systèmes d'Incitation
FINANCIERE AUX ENERGIES RENOUVELABLES
Atelier Changement Climatique -
Département VET
Premier semestre de l’année
scolaire 2002-2003
Enseignant :
Philippe Quirion
Etudiants :
Marie Borni
Alexandre Coulton
Anne Lyndorff
Aurélie Paoli
2. Mode de fonctionnement des systèmes
d’incitation financière
2.1 Mode de fonctionnement des tarifs d’achat garantis
2.2 Mode de fonctionnement du système d’enchères
renversées (appels d’offre)
2.3 Mode de fonctionnement du système de certificats
verts :
3. Avantages et Limites des trois
systèmes :
3.2 Les certificats verts : intérêts et limites
5. Annexes : Etudes de Cas de
systèmes mis en place dans certains pays d’Europe
6. Sources (Rappels et compléments)
L'ouverture
à la concurrence en matière d'électricité oblige à renouveler la manière dont
les pouvoirs publics favorisent la production d'électricité à partir d'énergies
renouvelables. Ces dernières ne peuvent en effet pas être viables et
compétitives face aux énergies traditionnelles, sauf peut-être la grande hydro.
Des systèmes d'incitation très différents ont ainsi vu le jour dans plusieurs
pays d'Europe : financement des projets en lançant un appel d'offre pour
une capacité de production donnée, avec sélection par enchères inversées ;
obligation pour les distributeurs d'acheter l'électricité d'origine
renouvelable à un pris minimal fixé (tarifs d'achat garantis) ;
pourcentage minimal d'électricité d'origine renouvelable pour les distributeurs
d'électricité, avec possibilité d'échange de "certificats verts
négociables" ;.
De
nombreuses questions restent ouvertes, parmi lesquelles : Jusqu'à présent,
les pays qui ont adopté des tarifs d'achat garantis ont connu un fort
développement de l'éolien, contrairement à ceux qui ont retenu les enchères
inversées. Pourquoi ? Les tarifs d'achat ont été critiqués, en particulier
par la Commission de régulation de l'électricité, au nom de leur coût supposé.
Cette critique est-elle justifiée ? Récemment, on constate un engouement
pour les certificats verts. Est-il justifié ? Ce sont ces questions qui ont
orienté les études de cette recherche.
Apres
avoir situé le sujet dans un contexte européen un peu particulier aujourd’hui
dans ce domaine et expliqué les modes de fonctionnement de ces trois systèmes,
ce rapport tachera de mettre en évidence leurs avantages et limites à la
lumière d’études de cas d’un certains nombre de pays européens.
Avertissement au lecteur :
Lors de ce travail quelques obstacles on été
rencontrés. Les différents documents
étudiés et synthétisés présentaient une
grande variabilité des données. Malgré un choix large de textes et articles, la
plupart était très subjectif, présentant soit des avis très tranchés quant aux
modes de fonctionnement de certains systèmes soit qu’une facette du problème.
Nous avons essayé de faire la part des choses dans la mesure du possible.
Une
deuxième remarque est que la plupart des données concerne l’énergie éolienne
car c’est le type d’énergie renouvelable le plus promu en Europe.
Remerciements :
Nous
tenons à remercier particulièrement M MENENTEAU (Chargé de recherche au CNRS,
travaillant à l’IEPE : Institut d’économie et de politique de l’énergie),
qui a eu la gentillesse de nous accorder une entrevue malgré son emploi du
temps chargé, ainsi que M.QUIRION qui a encadré nos recherches.
Suite
au sommet de Kyoto, l’Union Européenne a émis le 27 septembre 2001 une
directive européenne (Directive2001/77/CE) relative à la promotion de
l'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables sur le
marché intérieur de l'électricité. Le but étant de favoriser une augmentation de la contribution des sources d'énergie
renouvelables dans la production d'électricité sur le marché intérieur de
l'électricité et de jeter les bases d'un futur cadre communautaire en la matière (Art 1er).
Dans
l’Article 2, alinéa a, la directive précise ce qu’elle entend par
renouvelable : les « sources
d'énergie renouvelables» sont les sources d'énergie non fossiles renouvelables
(énergie éolienne, solaire, géothermique, houlomotrice, marémotrice et
hydroélectrique, biomasse, gaz de décharge, gaz des stations d'épuration d'eaux
usées et biogaz).
Dans
cette directive, l’Union reconnaît la nécessité
de promouvoir en priorité les sources d'énergie renouvelables, car leur
exploitation contribue à la protection de l'environnement et au développement
durable, mais que le potentiel d'exploitation des sources d'énergie renouvelables est actuellement sous-utilisé
dans la Communauté.
Cette
directive invite chaque membre à fixer des objectifs indicatifs nationaux mais
donne des valeurs de référence pour chaque pays à la fin de la directive. Elle
précise d’autre part que si cela se révèle nécessaire à la réalisation des
objectifs, la Commission devrait soumettre au Parlement européen et au Conseil
des propositions pouvant prévoir des objectifs obligatoires.
L’objectif
indicatif est de 22% pour l’ensemble de la communauté en 2010. Les modalités de
mise en œuvre sont pour l’instant confiées aux Etats-membres qui optent pour le
régime qui leur correspond le mieux. Pour l’instant le Parlement n’impose donc
rien quant au type d’incitation économique et aux moyens concrets utilisés par
les membres de l’Union pour atteindre ces objectifs. La directive précise
d’ailleurs clairement qu’il est prématuré
d'arrêter un cadre communautaire concernant les régimes de soutien, étant donné
l'expérience limitée des régimes nationaux et la part actuellement assez faible
de l'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables dont le
prix est soutenu dans la Communauté.
Par
contre après cette période transitoire il sera nécessaire d’adapter les régimes
de soutien en vue de l’ouverture du marché et d’une harmonisation européenne,
la Commission pourra alors formuler une proposition de cadre communautaire
relatif à ces régimes de soutien, en fonction de la réussite des différentes
expériences entreprises dans les pays membres.
Les
quotas indicatifs sont exposés dans le Tableau 1
suivant (Directive2001/77/CE). Ils ont, entre autres, été fixés grâce à un
programme qui avait pour but d’estimer l’évolution de la production des
énergies renouvelables. Puis les quotas ont été fixés après négociations avec
les différents pays.

Tableau
1: Quotas indicatifs (source : Directive2001/77/CE)
L’Union
Européenne s’est mise d’accord sur l’ouverture totale à la concurrence des
marchés européens de l’électricité. Une directive a été adoptée à l’unanimité
le 25 novembre 2002 (Commision of the European Communities). Cette directive
prévoit l’ouverture des marchés de l’énergie à partir de 2004 pour les
entreprises et en 2007 pour les particuliers. Le but affiché de cette
libéralisation est de renforcer la compétitivité des entreprises européennes.
Cependant lorsque la directive sera transcrite en droit de chaque pays, les
garanties que ces pays voudront offrir à leurs citoyens seront décidées par les
Etats membres. La directive implique une séparation juridique entre les
entreprises fournissant l’énergie et les distributeurs.
Dans
le cas de l’éolien, un des principaux problèmes que ce type de production
d’électricité va rencontrer est le fait que la production de l’électricité
éolienne dépend des conditions climatiques et donc varie. Les surplus et les manques sont
traditionnellement pris en charge par un marché variable accompagné de
subventions. Ceci met les producteurs d’énergie éolienne en position de
faiblesse par rapport aux producteurs d’électricité dite « traditionnelle » comme cela
a été le cas en Angleterre depuis
l’introduction de NETA (New Electricity Trading Arrangements).
Pour information, le Tableau 2 présente les prix
en Europe en 1997 (consommation domestique ou industrielle)

Tableau
2 : Price levels 1997 (ECU/100/kWh) sans taxes Source : Eurostat
A
court terme la libéralisation du marché de l’électricité en Europe devrait
faire baisser les prix. La directive Européenne va avoir pour effet d’augmenter la compétition
sur le marché de l’électricité.
Beaucoup
d’éléments, notamment les tarifs internationaux, ne sont pas encore
décidés, la disparité des prix d’électricité en Europe est clairement mise en
évidence dans le
Tableau
2. L’ouverture du marché de l’électricité n’entraînera peut-être pas un
changement significatif du volume d’électricité échangée, mais par contre entraînera sans doute des conflits
de marché surtout entre les fournisseurs de gros clients.
![]()
D’un
point de vue environnemental, les technologies fossiles sont génératrices
d’effets externes. Les coûts réels ou sociaux incluant le coût de la
dégradation du bien collectif ne sont pas reflétés par les coûts privés du
marché. L’idéal théorique serait d’instaurer des taxes pour que le prix des
énergies fossiles comprenne le coût des effets externes. Face à l’impopularité
de telles taxes et à la difficulté de quantifier leur niveau optimal, une autre
solution consiste à subventionner les énergies à effets externes moindres. Les
énergies classiques bénéficient de par leur antériorité d’effets
d’apprentissage et de série. Ce n’est pas encore le cas des énergies
renouvelables qui ne pourraient donc supporter une concurrence frontale avec
les autres énergies. L’incitation vise donc à la fois à stimuler le progrès
technique et à sélectionner les meilleures techniques pour minimiser les coûts.
On distingue aujourd’hui trois types de schémas d’incitation : le système
de tarifs d’achat garantis, le système d’appel d’offre et, plus récemment, le
système de certificats verts négociables.
Les
systèmes de subventions varient légèrement par rapport à chaque pays. Les
descriptions des modes de fonctionnement données ci-dessous sont générales et
non pas spécifiques à un pays en particulier, nous étudierons les disparités
techniques propres à chaque pays plus tard.
Le
système de tarifs d’achats garantis fonctionne selon un mode de subsides
alloués aux producteurs. Les producteurs d’éolien exploitent tous les sites
jusqu'à ce que le coût marginal de production soit égal au tarif d’achat
proposé. La quantité générée correspond à Qout voir Figure 1
(Menanteau,P., et al. 2002).
Ce
système impose aux distributeurs d’acheter toute l’électricité renouvelable
produite dans leur zone de desserte à un tarif décidé par les pouvoirs publics
et attribué à tous les producteurs. Avec ce système la production d’électricité
n’est pas prévisible. Ce système d’incitation financière est particulièrement
utilisé en Allemagne et en Espagne. Selon les cas ces subventions proviennent
soit de l’ensemble des consommateurs soit de ceux qui sont obligés d’acheter
l’électricité renouvelable. Les mécanismes de prix garantis ont largement
démontré leur efficacité dans le développement de nouvelles filières d’énergie
renouvelable. Mais ils pourraient disparaître dans la perspective de la
création d’un nouveau marché européen qui impliquerait une certaine
harmonisation de ce dernier. Avec les prix garantis le risque de marché est nul
et la rentabilité des projets dépend essentiellement de la capacité des investisseurs à maîtriser leurs coûts et
de l’exploitant à atteindre de bonnes performances.

