Delphine
Picard Joseph
Mulligan Edouard
Le Roy Réda Souirgi
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Adaptation aux événements météorologiques extrêmes: la crue centennale à Paris
1ère Partie - l’Adaptation : Définition, caractéristiques et mise en œuvre
I.1 - Qu’est ce que l’adaptation
I.2 - Une distinction primordiale : adaptation autonome ou planifiée
I.3 - Caractéristiques de l’adaptation
Changement moyen, variance et extrêmes : à quoi s’adapte-t-on ?
Acteurs et échelles territoriales : qui s’adapte ?
Les types de mesures adaptative
Evaluation du risque et degrés d’adaptation
I.4 - Modèles, études d’impact et intégration de l’adaptation autonome
Adaptation autonome et information des particuliers
Les différents modes de prise en compte par les modèles dans les études d’impact
I.5 - Comment mener une politique d’adaptation pertinente
Dans quels buts définir un pool de mesures adaptatives
Comment évaluer l’intérêt de ces mesure
I.6 - Restrictions en vue de notre étude
2ème Partie - Cues centennales de la Seine à Paris et adaptation
II.A - Les mesures de gestion des risques existantes
II.A.1 - Evaluation des risques et des impacts d’une inondation
Description du phénomène de crue
II.A.2 - Les politiques des pouvoirs publics
A l’échelle des pouvoirs publics
A l’échelle des institutions service de public concernées
II.A.3 - Quelle adaptation autonome ?
Les entreprises touchées : l’exemple de la BNP
II.A.4 - Evaluation des impacts résiduels
II.B – Améliorer l’adaptation à long terme
II.B.1 - Les politiques à mener au niveau du bassin versant
II.B.2 –Améliorer l’adaptation à long terme: l’exemple anglais
Réponses aux incertitudes de l’adaptation à long terme ?
UKCIP : Le Programme Britannique face aux impacts du CC
Adaptation au CC pour la Gestion des Crues sur la Tamise
Face aux dommages causés par le phénomène du changement climatique sur les systèmes écologiques ou socio-économiques, deux types de réponses sont possibles : l’atténuation de ce changement, par réduction des émissions, ou l’adaptation au changement. D’une manière plus générale, face à tout stimulus climatique, un système peut s’adapter, à savoir effectuer des ajustements adéquats afin de limiter les pertes ou d’augmenter les gains provoqués par ce stimulus.
La crue centennale de la Seine, dont l’on parle de plus en plus dans les médias à l’approche du centenaire de la « grande crue » de 1910, constitue un phénomène climatique de type extrême qui pourrait être la source de dommages considérables, humains mais surtout matériels, au sein de la ville de Paris. Ainsi, face à l’énormité des enjeux, savoir s’adapter à ce type de risque climatique pourrait s’avérer extrêmement bénéfique pour la communauté. Au contraire, une mauvaise gestion de la crise que représenterait une inondation majeure de la capitale pourrait être économiquement désastreuse.
Nous allons donc, dans notre étude, nous intéresser à l’adaptation du système que constitue la ville de Paris à ce risque de crue exceptionnel de la Seine. Pour cela, nous nous doterons tout d’abord d’outils conceptuels appropriés à l’étude de ce processus adaptatif, en étudiant, de manière générale, l’adaptation aux stimuli climatiques : en quoi consiste-t-elle, quelles sont ses caractéristiques et comment peut on la mettre en œuvre ? Ensuite, nous nous focaliserons sur les mesures adaptatives existantes mises en œuvre par les multiples acteurs concernés pour lutter contre les crues de la Seine à Paris. Enfin, nous tenterons de dégager les carences de l’adaptation actuelle, et nous indiquerons des axes de réflexion à suivre pour l’améliorer. A cet effet, nous étudierons l’approche adaptative mise en œuvre au Royaume Uni en matière de changement climatique, qui intègre aussi la gestion du risque d’évènements extrêmes comme les crues de la Tamise.
Le rapport 2001 de l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) définit le terme « adaptation » comme les ajustements, autonomes ou planifiés, des systèmes écologiques, sociaux ou économiques en réponse à l’impact actuel ou attendu des phénomènes climatiques. Ainsi, ce terme englobe les changements effectués dans nos pratiques, nos infrastructures ou encore nos institutions afin de modérer les dommages potentiels dus au changement climatique, voire de tirer des bénéfices de ce dernier. Les ajustements qui constituent l’ « adaptation » doivent donc réduire, par nature, la vulnérabilité des communautés, régions, institutions ou secteurs d’activité aux changements et à la variabilité du climat.
