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ECOLE NATIONALE
DES PONTS ET CHAUSSEES

Kumar GUHA

mise à jour : 16.01.2006

DOSSIER

 

 

L'Open Access (4) - Les politiques publiques

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Les politiques publiques
Perspectives de l'Open Access
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Les engagements pris au niveau international (Unesco, OCDE), puis les politiques menées au niveau national (NIH, RCUK, CNRS) vont dans le sens d'une application de l'Open Access en tant qu'accès aux publications financées par des fonds publics. Si certains grands éditeurs continuent de vouloir contrer le développement d'archives ouvertes, il n'est pas impossible que 2006 voie la consolidation d'un certain nombre de politiques publiques favorables à ce développement.

 

Ce dossier est constitué à partir d’articles et d’informations réunies essentiellement sur internet entre 2003 et janvier 2006. Les sources ayant servi à un chapitre précis sont citées à la fin dudit chapitre. On se reportera aux liens utiles pour les adresses de référence en matière d’Open Access.

   

Un engagement international fort, une application nationale encore timide
Face à l'engagement commun des chercheurs, des bibliothèques et des organismes de recherche, les autorités politiques ont commencé à se pencher sur la double question des réservoirs OA et du nouveau modèle économique des revues scientifiques.
L'Unesco a lancé en 2002 un programme intergouvernemental "Information for All" qui favorise le librea accès et pour lequel la France, par exemple, a versé 45000 euros en 2005 (la Chine a versé 20000 dollars). Les ministres de la recherche scientifique et technologique de l'OCDE ont adopté, le 30 janvier 2004, une "Déclaration sur l'accès aux données de la recherche financée par des fonds publics" visant à élargir cet accès et dont la teneur va dans le sens du mouvement de l'Open Access.
Aux Etats-Unis, sur une recommandation du parlement, les NIH (National Institutes of Health), principale source de financement public en recherche médicale, ont élaboré un projet visant à demander aux chercheurs qu'il finance de déposer une copie de leurs articles publiés dans des revues à comité de lecture sur un réservoir (PubMed Central), six mois après leur publication. L'immense majorité des chercheurs et décideurs était favorable, mais, sous la pression des éditeurs, le delai de six mois est devenu, non plus un maximum, mais un minimum, avant lequel toute mise en ligne est impossible, le délai d'embargo étant laissé à la discrétion des éditeurs. Ceci contredit l'autorisation déjà donnée par la majorité d'entre eux de mettre en ligne immédiatement la version définitive d'un article. Certains comprennent que les éditeurs ne souhaitent pas voir les politiques publiques conforter cette situation.
Par ailleurs, un projet de loi (CURES Act) concernant près de la moitié des recherches financées au niveau fédéral, vise à rendre obligatoire la mise en ligne des résultats de la recherche sur des serveurs institutionnels. Ce projet devrait être examiné par le parlement américain en 2006. Enfin, de nouvelles universités, aux Etats-Unis et aussi en Suisse, ont pris des engagements ou adopté des résolutions en faveur de l'Open Access. Le CERN a créé un groupe de travail (task force) destiné à développer l'Open Access.
L'Union Européenne a entamé une étude sur le marché des publications scientifiques dont les conclusions n'ont pas encore été rendues publiques. Parallèlement la commission européenne a lancé plusieurs initiatives, dont un projet de plate-forme fédérative d'articles scientifiques nommée "Cyclades" et un projet pour un "harvester", base de donnée européennes des thèses, "ETOL", piloté notamment par le CNRS.
En Grande Bretagne, le Comité Scientifique et Technique de la Chambre des Députés a publié en juillet 2004 un rapport préconisant de rendre obligatoire et systématique le stockage des publications scientifiques des établissements d'enseignement supérieur et des "Research Councils" sur des réservoirs institutionnels. Cependant, le gouvernement britannique et à travers lui, semble-t-il, le ministère du commerce et de l'industrie, a rejeté, à l'automne 2004, les recommandations du rapport. Néanmoins, les Research Councils ont manifesté l'intention, en 2005, d'appliquer ces recommandations. En dépit de réactions cinglantes de la part d'éditeurs comme Reed Elsevier, cette politique devrait être appliquée en 2006. D'autres éditeurs, comme Blackwell, Oxford ou Springer, ont conclu un accord avec le Wellcome Trust (WT, l'un des plus importants soutiens financiers de la recherche), et acceptent que les articles devant être publiés soient mis tout de suite en Open Access, à un coût qui sera financé par le WT et que celui-ci estime à environ 1% du budget annuel.
Dans beaucoup d'autres pays européens, de l'Ukraine à la Finlande en passant par les Pays-Bas et la France, le libre accès est officiellement recommandé, sans être obligatoire.
En France, en octobre 2001, la sous-commission "Science Société" de l'Académie des Sciences avait publié une lettre ouverte sur l'Open Access et la directive européenne sur le copyright. Le CNRS, organisme public ayant déjà signé un accord pour ses chercheurs auprès de l'éditeur OA BioMed Central en 2002, se présente comme le chef de file de l'Open Access français. Son "Centre pour la Communication Scientifique Directe" (CCSD) est un serveur institutionnel ouvert à toute la recherche scientifique. Le CNRS tente de rendre le dépôt des publications de ses chercheurs obligatoire, mais autorise un accès sélectif, en fonction d'embargos fixés par les éditeurs, avec lesquels des négotiations sont en cours. Nous avons déjà cité l'engagement d'organismes publics comme l'INRIA, l'INRA, l'INSERM. Certains serveurs payants, comme Urbamet (Urbanisme, transport et construction) suivent de près l'évolution du libre accès et Urbamet compte intégrer à court terme des notices renvoyant sur des documents issus de serveurs OA existants. le LCPC (Laboratoire Central des Ponts et Chaussées) oblige les laboratoires qu'il finance à lui fournir chaque année l'ensemble des publications des chercheurs pour alimenter une base intranet destinée, à terme, à passer en accès libre.


