs face au libre accès.
Ils recrutent au sein du mouvement (voir le chapitre "e-edition"),
ils investissent dans de nombreux projets, y compris des projets Open
Access, et pratiquent parallèlement un lobbying intensif consistant
à dénigrer le mouvement (voir chapitre sur les politiques
publiques).
On notera, à titre d'exemple, leur forte participation au projet
"Google Scholar". Ce puissant moteur de recherche propose
en version bêta un accès aux publications scientifiques
jusque là restées dans le "web invisible". En
autorisant Google à indexer leur contenu payant, ils se mêlent
ainsi aux institutions donnant accès à leur contenu gratuit,
diminuant par là-même - volontairement? - la visibilité
de ces dernières.
Participation à l'auto-archivage et à l'e-edition
Si les tous premiers serveurs de texte ont été créés
par les chercheurs eux-mêmes, les bibliothèques et centres
de documentation, habitués, depuis internet, à évoluer
à un rythme accéléré, ont rapidement pris
le relais, grâce à leur expérience en techniques
de l'information et de la documentation et dans le cadre de leur mission
d'information à l'égard des chercheurs.
En France, les principales initiatives dans ce domaine, qu'il s'agisse
de l'INIST, de l'INSERM, de l'INRIA ou de l'INRA, émanent des
professionnels de la documentation. Cependant, face à la frilosité
d'une partie de la communauté scientifique française,
certains projets, comme à l'université de Lyon 2 ou au
sein du consortium Paristech, se cantonnent pour l’instant au
stockage des thèses, la collecte étant plus facile à
organiser dans une structure d'enseignement. Mais ces réservoirs
mis en place ont prévu d'intégrer les publications scientifiques
dès que cela sera possible.
La participation des bibliothèques, en terme de formation et
d'assistance à l'auto-archivage sera certainement le prochain
défi de la profession . En effet, les chercheurs ne s'occupent
généralement pas des problèmes de distribution
ou de diffusion de leurs articles, ce qui est le plus souvent le rôle
de l'éditeur . Or, les archives institutionnelles présupposent
un "auto-archivage" qui serait une tâche nouvelle à
assimiler pour des chercheurs déjà submergés par
les questions de gestion administrative et se plaignant de ne plus avoir
de temps pour la recherche. Les bibliothèques semblent les mieux
placées pour jouer ce rôle d'accompagnateur, du moins pour
faciliter l'appropriation de ce nouveau mode d'échange professionnel.
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