Le terme adaptation revêt des interprétations spécifiques dans différentes disciplines. En écologie, par exemple, elle fait référence aux changements (génétiques, par exemple) par lesquels un organisme ou une espèce devient plus ajusté à son environnement naturel. Dans le domaine des sciences sociales, l’adaptation fait référence aux évolutions des comportements individuels ou collectifs au sein des systèmes socio-économiques. Dans le présent document, nous nous intéresserons essentiellement à cette adaptation humaine, à toutes les échelles.
L’adaptation joue notamment un rôle important dans les problématiques liées au changement climatique, et ce pour deux raisons :
- Ses effets doivent être intégrées dans les études d’impact et de vulnérabilité.
- Elle constitue, en marge de l’atténuation du changement climatique (baisse des émissions de gaz à effet de serre, etc.), l’autre volet de la politique de réponse à celui-ci. En effet, des initiatives d’adaptation planifiée peuvent améliorer la gestion des risques liés au CC.
Nous pouvons déjà, au vu de ce qui précède, effectuer une première distinction, primordiale, entre l’adaptation autonome et l’adaptation planifiée, qui s’intègre dans le cadre de politiques d’adaptations.
L’adaptation autonome se définit comme le résultat des initiatives des individus et des acteurs privés qui découlent de la conscience, déformée ou non, qu’ils peuvent avoir de l’évolution des phénomènes climatiques et qui visent, hors du cadre de toute politique ou concertation spécifique, à défendre leur intérêts propres face au changement de contexte du aux stimuli climatiques (CC ou autres).
L’adaptation autonome est donc celle qui a lieu « naturellement », sans aucune intervention des pouvoirs publics. Elle est inhérente au changement climatique, et toute bonne étude d’impact doit prendre en compte les effets de ce type d’adaptation. Elle peut prendre des formes variées, allant de l’évolution biologique d’une espèce face au changement de son environnement jusqu’aux réponses des marchés aux conséquences économiques du CC.
A l’opposé, l’adaptation planifiée est le résultat de décisions politiques délibérées des pouvoirs publics (à toutes les échelles territoriales), qui sont basées sur une information précise concernant les évolutions et risques climatiques passés et à venir et sur la conviction qu’une action politique est nécessaires pour minimiser les pertes (ou augmenter les bénéfices) dues aux stimuli climatique (CC ou autres).
Ainsi définies, les notions d’adaptation autonome et planifiée correspondent largement à celle, respectivement, d’adaptation privée (ou naturelle) et publique. Cependant, leur distinction prend avant tout sa source dans la différence des rôles qu’elles jouent dans la problématique globale des impacts du changement climatique. Le Schéma ci-dessous l’illustre.
Figure 1: Places des adaptations autonomes et planifiée dans la problématique des impacts du CC
L’adaptation autonome est inhérente au changement du climat. Elle atténue l’impact initial du stimulus climatique en un impact résiduel. Elle a lieu, dans le cycle défini par le schéma, avant toute politique d’adaptation planifiée. Ce sont donc les effets résiduels négatifs que ces politiques doivent combattre, et non les effets initiaux. Cela implique notamment que :
- La connaissance des phénomènes d’adaptation autonome est essentielle à la prise de décision, et notamment à l’évaluation du besoin en politique de réponse planifiée.
- Le processus d’adaptation autonome peut inspirer ces politiques.
Les processus d’adaptation, autonomes ou planifiés, varient selon le système dans lequel ils ont lieu, selon les acteurs qui les mettent en œuvre, selon le stimulus climatique auquel ils répondent, mais également selon leurs effets, leur nature, leurs échelles de temps ou d’espace, ou encore le risque climatique encouru.
Nous allons par la suite évoquer certaines des principales caractéristiques qui « paramétrisent » un processus adaptatif, et ébaucher ainsi une typologie de l’adaptation.
Les stimuli climatiques auxquels répond (délibérément ou non) le processus adaptatif ne se limitent pas aux changements des moyennes (annuelles) de tel ou tel attribut climatique. Ils incluent les changements de variabilité des climats et les évènements extrêmes. Ainsi, ces stimuli sont décrits par l’IPCC comme étant les changements concernant les conditions climatiques moyennes et les « hasards climatiques », et le processus adaptatif peut avoir lieu quand l’un ou l’autre de ces changements a des conséquences significatives.