Figure
1 : Prix d’achats Garantis, Source : IEPE Cahier de Recherche 25
Ce système repose sur la sélection de propositions de contrats à long terme généralement de l’ordre de 15 ans avec obligation d’achat par ordre de coût croissant du kWh pour une quantité prédéfinie par le régulateur Qin sur la Figure 2, (Menanteau,P., et al. 2002). Ce système d’incitation financière a été particulièrement utilisé en Grande Bretagne et en France jusqu’en juin 2001. Dans ce système la compétition est axée sur le prix du kWh. Les propositions sont sélectionnées selon le coût du kWh croissant jusqu'à ce que le quota d’électricité produite soit obtenu. Ce système permet donc de savoir a priori quelle quantité d’électricité sera générée mais pas à quel prix.

Figure 2 : Enchères
Concurrentielles, Source : IEPE Cahier de Recherche 25
Le
système de certificats verts est un système encore très peu expérimenté en
Europe.
Un
certificat correspond à une « preuve » de production d’énergie verte
délivrée à tout exploitant d’une installation de production d’énergie
renouvelable. A chaque fois qu’une certaine quantité (1, 10MWh ou plus selon
les pays) d’électricité propre est produite, un certificat est émis par un
organisme compétent (institut d’émission); il contiendra des informations sur
l’opérateur et son installation. (Menenteau et al, 2002)
A
partir de cette démarche initiale de certification, de nombreuses modalités
d’application sont possibles. A ce stade on peut par exemple en retenir deux, selon le critère de l’origine
de la demande en électricité verte : la demande est volontaire ou imposée.
Si
la demande est volontaire, on parle de tarification verte (green pricing). Le consommateur est demandeur d’électricité verte
par conviction. Il est prêt à payer un abonnement un peu plus cher, à la condition
que son fournisseur lui garantisse qu’il s’est engagé dans les énergies renouvelables.
Cet engagement est validé par la détention de certificats verts, prouvant la
bonne origine de l’électricité. Ces certificats verts peuvent s’échanger sur un
marché. Dans ce cas le seul soutien aux énergies vertes vient de la volonté des
consommateurs, les producteurs n’investissent dans les énergies renouvelables
que s’ils pensent que leur offre couvrira cette demande volontaire. Il est
toutefois envisageable pour les pouvoirs publics de stimuler cette demande
volontaire par des incitations fiscales pour les consommateurs, par exemple.
Si
la demande est imposée on parle de quota d’électricité verte – souvent avec un
marché des certificats verts. Cette fois-ci les certificats sont un instrument
d’incitation pour les pouvoirs publics. Selon les cas, le producteur, le
distributeur, ou le consommateur est contraint à respecter certains quotas
d’électricité à base d’énergie renouvelable par les pouvoirs publics. Pour satisfaire
ce quota, le producteur par exemple peut soit produire effectivement de
l’électricité verte (la totalité du quota ou seulement une proportion) soit
acquérir des certificats sur un marché (ce qui lui manque pour atteindre son
quota par exemple). Un schéma explicatif est présenté dans une partie suivante.
Les
échanges de certificats peuvent s’accompagner d’échanges physiques de courant
mais, dans le cas général, le marché des certificats est un marché purement
financier. Ainsi, la production d’énergie renouvelable est valorisée à deux
niveaux, de deux façons, par les producteurs : d’une part sur le réseau
habituel par la vente de cette électricité aux conditions habituelles de
marché, et d’autre part, par la vente parallèle de ces certificats verts aux
opérateurs qui ont à remplir leurs quotas. On peut ainsi en déduire que le prix
du certificat correspond à la différence entre le coût marginal de production
d’électricité verte et le prix de gros de l’électricité sur le marché. Ce
mécanisme est supposé assurer les conditions de rentabilité des productions
vertes. En effet il garantit deux rentrées, d’abord celle de la vente du
courant, puis celle de la vente des certificats verts aux fournisseurs.
Disparités de fonctionnement :
Plusieurs
pays ont jugé le système de certificats verts intéressant et ont créé des
marchés nationaux de certificats. Le système est pour l’instant loin d’être un
succès, les modalités de mise en œuvre des marchés en particulier posent
problème. Aujourd’hui, six pays européens sont engagés dans ce processus de
certificats verts : les Pays-Bas (ont fait la démarche en premier),
l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni se sont dotés d’un marché de
certificats verts, le Danemark et la Suède achèvent de définir les modalités de
fonctionnement de leur futur marché. D’un pays à l’autre, on constate des
disparités, que ce soit d’un point de vue institutionnel, politique, économique
ou géographique, dans la définition même des certificats verts. Voilà quelques
exemples de disparités possibles, on voit tout de suite que cela soulève des
questions de choix cruciaux de paramètres, qui ont fait utiliser l’expression
pour qualifier ce système de certificats: « le diable est dans les
détails » (http://www.windpower.dk/articles/grmarket.htm):
-
Les certificats verts sont-ils importables ? A quelles conditions ?
En effet, l’importation de certificats étrangers n’est pas autorisée dans tous
les pays. Ainsi en Italie et en Suède, l’importation de certificats est
autorisée dès qu’une clause de réciprocité existe. Mais au Danemark et en
Belgique, cela n’est pas possible, les certificats verts étrangers ne peuvent
pas être utilisés pour atteindre les quotas imposés par la directive, les seuls
certificats verts étrangers qui y entrent sont ceux achetés par des
consommateurs « volontaires » qui font cela sans aucune contrepartie,
de leur propre initiative.
-
Contrainte ou une incitation et type d’opérateurs soumis à la contrainte?
Concernant la nature même de la « demande » en certificats, il y a
d’énormes différences. Dans certains pays on a imposé des quotas, aux
fournisseurs en Belgique, aux producteurs en Italie et aux consommateurs en
Suède, dans d’autres pays les consommateurs sont incités fiscalement aux Pays
Bas et au Royaume Uni les deux systèmes coexistent. Selon l’incitation à la
consommation préconisée par les gouvernements, la demande sera plus ou moins
forte (elle est par exemple particulièrement élevée aux Pays Bas avec
l’incitation fiscale).
-
La nature même du certificat peut-être très différente d’un pays à l’autre. Le
fait qu’il soit de forme papier ou électronique, une pièce juridique ou
financière peut sembler être des différences ayant des influences négligeables
dans les échanges internationaux de certificats. Par contre, lorsqu’on envisage
l’ouverture du marché européen, on ne peut négliger des « détails »
tels que le fait que dans certains certificats sont à durée illimitée alors que
dans d’autres pays ils ne sont valables que dans l’année où ils sont émis, il y
a ainsi impossibilité de les « épargner » pour les consommer plus
tard. L’allongement de la durée de validité des certificats peut permettre de
limiter les perturbations entraînées par les variations annuelles de la
production (lisser els à-coups de l’offre dus aux aléas climatiques). Selon les
pays les opérations de borrowing (emprunt)
ou banking (mise en réserve) seront
aussi ou non possibles.
-
Les certificats ne « représentent » pas la même
quantité d’électricité verte produite selon le pays, cela peut aller de 1
à 10 MWh, voire 100 MWh. (ref2). La question du choix des unités de production
qui ont un droit au certificat vert peut avoir plusieurs réponses : selon
l’âge des unités, selon le type d’énergie renouvelable utilisée, selon les
rejets de CO2.
-
Quelles ont les énergies renouvelables concernées, les installations
éligibles ? Ces questions se posent à divers niveaux. Dans certains pays,
la production de certains types d’électricité verte ne donne pas lieu à
l’émission de certificat vert, comme par exemple l’énergie hydraulique ou celle
due à l’incinération de déchets ménagers qui ne sont pas valorisées par le
Royaume Uni et l’Italie alors qu’elles le sont dans les autres pays. Cette
question se pose aussi au niveau de la distinction entre installations nouvelles
et installations existantes, certains pays ne soutiennent ainsi que les
installations nouvelles pour inciter à leur mise en place
Ce
paragraphe a été élaboré grâce aux observations et analyses des systèmes anciennement
ou actuellement en vigueur dans certains pays d’Europe. Afin de ne pas
surcharger cette partie, les études de cas, assez complètes, ont été placées en
annexe. Les références de sites internet ou lectures sont aussi précisées pays
par pays dans cette même annexe. Seules les enseignements à tirer de ces
expériences ont été gardés ici. De même pour ne pas surcharger, seuls les
principaux éléments ont été gardés, un certain nombre de remarques pertinentes
propres à chaque pays ont en outre été rajoutées dans les études de cas dans
l’annexe.
Les
tarifs d’achats garantis sont plus sûrs d’un point de vu qualité de retour sur
investissement que le système d’appel d’offres. Le succès de ce système est
également dû au fait que les investisseurs n’encourent pas beaucoup de
risques car le producteur est assuré du
prix de rachat de l’électricité produite. Les risques du marché sont
pratiquement inexistants et les profits que font les investisseurs sont
dépendants de la maîtrise de leurs coûts
de production.
Les
tarifs d’achats garantis sont critiqués car ils n’inciteraient pas à la baisse
des prix. La politique d’achat garantis s’est révélée très coûteuse en
subventions par les gouvernements ou consommateurs selon les pays. Ce système a
également été critiqué car il profiterait à l’ensemble des producteurs et ne
les inciterait pas à innover en l’absence de pression concurrentielle. De plus
ce système n’inciterait pas aux échanges internationaux.
Avec
cette motivation créée par un système de
subvention, tous les pays l’ayant adopté
ont vu une stimulation extraordinaire de l’activité en particulier dans la
plupart des secteurs environnants l’énergie éolienne. Ceci est très bien
démontré si l’on regarde les 10 premiers constructeurs d’éoliennes dans le
monde. Le Danemark est le leader incontesté de plate-forme éolienne offshore,
ce dernier s’est donné pour cible de produire 4,000 MW d’énergie éolienne, soit
l’équivalent d’un réacteur nucléaire, pour 2010. Il est évident que
l’expérience acquise au cours de cette construction est d’une importance
majeure par rapport au marché, en particulier des marchés publics puisque la sélection
se fait par rapport à deux documents, le premier devant démontrer le
savoir-faire d’une compagnie.
Le
Tableau 3 suivant récapitule les principales compagnies d’énergie éolienne en
Europe.

Tableau 3 : Top 10
manufacturers in 1999, Source : EurObserv’ER 2001
Dans
leur application, il est vrai que le poids financier des tarifs d’achat est
élevé. Par exemple au Danemark durant l’année 1998, les subventions publiques
ont atteint 100 millions d’Euros, en Allemagne pendant l’année 2000 les
subventions se sont élevées à 200 millions d’Euros. Ces coûts sont élevés
malgré une administration de mise en place simple et peu
coûteuse (les tarifs sont déterminés pour l’ensemble du pays, sans prendre en
compte la qualité des sites).
Les
coûts élevés des systèmes de tarifs d’achats garantis peuvent s’expliquer car
il y avait peu de possibilité de prédire avec précision les conséquences de ce
système. C’est à dire qu’il était impossible de prédire le nombre
d’investisseurs « générés » ainsi que les variations des prix de
construction et de production. Le succès de ce système (nouveau pour l’éolien)
est important (nombreux d’investisseurs)
et pèse donc fortement sur les subventions à allouer. De plus ces tarifs prédéterminés ne peuvent pas
être changés sans protestation considérable des groupes représentant ce
secteur, et ceci ne prenant même pas en compte la rigidité constitutionnelle.