Aspects juridiques
L'année 2005 a vu le développement d'un droit qui vient, de l'avis de certains, compenser une compréhension trop restrictive du copyright, pour d'autres, compléter utilement ce copyright. Il s'agit des Creative Commons. Créée en 2001, traduite par des juristes en français en 2004 et déclinée pour les sciences en "Science Commons", cette licence a pour objectif d'autoriser l'utilisation d'une oeuvre tout en protégeant son auteur du plagiat, de l'interprétation erronée et/ou de l'utilisation commerciale. Il ne s'agit pas encore d'un "droit" à proprement parler car il n'est pas intégré à la legislation des pays et ne bénéficie encore d'aucune jurisprudence, mais il est déjà utilisé par des serveurs OA, comme le MIT Courseware, par exemple. Ce "droit" pourrait régler de nombreux problèmes en cela qu'il confirme le droit moral de l'auteur sur son oeuvre et sa diffusion, par exemple, à des fins de recherche ou d'enseignement. Droit que la vision actuelle du copyright et du "fair use" empêche de défendre.
Ce n'est évidemment pas l'interprétation qui en est faite par les éditeurs, titulaires de droits patrimoniaux qu'ils exigent des auteurs pour les publier et qu'ils entendent bien mettre complètement à profit. Face à cette situation, certains soulignent que les auteurs scientifiques, à l'inverse des auteurs littéraires ou artistiques, ne perçoivent aucune rémunération sur les produits de la vente de leurs articles.

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      Sources

Sur la réaction de Reed Elsevier au projet des RCUK : Publishers make last stand against open access / Donald McLeod, Tuesday, August 30, 2006, consulté le 6/9/2005 à http://education.guardian.co.uk/
Sur l'accord des éditeurs avec le Wellcome Trust, voir la newsletter de décembre 2005 de l'Open Access News à http://www.earlham.edu/~peters/fos/newsletter/01-02-06.htm.

Politiques publiques:
En Grande Bretagne : http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200304/cmselect/cmsctech/1200/120002.htm .
Aux Etats-Unis : http://www.nih.gov/about/publicaccess/index.htm . Au sujet du CURES Act notamment, voir la newsletter du 2 janvier 2006 du SPARC Open Access News (cf. liens utiles), ainsi que http://lieberman.senate.gov/
Dans l'Union Européenne : http://europa.eu.int/comm/research/press/2004/pr1506en.cfm , http://www.ercim.org/cyclades/ , l'étude a été confiée au laboratoire ECARES à Bruxelles.
En France : http://ccsd.cnrs.fr/accueil.php3?lang=fr . Lettre de la sous-commission de l'Académie des Sciences : http://calenda.revues.org/nouvelle1580.html . Pour l'accord CNRS-Bio Med Central, voir http://www.inist.fr/actualite/article.php3?id_article=9 (actualité Presse de l’Inist du 03.12.2002).
Dans une interview donnée le 20 avril 2005, Peter Suber donne un bref aperçu des résultats de ces politiques en 2005 : Libre accès à l'information scientifique et technique : Actualités, problématiques et perspectives, dossier consulté le 09/05/2005. http://www.inist.fr/openaccess/article.php3?id_article=81 .

Sur les creative commons (voir aussi liens utiles)
« Les creative commons : une nouvelle liberté pour l'information scientifique et professionnelle. Dossier Défidoc ‘Libre’»/ Didier Frochot, consulté le 02 juillet 2005 à http://www.defidoc.com/publications/ds_libre/CreativeCommons.htm
Sur la pratique actuelle du copyright :
Will Fair Use Survive?, Cites & Insights, January 2006, p.14-18.
Open Access : the Battle for Universal, Free Knowledge / Carol Ebbinghouse, The Sidebar, vol.13, n°3, march 2005, consulté le 18/04/2005 sur : http://www.infotoday.com/

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