En effet, la variabilité du climat et son évolution fait part intégrante du CC. D’une part, un changement dans les conditions moyennes traduit en fait de nombreux changement dans la nature et la fréquence d’évènements particuliers, y compris extrêmes. D’autre part, de nombreux travaux suggèrent que la fréquence des évènements extrêmes, ainsi que la variance des climats, risquent d’évoluer de manière significative avec le CC, bien au-delà des simples changements moyens.
En outre, pour la plupart des systèmes et des communautés, les changements de conditions moyennes tombent dans le domaine de l’acceptable, alors que ces systèmes sont particulièrement vulnérables aux changements concernant la variance du climat et surtout la fréquence et l’ampleur des évènements extrêmes, qui n’entrent pas dans ce « domaine de l’acceptable », aussi appelé « domaine de résistance ».
Le schéma ci-dessous illustre cette situation :
Figure 2 : Changement climatique, variance, extrêmes et domaine de résistance (« coping range »)
Beaucoup de systèmes socio-économiques - notamment l’agriculture, l’industrie forestière, l’équipement et les transports, les systèmes de santé ou encore la gestion des ressources en eau – ont évolués (adaptation autonome) afin de s’accommoder à certaines déviations potentielles des conditions climatiques « normales » de leur fonctionnement. Cette capacité d’accommodation définit « le domaine de résistance » (« coping range ») évoqué dans le schéma ci-dessus. Ce domaine inclue rarement les évènements extrêmes, qui peuvent donc devenir les stimuli clef (ou principaux) pris en compte par les politiques d’adaptation planifiée.
Notre future étude, portant sur l’adaptation aux risques de crue centennale de la Seine à Paris, est un exemple flagrant d’adaptation à un phénomène extrême. Une simple augmentation, corrélée ou non au CC, du taux de précipitations annuel ou de ses effets (le niveau du fleuve augmenterait, par exemple, de 50cm) n’aurait aucune conséquence néfaste car serait du « domaine de l’acceptable ». Un évènement extrême comme une crue majeure de la Seine, au contraire, nécessite une adaptation. Ici, la simple existence d’un risque non négligeable d’extrême, et plus encore d’une éventuelle augmentation de ce risque, constitue le stimulus clef des politiques d’adaptation.
D’autres exemples de ce type peuvent être évoqués. Pour de nombreuses études, une augmentation moyenne de la température de quelques degrés aurait des conséquences bénéfiques pour l’agriculture américaine, alors que les risques accrus de sécheresse qui s’en suivraient nécessiteraient une adaptation. De même, en matière de gestion de l’eau, le stimulus clef est la période de retour entre deux conditions extrêmes (forte précipitation ou sécheresse) et non la pluviométrie moyenne (Beran and Arnell, 1995; Kundzewicz and Takeuchi, 1999).
Les décisions concernant l’adaptation peuvent être prises à différentes échelles : par des individus ou des institutions privés, par des collectivités locales, des gouvernements nationaux ou des instances supranationales. De ces différentes échelles territoriales peut dépendre la nature et la portée des décisions. Elles ne seront, de plus, « planifiées », à savoir relevant d’une politique de réponse aux climats, qu’à partir d’une certaine échelle.
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Echelle territoriale |
Acteurs |
Principal type d’adaptation |
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Individuelles
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- les particuliers - le acteurs économique privés |
autonome |
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Individuelles agrégées |
- les marchés |
autonome |
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Locale |
- les écosystèmes - les communautés en tout genre - les collectivités locales |
Planifiée / autonome |
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Nationale |
- l’Etat à tous les niveaux |
planifiée |
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Régionale |
- Plusieurs états présentant certaines caractéristiques ou intérêts communs |
planifiée |
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Globale |
- Les institutions internationales (ex : ONU) ou supranationales (ex : UE) -Les états dans le cadre d’accords internationaux (ex : Kyoto…) |
planifiée |
Il est à noter qu’entre ces différentes échelles territoriales peut exister une collaboration ou un transfert de compétence.
Les décisions d’adaptation, qu’elles émanent ou non d’une politique délibérée, peuvent avoir des effets à plus ou moins long terme. Les échelles de temps concernées peuvent aller de l’ordre du jour (réaction d’un individu ou d’un marché à un stimulus climatique, de type extrême par exemple) à celui du siècle (politiques écologiques, réalisation de grands équipements…). Il faut donc distinguer l’adaptation à court terme et à long terme.