En conséquence les tarifs alloués varient très peu au cours des années. Les
avancées technologiques dont bénéficient les producteurs (baisse du prix de
production du kWh) ne sont donc pas incluses dans le système.
Ce
système ne donne pas d’incitation à la diminution des prix de vente de
l’énergie renouvelable de la part des producteurs. Une comparaison entre le
Royaume Uni et l’Allemagne montre une différence dramatique entre la diminution
du prix du kWh. Au Royaume Uni depuis 1994 ce prix a diminué de 0.076 € à 0.045
€ en 1998, soit une diminution de plus de 40%, tandis qu’en Allemagne pour la
période de 1993 à 1998 la diminution atteint à peine 5.5% (Menenteau,P., et al.
2001). En 1998 le prix du kWh en Allemagne était de 0.086 €, soit plus cher que
celui du Royaume Uni en 1993. Lorsque l’on sait
que l’Allemagne bénéficie d’une des industries les plus évoluées dans le
secteur (car ayant accès a des connaissances techniques et technologiques
permettant une diminution des prix plus élevée que celle théorique au Royaume
Uni) il est difficile de justifier ses disparités tarifaires.
Le
potentiel de réduction des prix est plus ou moins équivalent dans tous les pays
d’Europe, quel que soit le système de subvention utilisé mais le système des
tarifs d’achat ne l’oblige pas. Cela permet aux investisseurs d’exploiter le
système des tarifs d’achat au détriment du subventionneur. (Menanteau,P., et al. 2002).
Les
systèmes d’appels d’offres sont a priori moins attractifs car ils ne
garantissent pas un profit sûr, comme cela a été le cas en Irlande (voir étude
de cas). De plus, les producteurs soumettant des offres n’ont pas la garantie
que celles-ci soient acceptées ; les coûts engendrés par les préparations
d’offres, généralement élevés, ne sont pas toujours garantis d’être amortis par
l’obtention d’un contrat. En conséquence ces coûts réduisent nettement le
nombre de propositions faites, comme
cela a été le cas en Angleterre où près d’un quart de toutes les offres n’est
pas mené à terme.
|
Pays |
Système
actuel |
Commentaire
pour chaque système |
Production
actuelle (MW) |
Objectif d’électricité d’origine éolienne. |
|
Allemagne |
Tarif d’achat garantis |
Différenciation en fonction de la localité de
l’éolienne. Une éolienne placée sur un site de qualité moyenne aura un prix
de rachat au kWh plus avantageux en comparaison avec une éolienne sur un site
de haute qualité. |
8500 MW à la fin de 2001, 12000 MW a la fin 2002. |
20000 MW en 2010 |
|
Angleterre |
Appel d’offres |
En 1988 le gouvernement a mis en place une structure institutionnelle
capable de gérer une volonté de développement. Cette structure fait partie du
1989 Electricity Act, qui elle même mets en place le Non Fossil Fuel
Organisation (NFFO). |
|
10 % d’énergie totale d’ici 2010 |
|
Danemark |
Ancien système de Tarifs d’achats garantis mais encore
indéfini pour le moment |
Le système est ni un échec ni une réussite. |
Constitue 18 % en 2002 |
50 % en 2030 |
|
Espagne |
Tarif d’achat garantis |
Le marché espagnol est caractérisé par des grands
projets d’éoliennes où la plupart des acteurs ont une connexion avec le
secteur d’électricité. |
Constitue 5 % en 2000 |
9000 MW en 2010 |
|
France |
Tarif d’achat garantis |
Système basé sur le système
allemand mais meilleure estimation de la
qualité du site et plus de contrôle sur la qualité |
150 MW |
250 à 500 MW en 2005 et 5.000 MW en 2010 |
|
Irlande |
Appel d’offres |
|
|
|
Ce
dispositif a la particularité de ne pas recourir à un marché parallèle des
énergies renouvelables puisque les
échanges physiques d’électricité verte se font sur le même marché que
l’électricité « grise », c’est uniquement le marché des CV
(certificats verts) qui se fait en parallèle.
Contrairement
aux mécanismes de prix garantis, les dispositifs de certificats verts mettent
directement les producteurs en concurrence les uns avec les autres pour la
vente des certificats. Chaque producteur doit mettre en œuvre les solutions les
moins coûteuses pour la production d’électricité renouvelable de façon à rester
compétitif sur le marché des certificats verts. Créant une pression
concurrentielle permanente sur les producteurs, cette approche stimule en
théorie une décroissance plus rapide des coûts de production résultant du
progrès technique et présente de ce fait, en théorie, un avantage en termes
d'efficience dynamique. S’il est vrai que les mécanismes de prix garantis ont
montré une réelle efficacité de dynamique durable de progrès technique, les
marchés de certificats doivent encore faire preuve dans ce domaine. De plus, la
logique plus concurrentielle et donc plus risquée pour les candidats
investisseurs peut cependant produire des effets allant à l'encontre des
objectifs poursuivis. Les expériences européennes étant encore jeunes (voir
annexe), il est pour l’instant difficile de faire un bilan sur ce point
aujourd’hui.
D’autre
part, les investissements s'effectuent sur les seules technologies matures ce
qui ne facilite pas le déploiement des technologies émergentes. Le marché des
certificats verts permet en effet une allocation efficace des ressources qui
repose sur l'exploitation des potentiels disponibles par ordre de coût
croissant. En contrepartie, les technologies à fort potentiel de progrès
technique, mais aujourd'hui encore trop coûteuses, ne peuvent pas s'imposer. Un
marché unique de certificats verts pour toutes les technologies ne permet donc
pas de soutenir le développement de l'ensemble des filières d'énergie
renouvelable. Pour cela, il est nécessaire de définir des objectifs spécifiques
par filière technologique (différenciation des technologies) ou d'admettre l'existence
de modes de soutien complémentaires pour les filières les moins matures
(défiscalisation, subventions à l'investissement, prix garantis, etc.), au
risque de limiter la fluidité ou la transparence du marché des certificats.
Ensuite,
les promoteurs des certificats ne doivent pas sous-estimer la nécessité de
sécurité pour assurer le financement et la rentabilité des investissements.
Ainsi, les agents soumis aux quotas rechercheront des contrats de long terme
avec des fournisseurs d'électricité renouvelable à prix stable pour se garantir
contre des fluctuations trop importantes du prix des certificats. L’expérience
Texane des « Protfolios Standards » a d’ailleurs eu pour résultat un
marché « spot » de l’électricité très limité et une explosion des
contrats à long terme bilatéraux en parallèle afin de lisser les fluctuations
imprévisibles citées auparavant). C’est ce qui risque de se passer en Europe
et, à côté des contrats de long terme, le marché des certificats risque donc
d'être étroit, peu liquide, et peu susceptible de donner le prix de référence
pour les contrats de long terme (on se rapprocherait ainsi un peu du principe
de tarif d’achat garanti). L'efficacité allocative en sera nécessairement
affectée, de même que l'incitation à innover pour les développeurs. La création
de prix planchers et de prix plafonds est vue comme un moyen d’assurer des prix
raisonnables des certificats et l’augmentation régulière des quotas devrait
faire augmenter la demande en certificats et assurer des prix au fur et à mesure
plus intéressants sur les marchés.
Enfin,
on ne peut pas négliger le fait qu’un tel système entraîne des coûts de
fonctionnement assez élevés. En effet la création d’une infrastructure de
marché est nécessaire au fonctionnement d’un marché de certificats verts. Cette
infrastructure s’appuie notamment sur la certification des producteurs et de
l’énergie verte, le suivi des échanges de certificats, le contrôle du respect
des obligations et l’instauration des pénalités en cas de non respect des objectifs,
d’où de hauts coûts administratifs. Selon le système d’incitation adopté par le
pays, d’autres coûts très élevés sont encore à signaler. Le système
d’incitation fiscale coûte ainsi très cher au gouvernement hollandais, de même
que l’aide à la production en Wallonie (ces coûts pourraient d’ailleurs ne pas
être propres à un système de certificats verts).
En
conséquence, l'avantage réel des certificats verts sur les autres instruments
de soutien aux énergies renouvelables pourrait être moins décisif que ce que
suggèrent leurs promoteurs, notamment pour ce qui concerne l'impulsion d'une
dynamique de progrès technique. Ce dispositif semble toutefois présenter un
intérêt plus net dès lors que l'on envisage la création d'un marché européen de
certificats verts, ce qui expliquerait l’engouement constaté pour ce système.
3.2.1 Un outil efficace dans le cadre de l’ouverture des marchés ?
L’introduction
des certificats permet de réduire les coûts de production pour atteindre les
objectifs de quotas, par rapport à des quotas non échangeables. En effet,
imaginons qu’un distributeur a l’obligation de produire un certain quota
d’énergie verte Oα mais que ses ressources ne lui permettent de produire
que la quantité PRα<Oα à un coût marginal inférieur au prix de
marché p. Il aura la possibilité de racheter la quantité Oα-PRα
indispensable pour atteindre ses objectifs sous forme de certificats verts à un
distributeur capable, lui, de produire au prix de marché p une quantité
PRβ supérieure à son objectif propre Oβ. Cela permet au 1er
distributeur d’atteindre ses objectifs à un coût inférieur que s’il devait tout
produire lui-même et au 2ème d’écouler une quantité d’électricité
verte supérieure à ses quotas imposés. L’introduction de certificats verts
permet de minimiser les coûts pour atteindre l’objectif Oα+Oβ par
rapport à un système non flexible où les opérateurs travaillent sans relation.
Le schéma suivant montre le gain obtenu (Menanteau,P., et al. 2002).

Figure 4 : Certificats Verts, Source : IEPE Cahier de recherche 25
L’intérêt
des certificats verts tient à la flexibilité qu’introduisent les échanges. Sans
flexibilité, le fait d’imposer des quotas de production conduirait certains
opérateurs à exploiter des ressources coûteuses alors que des ressources à
moindre coût sont encore disponible ailleurs. Cela permet d’exploiter les
gisements d’électricité renouvelable disponibles par ordre de coût croissant.
Ainsi
l’introduction de certificats verts pourrait être un moyen efficace et
économique pour répondre à la nouvelle directive européenne concernant les
quotas d’énergie verte à respecter par chaque pays de l’Union. En effet, l’un
des problèmes principaux concernant l’atteinte des objectifs et expliquant la
réticence de certains pays reste un
problème de coûts, la possibilité de marché décrite précédemment permettrait aux
différents pays d’atteindre individuellement leurs objectifs mais à un coût
nettement inférieur à ce qui existe aujourd’hui en tirant partie des différents
potentiels des autres pays engagés.
