| Politiques publiques
et éditeurs
L'objectif du mouvement d'Open Access, tel qu'il est défini par
ses défenseurs les plus actifs est "de partager les connaissances
et d'accélérer le processus de recherche".
L'implication encore faible de nombreux chercheurs se voit aujourd'hui
compensée par la conjugaison des efforts des bibliothèques,
d'une minorité de chercheurs toujours aussi actifs, et de politiques
publiques récentes ouvertement favorables à l'Open Access.
Il faut souligner que ces politiques se focalisent pour l'instant sur
les publications de la recherche financée sur fonds publics,
alors que l'Open Access concerne toute la recherche.
Nous avons remarqué une contradiction entre, d’une part,
l'accord d'une majorité d'éditeurs, pour que le chercheur
mette en ligne sur un serveur institutionnel un article déjà
publié et, d’autre part, leur farouche combat contre des
politiques publiques qui rendraient pérenne cet état de
choses, bien que tous les éditeurs n'aient pas la même
attitude vis à vis de l'e-édition ou bien des archives
institutionnelles.
Les défis technologiques
Le développement des blogs et wikis est passé relativement
inaperçu dans le monde des sciences, pourtant initiateur du réseau
Internet. Néanmoins, la notion de "comité de lecture
en ligne" ("online peer-review") n'échappe pas
aux éditeurs scientifiques et, en la matière, les éditeurs
Open Access sont en avance sur leurs homologues classiques. Ils ont
déjà constaté l'efficacité de cette méthode,
tant du point de vue de la rapidité de publication que du nombre
de soumissions ou que de la visibilité des travaux de recherche.
Nous avons vu qu'à "Google Scholar", qui inclue une
forte implication des éditeurs classiques, Yahoo! a répondu
en s'impliquant dans OAIster. De la même façon, le projet
Google Print, devenu Google Books, est concurrencé par l'Open
Content Alliance, à côté de nombreux autres projets
de bibliothèques numériques.
Les bibliothèques numériques
Les projets de bibliothèque numériques ont acquis une
nouvelle visibilité en 2005, avec les affaires liées à
Google Books, et, notamment, le lancement de la Bibliothèque
Numérique Européenne à l’initiative de la
France. Parmi les projets existants, nous pouvons citer, au niveau international,
le World Digital Library de la bibliothèque du Congrès
américain, financé par Google à hauteur de trois
millions de dollars, l'Open Content Alliance où participent Yahoo!,
Internet Archive et Microsoft à hauteur de cinq millions de dollars
avec MSN Book Search, une bibliothèque de livres rares, projet
des universités d'Ottawa et d'Ontario au Canada, une initiative
de sauvetage des livres du Mali, par le Centre de Conservation du Livre,
organisme français. En France, Gallica fut lancée en 1997
par la Bibliothèque Nationale de France, il existe aussi une
bibliothèque numérique de la "Maison de l'Orient
Méditerranéen", un projet de numérisation
de 40000 volumes du Livre Foncier d'Alsace-Moselle par Infotechnique,
la bibliothèque numérique du Cnam, le projet de numérisation
des Annales des Ponts et Chaussées à l'École des Ponts ParisTech, etc.
Le développement des bibliothèques numériques devrait
influencer le mouvement d'Open Access, ces projets poursuivant un objectif
commun de mise à disposition de documents à un large public.
En effet, les bibliothèques numériques se sont très
vite heurtées aux problèmes de droits d'auteur, sujet
également crucial dans le mouvement du libre accès. On
peut penser que, plus il y aura de projets concernés par cette
question, plus les politiques s'intéresseront aux moyens d'y
remédier et examineront peut-être l'alternative que représentent
les Creative ou Science Commons.
Certains éditeurs jouent le jeu
Le fait que les éditeurs "classiques" participent de
plus en plus à des projets d'Open Access, de façon encore
peu visible mais bien réelle, s'il contribuera certainement à
faire oublier que ce mouvement était né pour s'opposer
à eux et à leurs tarifs d’abonnement, viendra aussi
conforter le mouvement à mesure qu'il prend corps. En revanche,
nous l'avons vu, aucun signe d'amélioration n'est à attendre
des tarifs qu'ils pratiquent et il est fort à parier que le budget
des bibliothèques n'en souffrira pas moins dans les années
à venir, sauf à profiter d'un développement exceptionnel
de l'e-édition Open Access.
Les bibliothèques profiteront-elles de l'Open Access?
Nous avons vu que l’implication des bibliothèques était
grande, et, aux Etats-Unis, le soutien officiel de grandes bibliothèques
en faveur du projet de loi CURES Act en est un exemple. Nous avons noté
le rôle que les bibliothèques et centres de documentation
devraient sans doute jouer auprès des chercheurs : formation
et aide à la mise en ligne sur des serveurs d'archives institutionnelles.
Le fait que les tarifs des éditeurs traditionnels restent tout
aussi élevés, et que leur offre correspond bien aux préoccupations
des chercheurs, laisse présager un avenir difficile, du moins
en attendant que les serveurs Open Access et l'e-édition offrent
des produits similaires et comparables, ce qui est déjà
le cas dans certains domaines.
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