Les acteurs privés, manquant d’information et cherchant à défendre leur intérêt face à un constat climatique, ne peuvent que difficilement prendre des décisions d’adaptation à long terme. Ces dernières sont essentiellement l’émanation des pouvoirs publics (qui peuvent également prendre des décisions à court terme).
De même, il faut distinguer l’adaptation proactive (qui réduit les impacts en anticipant les évènements climatiques) de l’adaptation réactive (décisions prises en réponse à un stimulus climatique pour améliorer la situation à posteriori).
L’adaptation anticipatoire nécessite une information poussée sur l’évolution potentielle des climats, son impact et les risques qu’elle comporte. Elle est donc essentiellement planifiée, et décidée par les pouvoirs publics. Elle peut se manifester, par exemple, par une politique d’anticipation du changement climatique afin d’en optimiser les conséquences ou par des mesures de prévention des risques climatiques (en cas de phénomènes extrêmes, par exemple).
Pour chaque domaine d’activité (agriculture, forêts, équipements, gestion des eaux…), chaque système, chaque région, il existe de nombreuses stratégies ou mesures d’adaptation possibles ayant le potentiel, si elles sont mises en œuvre, de modérer les impacts climatiques. Ces « adaptations possibles » sont souvent inspirées par l’expérience, l’observation de systèmes similaires, ou la spéculation sur des solutions alternatives. Ces mesures peuvent couvrir un champ d’activité très large et avoir des formes et des modalités d’application variées.
La liste de ces mesures dépend bien sûr du système considéré et leur choix relève d’une politique d’adaptation. L’objectif de notre étude n’est pas d’établir des listes de mesures dans les divers domaines où l’adaptation est pertinente. Par contre, nous focalisant par la suite sur l’adaptation aux crues exceptionnelle de la Seine à Paris, nous décrirons les mesures adaptatives qu’elle met ou pourrait mettre en œuvre.
L’organigramme ci-dessous recense les grandes options de réponse adaptative qui peuvent exister :
Figure 3: Classification des options d’adaptation (Burton, 1996).
Les évolutions climatiques à venir sont, par nature, incertaines. En outre, les différents modèles utilisés pour simuler ces évolutions sont nécessairement imparfaits, et ne peuvent prendre en compte tous les paramètres influant sur l’évolution du climat. Ainsi, on ne peut parler que de la probabilité de l’occurrence de tel ou tel stimulus, face auquel une démarche d’adaptation serait bénéfique.
Les choix adaptatifs (qu’ils viennent des particuliers ou des pouvoirs publics) sont donc pris dans un contexte d’évaluation des risques climatiques, à savoir de la probabilité d’occurrence du stimulus corrélée avec les dommages potentiels occasionnés (il s’agit là des deux « dimensions » paramétrant le risque). L’intérêt même de s’adapter peut être largement diminué si ce risque climatique est très faible. A l’inverse, face à un stimulus dont les dommages potentiels sont énormes, même avec une faible probabilité, des mesures adaptatives même peu significative peuvent permettre de grands bénéfices. Selon le degré de risque, on peut donc opter pour différents degrés d’adaptation.
Le cas des phénomènes climatiques extrême est un exemple particulièrement édifiant en matière de degrés de risque. On ne s’adapte alors pas à une évolution moyenne du climat, plus ou moins certaine, mais à un évènement dont la probabilité est par essence faible, et dont les conséquences peuvent être d’une ampleur dramatique pour le système s’adaptant. Ainsi, une bonne évaluation du risque climatique peut amener à des degrés d’adaptation très différents : adaptation minimum (si les dommages ne sont pas trop importants, par exemple) ou adaptation de grande ampleur, à titre préventif.
L’étude des processus d’adaptation autonome à pour principal intérêt leur intégration dans les modèles d’impact des stimuli climatique (notamment dans les études d’impact du CC sur les différents systèmes socio-économiques) afin de déterminer les dommages résiduels, à savoir après adaptation autonome des acteurs, de ces stimuli. Nous détaillons ces aspects ci-dessous.
Comme nous l’avons vu, l’adaptation autonome se définit comme le résultat des initiatives des individus et des acteurs privés qui découlent de la conscience, déformée ou non, qu’ils peuvent avoir de l’évolution des phénomènes climatiques. Ces initiatives visent à défendre leur intérêts propres face au changement de contexte du aux stimuli climatiques.