Tous les pays sont
théoriquement gagnants à l’instauration d’un système international d’échange :
ils peuvent vendre des certificats s’ils disposent de potentiels à faibles
coûts ou acheter des certificats si leurs objectifs sont très ambitieux. Mais
tous n’en profitent pas dans les mêmes proportions. Les pays ayant des
potentiels limités et ceux ayant des objectifs ambitieux sont les plus
favorisés par l'échange. En revanche, les gains sont naturellement moins
importants pour les pays ayant des niveaux d’objectifs plus faibles. La courbe
de coût agrégée à l’échelle européenne obtenue par l'exercice REBUS (Voogt,
M.H, Uyterlinde, M.A., De Noord, M. Et al, 2001) montre que le coût marginal de réalisation de
l’objectif fixé par la Directive (662 TWh) serait de 9,2 c€/kWh, soit un prix
d’équilibre pour les certificats verts de 6,2 c€/kWh si le prix de référence de
la production d’électricité est de 3 c€/kWh. La réalisation de l'objectif
imposerait un surcoût global de production de 17,6 milliards d’euros. Selon les
estimations, la création d’un marché européen de certificats verts permettrait
de réduire les coûts de réalisation des objectifs de la Directive de 15% à 20%.
Le
dispositif de certificats verts permet un contrôle précis des quantités
produites (avantage commun avec le système des appels d’offres) mais pas
forcément des dépenses publiques puisque celles-ci dépendent de la part d'aide.
Par contre un des intérêts tient à la mise en concurrence des producteurs et à
l'impact attendu sur la baisse des coûts (à nuancer, comme on l’a vu tout à
l’heure). Il permettrait également, a priori, de limiter les défauts des
marchés nationaux : l'augmentation de la taille du marché réduirait la
volatilité des prix de court terme et limiterait le pouvoir de marché de
certains acteurs.
3.2.2 Les difficultés de création d'un marché européen de certificats
La
création d’un marché européen de certificats verts, et plus généralement la
possibilité d’échanger des certificats entre plusieurs pays, ne va pas sans
soulever certaines difficultés.
Tout
d'abord, la création d’un marché international de certificats va normalement de
pair avec une certaine harmonisation des mécanismes d’aide. En premier lieu, un
pays qui maintiendrait des systèmes d’aide complémentaires à l’instauration
d’un marché de certificats (des subventions à l’investissement ou des prix
d’achat garantis par exemple) créerait une baisse de coût artificielle
entraînant l’exportation de permis vers les pays où les prix sont plus élevés.
En second lieu, l’harmonisation des règles doit concerner non seulement les
mécanismes d’aide mais également les modalités de fonctionnement des marchés :
les pénalités en cas de non-respect des quotas doivent être comparables dans
tous les pays. En troisième lieu, les technologies éligibles doivent résulter
d’un consensus entre tous les pays participants au risque d’introduire des
barrières aux échanges. La création d'un marché européen de certificats
nécessite donc au préalable une phase d'harmonisation des politiques nationales
qui peut soulever des difficultés importantes ou imposer des délais
conséquents.
Second
type de problème, certains pays, dont l’Allemagne, ont refusé le principe même
des échanges de certificats pour conserver leur système courant, assurant la
préservation des externalités positives du développement des unités de
production d'électricité renouvelable en termes d’emploi, de réduction des
pollutions régionales ou de diversification énergétique, qui contribuent à la
justification du soutien public. A cela s’ajoute des problèmes d'équilibrage
géographique du réseau électrique.
En
cas d’échanges de certificats, les consommateurs ou les contribuables d’un pays
donné sont amenés à financer des réalisations et donc une partie des retombées
positives dans un autre pays mieux doté en ressources. C’est déjà actuellement
le cas aujourd’hui puis que les Pays-Bas s’interrogent sur les effets pervers
du succès de leur système : ils doivent importer une quantité très
importante de certificats verts, les contribuables payent donc pour des
développement qui ont lieu dans d’autres pays.
Enfin,
l'efficience du dispositif pourrait être limitée par les barrières à
l'exportation de certificats érigées par certains pays qui refuseraient une
exploitation trop importante de leurs ressources naturelles. La création d’un
marché unique de certificats peut en effet entraîner une répartition très
inégale des installations de production entre pays, les pays ayant des
potentiels importants et relativement peu coûteux se spécialisant sur certaines
sources d’énergie (l’éolien au Royaume-Uni et plus particulièrement en Ecosse,
par exemple). Cette exploitation différenciée des ressources provoquerait des
problèmes d'encombrement visuel et entraînerait des contraintes d’acceptabilité
sociale dans les pays suréquipés. (Menanteau,P., et al. 2002).
3.2.3 Le Renewable Energy Certificate System (RECS) ou la volonté de constituer un marché européen (i.e. international) de certificats.
Ce
sont des compagnies (donc secteur privé) néerlandaises et danoises qui sont à
l’origine du projet. Elles ont commencé à réfléchir il y a deux ans aux moyens
d’harmoniser leurs systèmes nationaux de certificats verts pour en rendre
possible le commerce (paradoxalement la date de mise en place au Danemark
allait être repoussée). Le groupe n’a ensuite cessé de grossir, recentrant en
même temps ses objectifs. Aujourd’hui il regroupe 130 organismes de 16 pays
européens (donc dont certains ne sont engagés dans un processus de mise en
place de marché de certificats verts).
Son
ambition est d’être reconnu par les acteurs privés et publics dans les pays où
le système est opérationnel. Il vient par exemple d’être adopté par le
gouvernement néerlandais qui souhaite y fondre son système national et la
Commission européenne y place de grands espoirs.
Aujourd’hui
le RECS ne vise plus l’harmonisation des systèmes nationaux mais souhaite
montrer qu’on peut « tracer » un certificat vert à travers l’Europe.
Il a pour l’instant abandonné l’idée d’harmoniser les systèmes nationaux car
les pouvoirs publics étaient encore réticents à cette idée. Par contre, les
membres du RECS pensent arriver à apporter la preuve que l’on peut facilement,
à coût raisonnable, tracer par delà les frontières les certificats sans perte
d’information (filière, installation, année).. Il sera ensuite plus aisé de
convaincre les pouvoirs publics d’une ouverture progressive et maîtrisée des
systèmes nationaux au système RECS ou même de la création d’un système sur le
modèle RECS, donc harmonisé avec celui des autres. Pour cela, une phase de test
d’une durée de 18 mois a été lancée le 1er octobre 2001. Si cette
phase de test, qui s’achève le 31 mars 2003 s’avérait concluante, on pourrait
assister à l’émergence d’un marché européen. Pour l’instant, seules des
expériences à des échelles nationales ont cours. Les membres du RECS en France
sont Observ’er, TotalFinaElf et EDF. (http://www.recs.org/)
(Martin, 2002).
|
Pays |
Entrée en vigueur |
Type |
Agent contraint ou incité |
Objectifs Energie Renouvelable (pas seulement éolienne) |
Particularités : Sources éligibles/ Echange international possible |
Pénalité/ prix |
|
Pays-Bas |
Nouveau système depuis le 1er janvier 2002 |
Volontaire, stimulation fiscale depuis janvier 2002 |
Consom-mateur |
12 TWh |
Importation possible d’électricité verte étrangère pour
émission de CV |
|
|
Danemark |
Prévu pour 1er
janvier 2003 mais suspendu |
Obligations |
Consom-mateur |
20 % en 2003 30 % en 2010 |
Grande hydro et déchets exclus / Importation sous réserve de réciprocité |
1.4cE<P<3.6cE borrowing : oui |
|
Flandres |
1er juillet 2002 |
Obligations |
Distributeur |
3 % en 2004 5 % en 2010 |
Déchets
exclus / non |
Pénalité
de 12cE/kWh Validité
CV 5ans |
|
Wallonie |
1er octobre 2002 |
7% en 2006 |
Distributeur |
12% en 2010 |
Cogénération inclue/ sur base du principe de
reconnaissance mutuelle |
10cE/kWh |
|
Angleterre |
1er avril 2002 |
Obligations |
Distributeur |
45 TWh avec G. hydro (10,4%
en 2010) |
Unités
construites après 1990 / non |
5cE/kWh banking :
oui |
|
Italie |
1er janvier
2001 |
Obligations |
Producteur et importateur |
78 TWh avec G. hydro (8% en 2008) |
Unités
construites après 1990 et grande hydro après 2002/ Si CV compatibles |
Validité
1 an Borrowing:oui |
Tableau 5 : Synthèse des expériences de certificats verts en Europe (pour plus de détails, voir annexe).
A
la lumière des études de cas faites dans ce rapport, il est possible
d’identifier les principaux avantages et inconvénients de chaque système, ainsi
que des résultats mesurés dans différents Etats. Les appels d’offres exercent
un très bon contrôle sur le prix du kWh sans toutefois inciter à la mise en
place d’un parc éolien important. Les tarifs d’achats garantis se sont, quand a
eux, prouvés être un système d’incitation d’exception bien que très cher.
Chaque
système, du fait de ses différences de fonctionnement, donne de différents
résultats.
Il
semblerait que les pays ayant adopté un système d’appels d’offres l’ont par la
suite remplacé soit par un système de tarifs d’achats garantis soit par une
système de certificats verts. Ceci démontrant que le système d’appels d’offres
ne semblerait pas permettre d’atteindre
les objectifs recherchés au sein de l’Union Européenne, 22% d’ER d’ici 2010,
et n’oublions pas que l’atteinte de ce quota est l’objectif principal quelque
soit le mode d’incitation mis en place. L’importance de cet objectif pourrait
expliquer pourquoi la France est
prématurément passé du programme Eole 2005 a un système de tarifs d’achats
garantis.
Par
contre les certificats verts n’ayant pas encore eu l’opportunité de faire
leurs preuves, il est difficile de juger de
leur efficacité mais il semblerait que la mise en place d’un marché des
certificats verts est l’hypothèse la plus probable à long terme en parallèle à
l’ouverture des marchés à la concurrence.
Certains
analystes, dont Monsieur Menenteau (Chargé de recherche au CNRS, travaillant à
l’IEPE : Institut d’économie et de politique de l’énergie), que nous avons
eu l’occasion de rencontrer, se rejoignent pour penser qu’il y a de fortes
probabilités que ce soit un système de certificats verts qui finisse par
s’imposer à terme dans l’Union Européenne. En effet il semblerait qu’il
représente un compromis entre l’intervention publique et les mécanismes du
marché, respectant les prérogatives et les impératifs des uns et des autres.
Cependant
le travail à effectuer est encore long, en effet la mise en place des
" certificats verts " ne peut avoir de sens que sous
certaines conditions qui sont loin d’être remplies actuellement : un degré
important d’ouverture à la concurrence pour que se crée un véritable marché des
certificats, la fixation de quotas obligatoires de sources renouvelables
appliqués au niveau de la consommation et assortis de sanctions en cas de
non-respect des quotas, un système de certification compatible d’un Etat à
l’autre, harmonisation, une maturité industrielle suffisante des technologies
éligibles, pour la fixation et le contrôle d’objectifs (si on impose trop peu,
on ne crée pas de demande,…) qui doivent être cohérents avec les technologies à
un moment donné. …
On voit donc clairement que malgré le volontarisme
de certains Etats-membres comme le Royaume-Uni, Pays-bas, ou l’Italie la mise
en place d’un tel système risque de prendre du temps. Il serait en tout état de
cause extrêmement dangereux de se contenter de mettre en place des certificats
verts sans autres mécanismes de soutien, au moins en phase transitoire comme
l’a prouvé l’expérience au Danemark.