Ainsi, l’adaptation autonome dépendra fortement de l’information, empirique ou théorisée, qu’auront les acteurs privés à propos de ces stimuli climatiques et de leur évolution. Sans collaboration avec les pouvoirs publics, cette information est limitée, voire déformée. Elle est essentiellement basée sur l’expérience propre des acteurs privés, et n’est que rarement prospective. Elle peut donc difficilement leur permettre de prévoir l’évolution exacte du climat ou d’évaluer exactement le risque relatif à un évènement extrême.
L’adaptation autonome des acteurs privés sera donc :
- essentiellement réactive (ils ne peuvent anticiper les phénomènes)
- à court terme (ils ne peuvent prévoir les évolutions, et n’ont pas les moyens d’investissement à long terme)
- plus ou moins arbitraire (problème capital de l’information dont ils disposent)
Pour évaluer les effets du changement climatique sur un système, il est nécessaire que les modèles utilisés par les études d’impact prennent en compte, d’une manière ou d’une autre, l’adaptation autonome. En effet, celle-ci, mise en œuvre en toute liberté par les acteurs privés (ou même dans certains cas par les écosystèmes) est inhérente au stimulus climatique, et ne peut en être dissociée. Elle peut éventuellement être contrôlée par la puissance publique, mais ce contrôle constitue déjà en lui-même une politique d’adaptation, et a un coût. Or, afin de mener des politiques pertinentes, une évaluation des impacts résiduels initiaux (après adaptation autonome mais avant toute adaptation planifiée) doit être effectuée.
Se pose alors le problème de la modélisation des comportements adaptatifs autonomes, de leur prise en compte dans les études d’impact. Celle-ci est d’autant plus difficile à évaluer que les acteurs privés, multiples et indépendants, interagissent entre eux et que se pose le problème essentiel de leur degré d’information face aux stimuli climatiques.
Plusieurs grandes hypothèses relatives à ce degré d’information ont été émises, au fil de l’évolution des recherches, par la littérature de l’adaptation, qui ont aboutit à différentes modélisations de l’adaptation autonome.
L’hypothèse du « dumb farmer »
Cette hypothèse a d’abord été émise dans le cas de l’adaptation (autonome) des agriculteurs américains au CC (d’où son nom). Elle peut être généralisée à tous les types de systèmes adaptatifs. Elle date des premières études d’impact du CC.
On suppose que les acteurs concernés n’anticipent pas et ne réagissent pas non plus au stimulus climatique (CC, évolution des risques…) et continuent à agir comme si rien n’avait changé. Il n’y a donc aucune adaptation autonome.
Cette hypothèse est peu convaincante, car les acteurs privés ou les marchés, même peu informés, vont au moins tiré parti de la connaissance empirique qu’ils ont a posteriori du stimulus climatique, et réagir afin de maximiser leur intérêt…
L’hypothèse du « clairvoyant farmer »
Cette hypothèse suppose un comportement rationnel des agents, basé sur une information parfaite à propos des stimuli climatiques et sur une propension à agir non restreinte. C’est le contraire de l’hypothèse du « dumb farmer ». Elle est plus récente dans la littérature des études d’impact.
Ici, l’adaptation autonome est surestimée de manière quantitative comme qualitative, car ni l’information ni la capacité à agir des agents privés ne peuvent être parfaite.
Intégration de l’adaptation de type intermédiaire
Certaines études d’impact utilisent des modélisations intermédiaires, dans lesquelles l’information n’est ni parfaite, ni nulle, mais peut, par exemple, être partielle ou retardée. Plus difficile à modéliser, ces hypothèses permettent néanmoins une meilleure appréhension des processus réels d’information des agents, et donc une meilleure évaluation des impacts.
Nous allons ici nous interroger sur les modes de mise en œuvre des politiques adaptatives, à savoir de l’adaptation planifiée.
L’adaptation planifiée est le résultat de décisions politiques délibérées des pouvoirs publics. Il s’agit donc d’une stratégie de réponse consciente au changement climatique (ou, de manière générale, à un stimulus climatique) qui nécessite une élaboration réfléchie. Elle est, de plus, basée sur l’information dont dispose la puissance publique, qui, sans être parfaite, est largement supérieure à celle des agents privés.
Cette adaptation planifiée peut-être :
- à plus ou moins long terme (car la puissance publique peut se permettre des prévisions)
- préventive (anticipation possible) ou réactive
- directe (actions de la puissance publique) ou indirecte (encouragement des actions privées)
L’analyse de cette adaptation planifiée implique l’identification des différentes stratégies (ou mesures) politiques envisageables ainsi que l’évaluation du mérite et de l’intérêt des différentes alternatives, afin de faire le bon choix.