Tout
d’abord, affin de comprendre les systèmes d’incitations financières mis en
place par le gouvernement Français il est important de situer historiquement le
marché de l’électricité en France.
Le
marché de l’électricité en France était, avant la directive du 10 février 2000,
basé sur la loi de Nationalisation de l’électricité et du Gaz (loi n46-628 du 8
avril 1946).
Toutes
les activités de production, transportation, distribution, importation et
exportation étaient gérées par un corporation appartenant a l’état Français
(EDF).
Cette loi explique
pourquoi le marché de l’électricité et du gaz en France est très
centralisé et soumis à très peu de réglementation car EDF avait le
monopole du marché. Il est également intéressant de rappeler qu’en France le
nucléaire représente 75% de la totalité de production d’électricité en France.
Le parc nucléaire Français ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Le
remplacement en kW équivalents de la capacité de production d’un réacteur
nucléaire par des énergies renouvelables
ne se fera donc que ci celui ci est accompagné d’un accroissement
significatif de la demande. (Bruel 2001, Krohn 1998, EDF 2002, Chabot 2001)
- Première étape dans la mise en place d’un parc éolien Français : Le programme Eole 2005
Eole
2005, programme d’appel d’offres, a été
lancé en 1996 suite a un objectif du gouvernement français de produire 250 a
500 MW d’énergie éolienne en 2005.
Objectifs : Ce programme avait un double but, le premier énergétique le deuxième industriel. Le but du programme du point de vue énergétique était d’une part de pourvoir à la croissance de la demande en électricité et d’autre part de rendre ce type d’énergie compétitive pour exploiter une ressource éolienne très importante ( 2nde en Europe après le Royaume-Uni). Du point de vue industriel il était intéressant d’entrer dans le marché non seulement pour être à niveau avec le marché mondial mais également pour avoir la possibilité de développer des aérogénérateurs de grande puissance.
Le principe des appels d’offres dans le cadre d’Eole 2005.
Les
appels d’offres ont été lancés par EDF. Les propositions ont été examinées en
terme de prix demandé pour le rachat de l’électricité produite ;
cependant les effets sur l’environnement
les innovations technologiques ainsi que leur intégration dans le domaine
public ont également été pris en compte. Les choix des projets était effectué
par EDF sur avis des représentants des Ministères concernes de l’ADEME.
Résultats des tarifs d’appels d’offres :
Le
système d’appels d’offres a vu près de 400 propositions. Sur les 55
propositions retenues soit un total de 360 MW d’offres faites seulement 53 MW
ont vu le jour a la fin 2000. Le tableau
ci dessous résume les projets qui ont vu le jour à la fin du programme Eole
2005. A la fin décembre 2000, 13 fermes éoliennes, totalisant 53 MW,
étaient en service effectif.
|
Région |
Site |
Opérateur |
Puissance |
Mise en service |
|
Bretagne |
Goulien (29) |
Cégélec |
6 MW |
avril-00 |
|
|
Plouarzel (29) |
Compagnie du Vent |
3 MW |
octobre-00 |
|
Languedoc- |
Sigean (11) |
Compagnie du Vent |
6,6 MW |
mai-00 |
|
Roussillon |
Souleilla (11) |
Eole Technologie |
7,5 MW |
décembre-00 |
|
|
Lastours (11) |
Vergnet/EDM |
3,05 MW |
décembre-00 |
|
Nord |
Widehem (62) |
SAEML Dunkerque |
4,5 MW |
décembre-00 |
|
Pas-de-Calais |
|
|
|
|
|
Rhône-Alpes |
Donzère (26) |
SPIE Trindel |
3 MW |
juillet-99 |
|
Corse |
Torricella (2 B) |
Scite-Peristyle |
7,8 MW |
septembre-00 |
|
|
Rogliano (2 B) |
Scite-Peristyle |
4,2 MW |
|
|
Antilles-Guyane |
Petite-Place (971) |
Vergnet |
1,5 MW |
novembre-98 |
|
|
Petit-Canal (971) |
Vergnet/SHF |
2,4 MW |
avril-99 |
|
|
Morne Constant (971) |
Vergnet |
1,38 MW |
juin-00 |
|
|
La Désirade (971) |
Vergnet |
2,1 MW |
décembre-00 |
Tableau 1 : Localisation des propositions de fermes éoliennes, (source : rapport 2000 de la DGEMP)
Critiques et bilan général du système :
Sur
les 360 MW prévus par les propositions
seulement 53 MW ont été produits à la fin 2000. Cependant la critique n’est pas
entièrement justifiée car il y a un délai moyen de 3 ans entre la déposition de
la proposition et la mise en fonctionnement de la ferme. Si le système d’appels
d’offres avait été continué il aurait sans doutes généré 500 MW en 2005.
Une
autre des critiques apportées aux systèmes d’appels d ‘offres est le prix
de production du MW d’électricité qui est largement supérieur à celui d’autres
pays.
Eole
2005 a contribué sensiblement au développement du marché de l’éolien en France,
même si les résultats n’ont pas été aussi bons que prévus, et a ainsi permis à
l’introduction de plusieurs firmes Françaises sur ce marché, traditionnellement
dominé par le nord de l’Europe. Ce programme a également permis aux opérateurs
Français de prouver leurs compétences et la faisabilité de l’éolien auprès de
collectivités locales et régionales. Eole 2005 a aussi contribué à maîtriser
les contraintes techniques, électriques, aéronautiques, foncières et
environnementales.
Ce
programme est remplacé par l’arrêté relatif aux tarifs éoliens publié le 22
juin 2001, en vue d’adopter une libéralisation des marches de l’électricité.
- Système français de tarifs d’achats garantis :
Le
système d’appels d’offre en France a été abandonné à cause de la nécessite
d’adopter la Directive, celle ci a été
mise en place avec la loi du 10
février 2000. La loi est relative à la modernisation et au service public de
l’électricité. Cette loi adopte au strict minimum la directive européenne. Il
ne s'agit pas de la directive renouvelables, postérieure à la loi.
Le
prix de rachat de l’électricité éolienne est fixé par le Ministère de l’économie et le
Ministère de l’Energie. Un décret paru en Mai 2001 relate aux conditions de
rachat de l’électricité produite par les producteurs bénéficiant de
l’obligation de rachat. Cependant même avec ce décret le ministère de l’énergie
et de l’économie donnent toujours les conditions de vente de l’électricité, les
tarifs ainsi que la durée de l’accord de rachat.
Selon
l’arrêté du 8 juin 2001, les tarifs d’achat de l’électricité produite à partir
de sources éoliennes sont les suivants.
Dans ce système les tarifs sont identiques pour tous les partis durant
les 5 premières années. Pendant les 10 années suivantes le tarif est variable et tient compte de la
productivité réelle de l’exploitation. Voir Tableau 1: Tarifs d’achats garantis pour la France
Metropolitaine 2001. (CRE 2001)

Tableau 1: Tarifs d’achats garantis pour la France Metropolitaine 2001. (Source :CRE )
La
détermination des prix en France et la modulation des prix en fonction de la
productivité potentielle (inspiré du système mis en place par l’Allemagne)
permet d’éviter les rentes de situations sur les très bons sites et aussi
permet d’ouvrir la possibilité d’investissements liens sur un plus grand nombre
de sites en France.
Ci-dessous
un extrait de la critique de la CRE :
Critique de la critique de la CRE fait concernant les tarifs d’achats en France :
« Le
système de tarifs d’achat garantis est
un système de subventions très coûteux ». La Commission de Régulation de
l’Electricité (CRE), dans son avis du 5 juin 2001, justifie cet opinion en
analysant les répercussions et conséquences du
prix élevé de ce système de subvention sur les prix de l’électricité en France.
Cette
étude prend place après la passation du décret n°2001-410 du 10 mai 2001,
modifié le 28 mai 2001, concernant les conditions d’achat (tarif garantis) de
l’électricité d’origine éolienne. L’étude peut se décomposer en trois sections.
Tout d’abord le rapport compare
l’énergie éolienne aux énergies courantes, le nucléaire et le gaz (CCG), en
prenant compte leurs émissions de CO2 et de gaz traces. Dans un deuxième temps,
la CRE compare les prix moyens résultants de l’appel d’offre dans la dernière
tranche d’Eole 2005 à ceux que propose le système de tarifs garantis. Enfin, en
s’aidant des réflexions et conclusions faites dans les deux premières sections
du rapport, les conséquences et les surcoûts que va créer le système
tarifaire sont mis en évidence.

L’avis
de la CRE est assez critique envers ce système de subvention et ceci ce fait
ressentir à travers le document qui manque un peu d’objectivité. En effet le
document commence par une critique ouverte du système de tarifs d’achat
garantis en présentant les avantages du système des appels d’offres comme
illustré dans l’extrait issu de l’avis de la CRE. La CRE néglige les
importances des politiques derrière les méthodes d’incitations financières aux
énergies renouvelables. La CRE se concentre sur les buts recherchés par le
gouvernement Français d’un point de vue économique mais ne montre pas une
réelle compréhension derrière le
changement soudain du système de subventions, étroitement lies aux
objectifs de la Communauté Européenne. Il est un en effet dommage de voir la
CRE critiquer ainsi un système qui, dans
l’ensemble, s’est prouvé être le plus efficace envers la promotion des ER en
Europe.
Une
autre des critiques majeures du rapport peut se faire par le fait que la
critique de la CRE se porte uniquement
sur une comparaison du prix moyen du MWh sans pour autant tenir compte
des mécanismes inhérents aux deux méthodes d’incitations comparées. En effet vu
sous cet angle le projet EOLE 2005 et nettement avantagé par rapport au système
de tarifs de rachats. Pour des projets comparables, le rapport cite que sous
EOLE 2005 le prix de rachat du MW était de
48 €/ MWh, par rapport à un prix de rachat de 65 €/MWh pour le système de tarifs garantis
actuellement en vigueur, soit une différence de 17€/MWh. Toutefois il est
indispensable de rappeler qu’ EOLE 2005, comme pour la plus part des système
d’appels d’offres ou seuls les propositions les plus compétitives sont
retenues, promeut seulement l’utilisation des sites les plus rentables et de
sites générant des coûts le plus bas. Avec ce système, seuls les sites
bénéficiant d’un coût de rattachement au
réseau relativement bas sont envisagés, réduisant ainsi les lieux
d’implantations d’éoliennes à travers le territoire français.
Toutefois
il est vrai qu’avec une exploitation des sites bien ventés les profits, sous le
système de tarifs d’achat peuvent atteindre 20%, une marge de profit
considérable risquant d’attirer un fort investissement surtout étranger (le
marché de construction de l’éolien en France n’étant pas très développé). Cet
investissement excèderait largement les
capacités de l’industrie française à faire face à cette explosion du marché. En
effet aucun contrôle ne peut être exercé sur le développement de l’éolien
menant éventuellement à des coûts de
subvention en accroissement constant.
De
plus la vision de la CRE est assez limitée, elle ne considère en effet que le
prix de l’électricité, ce qui est sans doute sont rôle, mais l’application des
énergies renouvelables a des ramifications beaucoup plus étendues. Par exemple
la CRE n’a pas pris en compte qu’il est estimé que la construction de
générateurs éoliens a entraîné un chiffre d’affaire de 2.7 milliards d’Euro
(Renewable energy to
boost Job creation,(2000)). Des études réalisées sur le potentiel de création
d’emploi estiment qu’avant la fin 2020 le secteur des énergies renouvelables
pourrait contribuer à la création de plus de 900 000 emplois a travers l’UE. Il
est estimé que si l’exploitation éolienne offshore se faisait sur 1% des ressources côtières du Royaume Uni, du
Danemark, de la Hollande, de la Belgique et de l’Allemagne ceci résulterait
en la création d’environs 160 000
emplois (Renewable
energy to boost Job creation,(2000)). Cependant les conséquences économiques
d’une telle envergure sont très difficiles à prédire. Toutefois une chose est
certaine elles sont positives, et il est très possible qu’elles compensent le
prix élevé nécessaire, ou en tout cas estimé nécessaire par le
gouvernement pour la promotion de
l’énergie éolienne. La EWEA (European Wind Energy Association) estime
qu’aujourd’hui seul, plus de 22 000 personnes sont employées à travers ce
secteur en Europe.
Pour
conclure, malgré le prix élevé du
système de tarifs garantis la sévère critique de la CRE n’est pas justifiable
dans la mesure ou elle ne couvre pas tout les aspects et répercussions engendrés par un développement d’ER. Le
rapport aurait pu être plus constructif dans sa critique en considérant le but
recherché, c’est à dire la promotion de l’énergie éolienne non le prix de
l’électricité dans dix ans. Leurs prédictions d’augmentation des prix de
l’électricité (+3 €/MWh, soit +15% au prix de l’électricité pour les
industriels et 3% pour les particulier, Rapport CRE) ne sont pas
automatiquement véridiques. En effet ces critiques ne tiennent pas compte de l’ouverture
prochaine du marché de l’électricité et ne font que des prédictions sur les
prochaines années à venir en supposant que le système de tarifs d’achats,
survive au charme des Certificats Verts.
Afin
de comprendre le système actuel présent en Grande Bretagne il est important de
définir le contexte et les origines du système mis en place originellement.
En
1988 le gouvernement anglais dans le cadre de plans de développement de
l’énergie renouvelable mets en place une structure institutionnelle capable de
gérer cette volonté de développement. Cette structure fait partie du 1989
Electricity Act, qui elle même mets en place le Non Fossil Fuel Organisation
(NFFO).
Initialement
le but du NFFO était de rendre viable un certains nombre de méthodes de
production d’énergie verte. Ceci pour la raison que en 1989
« l’electricity act » rendait obligatoire l’achat d’une certaine
quantité d ‘énergie avec une prime pour les producteurs. Jusqu’en 1990 il
n’existait pas de mécanisme en place concernant la tarification de l’éolien. L’introduction
du NFFO en Angleterre et au Pays de Galles en 1990 ainsi que l’adoption de SRO
Scottish Renewable Order en 1995 a permis une structuration nécessaire de ce
marché grandissant.
Mode de fonctionnement de NFFO :
Le
NFFO est une politique qui s’applique à l’ensemble des énergies renouvelables.
Cependant les différences (efficacité de production et d’avancement de la
technologie suivants que la production soit éolienne ou géothermique) sont
prises en compte dans cette stratégie.
Le NFPA Non Fossil Purchasing Agency) se
charge de faire des appels d’offres auprès des producteurs potentiels. Les projets déposant leur candidature doivent
démontrer la disponibilité de la matière première. Pour l’éolien cela implique
de proposer des projets dans des sites où la vitesse du vent est prouvée
pendant 12 mois minimum et doit obligatoirement comprendre 13 semaines
consécutives de relevés. L’offre doit également inclure le prix de vente du kWh (modifiable) ainsi
que la capacité de génération d’électricité en MW DNC (Declared Net Capacity),
une mesure prenant en compte la variabilité de production. Les offres soumises
doivent ensuite être approuvées par le Office Electricity Regulation (OFFER).
Le OFFER maintenant devenu le OFGEM
(Office for gas and electicity) examinent le projet en termes de viabilité
technique, commercial et juridique. Cette étape est très importante (et de
longue durée) dans le processus NFFO car
cela démontre si oui ou non le projet aura une rentabilité économique. A la fin
de cette étape primordiale, si le projet est accepté un prix définitif du kWh produit est soumis au NFFO.
C ‘est
finalement le rôle du gouvernement de sélectionner le projet le moins cher en
termes de vente du kWh tout en tenant compte du quota total de MW nécessaire et
de la « technology band ».En effet le NFFO s’applique à toutes les
énergies renouvelables ; certaines sont moins coûteuses à produire mais
affin de permettre un développement équitable les différentes technologies sont
classées en bandes.
Une
fois le projet adopté par le NFFO, il reçoit pendant 15 ans (durée du contrat)
la rente du prix au kWh. Toute énergie produite en surplus peut être vendue en
dehors du contrat fait avec le NFFO.
Cependant
ce processus, bien qu’il soit déjà long et onéreux, ne permet pas aux projets de commencer de
suite. En effet tout projet doit, par ces propres moyens c’est à dire en dehors
de l’aide accordée par le NFFO, obtenir le permis de construire pour le site
choisi ainsi que les moyens de financer le projet, les générateurs doivent également obtenir une licence de
production. Malgré l’obtention du contrat NFFO les projets ne sont pas garantis
d’obtenir un financement ni le permis de construire.
Un
Fossil Fuel Levy, provenant d’une taxe prise sur tout les consommateurs
d’électricité ( 0,3 %) permet de financer les projets dont le coût de
production d’électricité est plus élevé que le coût de production d’énergie
dite traditionnelle.
En
vue de la libéralisation de l’électricité et du changement de structure de
l’industrie électrique au Royaume-Uni, le gouvernement a abandonné ce système,
toutefois il sera maintenu pour les projets déjà en cours. Il est nécessaire de
déphaser le système NFFO progressivement. Le tableau ci dessous résume la
totalité des projets mis en place durant le NFFO ( Grande- Bretagne), le SRO et
le NI NFFO ( Irlande du Nord). Jusqu’en Mars 2002.
|
Order |
Technology Band |
No of Projects |
Capacity MW (DNC) |
|
NFFO 1 |
Hydro |
21 |
10.001 |
|
Landfill Gas |
19 |
30.776 |
|
|
Municipal and Industrial Waste |
4 |
40.63 |
|
|
Other |
4 |
45.48 |
|
|
Sewage Gas |
6 |
5.98 |
|
|
Wind |
5 |
8.138 |
|
|
|
Total: |
59 |
141.005 |
|
NFFO 2 |
Hydro |
10 |
10.457 |
|
Landfill Gas |
26 |
46.393 |
|
|
Municipal and Industrial Waste |
2 |
31.5 |
|
|
Other |
1 |
12.5 |
|
|
Sewage Gas |
18 |
19.059 |
|
|
Wind |
23 |
52.452 |
|
|
|
Total: |
80 |
172.361 |
|
NFFO 3 |
ECAFW - Gasification |
1 |
8 |
|
ECAFW - Other |
2 |
69.5 |
|
|
Hydro |
8 |
11.738 |
|
|
LFG |
42 |
82.071 |
|
|
MIW |
6 |
77.419 |
|
|
Wind Large |
10 |
41.021 |
|
|
Wind Small |
11 |
10.835 |
|
|
|
Total: |
80 |
300.584 |
|
NFFO 4 |
Hydro |
7 |
2.102 |
|
Landfill Gas |
52 |
137.651 |
|
|
Municipal and Industrial Waste -
CHP |
2 |
14.98 |
|
|
Wind Large |
3 |
11.446 |
|
|
Wind Small |
4 |
2.755 |
|
|
|
Total: |
68 |
168.934 |
|
NFFO 5 |
Hydro |
3 |
0.64 |
|
Landfill Gas |
50 |
100.922 |
|
|
Wind small |
4 |
3.647 |
|
|
|
Total: |
57 |
105.209 |
|
NI-NFFO 1 |
Hydro |
7 |
1.89 |
|
Wind |
6 |
12.664 |
|
|
|
Total: |
13 |
14.554 |
|
NI-NFFO 2 |
Biomass |
2 |
0.304 |
|
Hydro |
1 |
0.075 |
|
|
Wind |
2 |
2.567 |
|
|
|
Total: |
5 |
2.946 |
|
SRO 1 |
Biomass |
1 |
9.8 |
|
Hydro |
7 |
7.04 |
|
|
Wind |
7 |
25.13 |
|
|
WTE |
2 |
3.78 |
|
|
|
Total: |
17 |
45.75 |
|
SRO 2 |
Hydro |
2 |
1.46 |
|
Wind |
3 |
18.95 |
|
|
WTE |
4 |
15 |
|
|
|
Total |
9 |
35.41 |
|
SRO 3 |
Wave |
1 |
0.2 |
|
Wind Large |
1 |
8.29 |
|
|
Wind Small |
3 |
2.47 |
|
|
WTE |
2 |
6.12 |
|
|
|
Total |
7 |
17.08 |
|
|
Grand Total: |
395 |
1003.83 |
Tableau
2: Capacité en MW de la totalité des projets ayant vu le jour sous les contrats
NI NFFO, NFFO et SRO. Source : Departement of Trade and
Industry,(2002).
Défaillances du système NFFO :
Les
principaux problèmes rencontrés avec ce système d’enchères est le fait du très
long délai de mise en pratique d’un projet ainsi que la difficulté de prédire la finalité des
projets. Le temps et le coût d’obtention d’un permis de construire ainsi que le
manque de prévisions et stabilité du marché fait que contrairement au potentiel
du marché, peu de constructeurs et investisseurs étrangers ce sont implantés en
Grande-Bretagne.
Situation Actuelle :
Le mécanisme d’enchères NFFO a été remplacé par un système de certificats verts en Avril 2002. Il est cependant trop tôt pour émettre un jugement quant au fonctionnement de ce système.
Ce
système incitatif repose sur l’obligation de commercialisation pour les producteurs
qui doivent justifier d’un pourcentage minimum d’électricité renouvelable dans
leurs ventes. L’obligation de production d’énergie renouvelable devrait passer
de 3% en 2002 à 10.4% en 2012. Si un producteur ne possède pas le certificat
vert, alors il lui est possible de s’acquitter d’une pénalité (le buy-out
price : 5c€/kWh). Seule l’électricité provenant d’installations postérieures
à 1990 peuvent se voir attribuer des certificats verts.
Le
choix d’un système de certificats verts au détriment d’aides directes
(enchères) ne va pas améliorer la situation à court terme. Les certificats
verts ne permettent pas aux investisseurs d’évaluer avec certitude leur retour
sur investissement. Le marché des certificats verts est encore très jeune et
les résultats incertains. Toutefois, la Grande Bretagne, possédant le plus
grand gisement de l’éolien en Europe, pourrait à moyen terme retrouver une
position dominante a l’échelle européenne si l’internationalisation du marché s’effectue.
(Sources :
Energie 21, éditée en 1996,
- Au départ : système de tarif d’achat garanti
Après
la première crise énergétique en 1973 le Danemark a développé un intérêt de
produire de l’électricité de manière indépendant du pétrole afin d’éviter la
dépendance des matières premières de l’extérieur du pays. Aujourd’hui la
production d’éoliennes danoises contrôle environ 50 % du marché mondial et le
Danemark est donc un des pays les plus importants dans ce domaine. En 2001
4.116 MW d’éoliennes se sont vendues sur le marché mondial (Windpower, 2001).
Les compagnies danoises représentent la moitié du marché mondial, soit 3
milliards d’Euros.
L’énergie
éolienne prend une place aussi proéminente dans la politique de
l’énergie danoise car cette politique a pour but de réduire les émissions de CO2 de 22 % en 2005 par rapport aux
émissions de 1988. De plus dans la dernière planification du scénario à long
terme (Energie 21, éditée en 1996) du ministère de l’environnement et de
l’énergie, l’objectif à long terme est encore plus élevé. En 2030 l’énergie
d’éolienne doit pourvoire à 50% des besoins de consommation d’électricité
(Krohn, S, 2002)
La
production d’énergie éolienne fonctionne selon le principe de tarif d’achat
garantis, le parlement fixe un prix pour chaque kWh vendu. En 2002 au Danemark 18% de l’énergie électrique
est produite avec l’éolien. Voir figure 1 : La ligne rouge indique la
production de l’énergie avec un vent
optimal. La ligne noire indique la situation réelle c’est
à dire avec l’influence de la météo

Figure
1: Pourcentage de consommation danoise de l'électricité de l'énergie éolienne
1983-2002 (Source : Krohn, Soren., 2002)
- Changement de stratégie : L’introduction du certificat vert :
L’expérience
danoise est pour l’instant ni un échec ni une réussite en matière de
certificats verts, l’entrée en vigueur du marché danois restant pour le moment
en suspens. Et c’est d’ailleurs assez déroutant puisque dès 1999 le
gouvernement avait montré une réelle envie d’investissement dans cette voie.
En
effet, le 3 mars 1999 le parlement veut
réformer le système de tarif d’achat garantis (en place depuis 15 ans) pour le
remplacer par un système de certificats verts Ministère de l’énergie Danois (2002).
Après
l’émission de la directive européenne, une loi électrique était promulguée
visant d’une part à réorganiser le système et à installer un nouveau système
d’aides fondé sur des certificats verts. Ce système devait succéder au système
de tarif d’achats garantis en place depuis 15 ans. L’objectif était d’arriver à
20% de la consommation électrique en 2003, 30% en 2010 et 50 en 2030. Les
quotas sont imposés aux consommateurs, leurs fournisseurs devaient se procurer
pour leur compte les certificats. Les consommateurs ont obligation de justifier
d'un certain pourcentage de sa consommation d'origine renouvelable. Une
pénalité est prévue en cas de non respect de cet objectif. Ainsi tous les
contrats conclus avant cette date suivent l’ancien système donc le système de
tarifs d'achat garantis et tous les contrats conclus après suivent le système
de certificats verts. Le parlement décide de mettre en place les règles
suivantes pour les producteurs d’énergie éolienne comme système de
compensation : Un prix plancher (ne s’appliquant que durant 20 ans) de 10
øre = 0,74 cent (correspondant aux taxes de CO2) par rapport au prix
du marché, prix plafond de 36 øre/kWh = 2,67 cent. (Kjaer, 2001).
Toutefois
pour les vielles éoliennes dont les dépenses de production sont plus grandes que le prix du marché et du prix
supplémentaire il est nécessaire de mettre en place un autre modèle de
subvention. Les nouvelles éoliennes, qui principalement seront des éoliennes
offshore, vont recevoir un bonus qui
correspond à la quantité nécessaire pour remplir les obligations
internationales.
Le
marché était sensé entrer en vigueur dès le 1er janvier 2000, puis
la date a été repoussée à janvier 2003 et en septembre 2001, le ministre de
l’environnement et de l’énergie danois a finalement suspendu les plans de mise
en place du marché.
L’impact
de la décision de changement de système était visible avant la mise en place du
système. Alors que le secteur de l’énergie renouvelable avait connu des
années de forte croissance plus aucun investissement ne s’est fait dans les
dernières années: le marché danois de l’installation de nouvelles capacités
éoliennes a chuté pour la première fois depuis 1993. Cette chute est imputable
à la mise au point du marché de certificats verts qui a induit une incertitude
des futures conditions de paiement. D’où l’explosion des ventes d’éoliennes en
1999 et 2000 avant l’expiration de l’ancien système de paiement. (La gestion du
passage d’un système d’incitation à un autre ne doit donc pas être négligée).
En effet, seulement 100 MW d’énergie éolienne ont été mis en place contre 600
MW en 2001 (voir figure 2) par rapport à l’année précédente. Toutefois ce
déclin était prévu par le gouvernement danois lors de la décision faite
d’introduire un système de certificats verts.

Figure 2: Ventes d’éoliennes au Danemark.
Les
problèmes liés à l’introduction des
certificats verts sont dus à des désaccords avec les producteurs d’éolien. Le
plan était en effet vivement critiqué au point que certains partis politiques,
qui se plaçaient préalablement en faveur de ce marché, ont apparemment changé
d’opinion après les différentes études menées (rapport de PriceWaterHouseCooper
en octobre 1999, rapport des industriels,…)...
Les
industriels du secteur de l’énergie renouvelable estiment que ce schéma
présente plusieurs défauts. La Danish
wind Industry association notamment avait émis au début du mois de
septembre un rapport (The Devil in the
Details, http://www.windpower.dk/articles/grmarket.htm )
où elle faisait le point des faiblesses ou incohérences dans la mise un place
d’un marché national. L’association ne dit pas être foncièrement contre un tel
système, mais elle juge notamment qu’il est trop tôt pour le faire ou que la
forme actuelle n’est pas adéquate. Le rapport affirme ainsi qu’il est
difficile, voire dangereux d’essayer de mettre en place un système fermé
national alors qu’au niveau européen rien n’est fait. Ceci est une des raisons
pour lesquelles le parlement a décidé de
retarder la mise en vigueur des certificats verts jusquà ce qu’il soit possible d’établir un système coopératif
entre plusieurs pays européens. L’objectif pour 2003 est d’autre part jugé trop
faible pour les industriels (quota déjà atteint) pour créer une nouvelle
demande de certificats.
La
Suède est elle-aussi en train de déterminer de déterminer les modalités de
fonctionnement de son futur marché, qui sont quasiment analogues aux danoises.
D’ailleurs la Danish Wind Industry
Association s’attend à ce que le projet suédois soit lui-aussi gelé, car il
présente les mêmes défauts que celui qui était programme au Danemark.
Le
marché de l’éolien fonctionne avec le système d’enchères. Le système AER III
(Alternative Energy Requirement) a eu pour résultats d’obtenir des prix de
production de kWh très bas jusqu'à 0,028 €/kWh, cependant seulement 15 MW des
100 MW de projets ont vu le jour. En effet pour pouvoir obtenir les contrats et
par soucis de compétitivité les investisseurs en éoliennes ont cru bon de
proposer des taux de tarification au kW/h trop bas, par la suite ces prix ne ce
sont pas révélés être économiquement viables. Beaucoup de propositions n’ont
ainsi pas vu le jour. L’Irlande a tenté de rectifier ce problème avec la mise
en place du système AER IV ou cette fois ci les propositions, pour être
acceptées, devaient justifier l’obtention du permis de construire avant de
soumettre des propositions, intégrant un élément de faisabilité économique.
Avec cette modification les offres les plus basses retenues par le gouvernent
sont passées à 0.045€/kWh (Chiorean,
Gallachoir, McKeogh, 2000). Ces modifications devraient permettre un taux de
réalisation plus grand que dans le passé.
Malgré
un début tardif d’une mise en place d’un marché de l’éolien (1995),
l’Espagne se classe désormais premier
acheteur d’éoliennes en Europe.
Le
système de soutien est un système de tarif d’achat garantis mais avec une
structure différente que vu précédemment car les propriétaires d’éoliennes
peuvent « jouer » un peu avec les conditions du marché. Cela veut
dire qu’une partie du prix du règlement du prix de rachat du kWh est fixé mais
les propriétaires d’éoliennes peuvent choisir s’ils veulent que l’autre partie
du tarif de rachat soit fixé ou si elle doit suivre les conditions du marché.
L’objectif politique supérieur est de mettre en place 9000 MW avant 2010. Le
développement est cependant aussi réglé par des décisions et des objectifs des
provinces. En cumulant les objectifs de capacité de production de toutes les
provinces le total de production est de
15 000 MW avant 2010.
Le
marché espagnol est caractérisé par des grands projets d’éolienne où la plupart
des acteurs ont une connexion avec le secteur d’électricité. Cet engagement du
secteur électrique est unique pour l’Espagne.
Avec
la capacité actuelle de l’énergie éolienne l’Espagne couvre maintenant (en
2000) environ 5% de sa consommation en électricité. L’Espagne n’est dominée que
par le Danemark où l’énergie d’éolienne couvre une partie plus grande ( en
proportion) du marché de la consommation de l’énergie.
En
2001 le marché Allemand a battu tous les records avec la mise en place de 2600
MW de fermes éoliennes. En comparaison avec le Danemark l’Allemagne a mis en place plus d’éoliennes
en une année qu’au Danemark depuis 20
ans. Au total sur l’ensemble du territoire à la fin 2001 l’Allemagne a une capacité de 8500 MW.
Cette quantité couvre 3 % de la consommation d’électricité en Allemagne.
Ce
développement explosif est premièrement dû à une volonté politique de soutenir
la mise en place des éoliennes. En 2000 une loi
soutenant le système de tarif d’achat garantis est mis en place avec des
prix fixé pour la durée de vie de l’éolienne ( environs 20 ans).
Les
tarifs sont décides en fonction de l’emplacement de l’éolienne. Le système
allemand est tel qu’une éolienne placée dans un endroit où il y a peu de vent
reçoit un prix plus élevé pendant plus de temps par rapport à une éolienne placée dans un endroit avec beaucoup
de vent. Cette politique résulte dans un
fort développement des éoliennes
dans les zones non côtières. Cette ambiguïté n’incitant pas a une rentabilité
maximale permet cependant de promouvoir le développement de l’éolien dans tout
le pays. L’Allemagne a très peu de ressources éoliennes de très bonne qualité.
Affin
de maximiser le potentiel des sites les éoliennes utilisées sont de très grand
calibre. Ainsi la plus part des grandes
éoliennes fabriquées dans le monde sont vendues
pour l’Allemagne. La taille moyenne d’une grande éolienne en Allemagne
en 2001 était 1,3 MW.(Source wind power)
L’objectif
allemand est d’établir d’ici 2010 l’installation de plus de 20.000 MW soit un
doublement de la capacité d’actuelle. Ces objectifs éoliens vont de paire avec
la politique de remplacement de
l’énergie nucléaire qui s’élève à 22.000 MW) La construction d’éoliennes
offshore est prévu de commencer en 2004-2005 et il existe déjà des plans
d’installations entre 12.000 et 15.000 MW.
Le
système de certificats verts néerlandais
est le seul à être véritablement en place en Europe, il a été instauré par
étape depuis 1996. Il est basé sur une approche volontaire de la demande des
consommateurs, avec une incitation fiscale toutefois. Le marché de
l’électricité verte est totalement libéralisé.
Du
côté de la tarification verte offerte au consommateur, depuis 1996, la plupart
des distributeurs néerlandais proposaient aux consommateurs qui le souhaitaient
de payer plus cher leur électricité contre l’assurance que leur argent serve à
soutenir la production d’électricité verte. Le taux de soutien aux énergies
renouvelables garanti dans ces abonnements était variable. Parallèlement et
indépendamment de cela, à partir du 1er janvier 1998, chaque
compagnie de distribution devait détenir un nombre minimal de certificats
chaque année (et qui dépend de la compagnie). Des sanctions collectives ou
individuelles étaient prévues. Les compagnies de distribution se procuraient
des certificats verts en investissant dans des projets certifiables ou en
achetant des certificats auprès de producteurs. Dans ce cas, l’origine de
l’incitation était double : par les quotas que s’imposent les producteurs,
et par la demande en abonnement vert pour des consommateurs.
Or
justement une certaine confusion résultait de cette double utilisation des
certificats verts. Des distributeurs utilisaient la demande volontaire des
consommateurs pour remplir leur quota. Or inclure la demande volontaire dans
leur objectif individuel, c’est ne supporter qu’une partie du coût lié au
quota, le reste étant supporté par les consommateurs volontaires. Il en
découlait une sorte de distorsion de concurrence entre les compagnies ayant ce
genre de pratique et les autres.
Il
semblerait qu’à la suite de ces problèmes, les Pays-Bas soient passé à un
second système à partir du 1er janvier 2002 : un système
d’incitation fiscale à la demande. Les consommateurs n’ont aucune obligation de
se fournir en électricité verte, en revanche ils peuvent le faire soit par
conviction environnementale soit pour bénéficier d’une exemption fiscale sur
les énergies vertes.
Aujourd’hui,
le certificat vert est délivré à l’énergie hydraulique (capacité de moins de
15MW), éolienne, solaire et de biomasse. Il est valable un an à compter de son
émission, il peut avoir une « taille » de 1, 10, 100 ou 1000 MW et
peut-être encore divisé pour les plus grandes quantités. D’autre part les Pays-Bas
autorisent l’importation d’électricité d’origine renouvelable étrangère
(d’Autriche, Finlande, Norvèeg, Suède, Royaume Uni, on voit que ce ne sont pas
des pays qui ont forcément un système de certificats verts) pour atteindre les
quotas, mais le CV ne sera émis qu’après que l’électricité soit entrée
physiquement sur le territoire. (http://www.groencertificatenbeheer.nl)
Résultats :
L’exemple des Pays-Bas est intéressant car nous bénéficions déjà de
résultats analysables. La formule a du succès puisque entre 900 000 et 1 300 000 consommateurs sont
demandeurs de l'électricité provenant des ressources renouvelables, alors
qu’avec le système précédent où seuls les consommateurs convaincus
souscrivaient des abonnements verts, il n’y avait que 100.000 consommateurs
verts. Ce succès entraîne pour le Trésor public un coût annuel sous forme de
manque à gagner de 140 millions d'euros. Le système fonctionne de la sorte
depuis le 1er janvier 2002.
Malgré son succès en nombre de consommateur le système comporte plusieurs
écueils. La demande en énergie verte est si forte que 80% de l’énergie verte
est importée. En outre les unités de productions utilisées sont souvent des
unités qui existent déjà. Le nombre de projets d’investissements dans des
nouvelles installations est pour l’instant assez décevant.
Le risque est donc élevé que les importations soient poussées par des
distorsions engendrées soit par des systèmes incitatifs différents ou plus
avantageux pratiqués par d’autres pays, soit par le recours à des grosses
installations hydroélectriques déjà existantes et amorties (France ou Suède).
La délivrance d’un certificat vert n’est pas conditionnée, contrairement à
l’Italie, au recours à une nouvelle installation.
Les
tableaux suivants représentent respectivement la production néerlandaise
et étrangère de certificats verts (en MWh, source : http://www.groencertificatenbeheer.nl).
On y voit la croissance du nombre de certificats émis à partir
d’électricité produite à l’étranger.


Le
gouvernement belge a fixé en 1999 un objectif de 5% de la consommation
électrique intérieure pour la production d’électricité verte en 2010. Les
différentes régions ont ensuite été libres de définir les modalités pour
atteindre ces objectifs. La situation est globalement équivalente entre les
régions.
- En Wallonie :
Sur
le site de la commission wallonne pour l’Energie, celle-ci explique :
« Afin de rencontrer les objectifs
de réduction de gaz à effet de serre fixés à Kyoto et promouvoir l’électricité
produite à partir de sources d’énergie renouvelables sur le marché intérieur de
l’électricité ainsi que le prévoit la directive du 27 septembre 2001, le
Gouvernement wallon met en place un mécanisme de certificat vert et un
mécanisme d’aide à la production. » Le système de certificat vert a
bien été mis en place en réponse à la Directive. Le Gouvernement wallon a
adopté, le 04 juillet 2002, l’arrêté relatif à la promotion de l’électricité
verte et Le mode de soutien wallon de certificats verts est entré en vigueur au
premier octobre 2002.
Tout
fournisseur de consommateurs situés en région wallonne doit acquérir
trimestriellement un quota de certificats verts, sur base de l’électricité
qu’il fournit. Le quota imposé est de 3% jusqu’en 2003, il devrait atteindre 7%
en 2006. En cas de non respect des quotas par un fournisseur, celui-ci devra
s’acquitter d’une amende administrative libératoire pour le trimestre envisagé
pour chaque certificat manquant de 75 euros à 100 euros par certificat
manquant.
Les
certificats verts sont attribués aux producteurs sur base de la production
d’électricité verte et du taux d’économie de dioxyde de carbone réalisé par la
filière de production utilisée. Le décret du 12 avril 2001 précise que
l’électricité verte est « l’électricité produite à partir de sources d’énergie
renouvelables ou de cogénération de qualité dont la filière de production
génère un taux minimum de 10 % d’économie de CO2 … ». Un certificat vert est
attribué pour un nombre de kWh produits correspondant à un MWh divisé par le
taux d’économie de dioxyde de carbone. En pratique, un certificat vert est
attribué pour 456 kg de CO2 évités. Pour illustrer, cela correspond à la
quantité de CO2 émise pour produire 1 MWh dans une TGV au gaz naturel ayant un
rendement de 55%. Il aura une durée de vie de 5 ans. La commission wallonne a
développé une méthode de calcul de gain de rejet de CO2
En
outre, les producteurs d’électricité verte pourront bénéficier, après l'entrée en
vigueur d'un arrêté d'exécution actuellement en discussion, d’un mécanisme
d’aide à la production, une subvention obtenue en échange des certificats
verts. Cette aide à la production octroyée par le ministre en échange des
certificats verts sera de 65 euros par certificat vert de 1MWh. Elle ne pourra
être perçue que durant la période de l’amortissement de l’installation avec un
maximum de 10 ans.
Il
y a donc une sorte de prix garanti ou de prix minimal du certificat vert. Le
producteur pourra, soit vendre son certificat vert sur le marché des
certificats verts, soit l’échanger auprès de l’administration pour recevoir
l’aide à la production. Dès lors, les
producteurs d’électricité verte en Région wallonne choisiront entre le
mécanisme des certificats verts ou l’aide à la production. (http://cwape.wallonie.be, Martin,
2002)
- Les Flandres :
Le
mode de soutien flamand repose sur un marché de certificats verts nommé
«e-ERTe» qui est entré en vigueur au premier juillet 2002. L'obligation porte
sur les distributeurs qui devront respecter un quota de 2,05% en 2003, puis 3%
en 2004 et 5% en 2005. Une pénalité de 5c€/kWh est appliquée en cas de
non-respect du quota en 2003, avec un dispositif original qui prévoit une augmentation
jusqu'à 12c€/kWh au cours des années suivantes.
Après
avoir expérimenté les deux systèmes d’incitation classiques - les appels
d’offre et le prix garanti - une sorte de marché des certificats verts a été
mis en place en janvier 2001. Le décret Bersani a obligé les
producteurs-distributeurs à commercialiser en 2002 une quantité d’électricité
verte au moins égale à 2% de la production de l’année précédente. Le quota
devrait monter à 8% en 2008. Il pèse sur les importateurs comme sur les
producteurs nationaux. Toutefois les importateurs qui souhaitent bénéficier des
certificats verts doivent provenir d’un pays qui a lui-même mis en place un
système de certificats verts (close de réciprocité qui n’est par exemple pas
nécessaire aux Pays-Bas).
Pour
lutter contre la volatilité ultérieure, le gestionnaire du réseau de transport
peut créer ex nihilo des certificats et les vendre. Ces certificats sont une
sorte de certificats à terme, puisque la quantité d’énergie verte
correspondante devra de toute façon être produite dans les trois ans qui
suivent son émission. Il est aussi prévu, en cas d’envolée du prix, de mettre
un prix plafond de 6c€/kWh.
Il
faut noter quelques particularités intéressantes: d’abord seules les
nouvelles unités de production d’électricité verte (c’est à dire postérieures à
1999) peuvent bénéficier d’un certificat vert. Ensuite les certificats verts ne
sont délivrés que pendant les huit premières années d’une nouvelle
installation. L’incitation au développement de l’électricité verte est donc
double : il faut construire de nouvelles unités de production pour satisfaire
les quotas, mais aussi pour remplacer les unités de production plus anciennes.
Entretien avec Monsieur Menenteau
Sites internet visités :
www.windpower.dk Site danois
sur l’énergie éolienne, détail :
- Wind Power
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- Kjaer,C., (2001) Green Certificates in Denmark:The Litmus Test, Danish
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www.ens.dk: Site du Ministère de
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www.groencertificatsenbehee.nl : Site néerlandais sur
les certificats verts
www.cwape.wallonie.be : Site de la Commission
Wallonne pour l’énergie
www.edf.fr : Site d’Electricité de
France
http://www.recs.org/ : Site sur le
Renewable Energy certificat system
Articles (classés par thèmes):
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- Menanteau, P., Lamy,
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