Les politiques adaptatives doivent permettre de diminuer les effets négatifs du CC ou d’un autre type de stimuli climatiques. Elles peuvent avoir deux principaux objectifs :
Diminuer le risque :
Il s’agit à la fois de diminuer la probabilité d’occurrence des phénomènes climatiques néfastes ainsi que l’ampleur de leur impact sur le système.
Augmenter la capacité adaptive du système :
Il s’agit de permettre au système de mieux supporter le « stimulus » climatique, une fois celui-ci arrivé, afin de diminuer les dommages causés par ce stimulus au système.
On peut par exemple, dans cette optique :
- Augmenter la résistance des infrastructures et des investissements à long terme (par exemple, en élargissant le « domaine de résistance », tel qu’il est défini plus haut, de ces infrastructures)
- Augmenter la flexibilité et l’adaptabilité d’un système, en augmentant sa capacité à effectuer lui-même ses propres ajustements en réponse au stimuli.
- Renverser les tendances, notamment chez les acteurs privés, qui augmentent la vulnérabilité du système (la « mal-adaptation »)
- Préparer et informer la société des risques encourus
Une fois défini un ensemble de mesures politiques d’adaptation, ou éventuellement de stratégies globales de réponse, qui tendent à satisfaire les objectifs exposés ci-dessus, se pose la question de leur concrétisation, à savoir du choix de l’une ou plusieurs d’entre elles. Ce choix, s’il se veut pertinent et efficace, doit reposer sur une évaluation de l’intérêt et de l’efficacité des différentes options.
La théorie développé par Frankhauser en 1996 fournit un critère d’évaluation de l’efficacité économique des politiques d’adaptation : celles-ci sont considérées justifiées tant que les coûts additionnels de l’adaptation (planifiée) sont inférieurs aux bénéfices (éventuellement actualisés) associés à la réduction des dommages que permet cette adaptation. Le niveau optimal d’adaptation, au sens de l’efficacité économique, est celui qui minimalise la somme des coûts d’adaptation et de ceux des dommages résiduels.
Pour évaluer, selon cette méthode, l’efficacité économique des politiques d’adaptation, il faut déterminer un « cas standard » à partir duquel on détermine la réduction des dommages et le bénéfice qu’elle engendre. La détermination de ce standard implique une prise en compte de l’adaptation autonome (cf avant).
Cependant, le critère d’efficacité économique n’est pas le seul à prendre en compte pour l’évaluation des politiques d’adaptation. D’autres critères peuvent être pertinents, comme le degré de risque ou de protection que l’on atteint (une mesure efficace économiquement peut être de ne rien faire !) ou encore l’équité des mesures (qui entre souvent en conflit avec leur efficacité économique). L’arbitrage entre ces critères d’évaluation est un sujet essentiellement politique, et peut donc varier selon les époques et les systèmes considérés.
Dans les chapitres qui précèdent, nous avons tenté de résumer ce qu’était l’adaptation à un stimulus climatique (et particulièrement au CC) et sa mise en œuvre, dans un cas théorique général. Nous avons dégagé les différentes caractéristiques du processus adaptatif et les différents types de réponses possibles aux stimuli. Nous avons également, de manière succincte, évoqué la mise en œuvre des politiques d’adaptation. La suite de notre étude va constituer l’étude de l’adaptation à un cas précis de stimulus climatique : les crues exceptionnelles de la Seine. Le système dont nous étudierons l’adaptation est la ville de Paris (l’étude de toute l’agglomération nous ayant semblé trop ambitieuse).
Pour cette étude de cas, on répond à un type précis de stimulus dans un système donné. Ainsi, seules certains des aspects développés ci-dessus sont à prendre en compte.
Tout d’abord, il faut préciser que nous sommes dans un cas d’adaptation à un phénomène climatique extrême (les crues exceptionnelles de la Seine, qui sont déclenché par des épisodes pluvieux exceptionnels). Il ne s’agit donc pas de l’adaptation à un changement moyen, plus ou moins lent, du climat (augmentation de la température, par exemple), mais à un évènement ponctuel qui représente un certain risque.
Le risque en présence (étant entendu que les deux dimensions paramétrant le risque sont la probabilité d’occurrence et les dommages potentiels) est particulier. Les dommages potentiels sont considérables, du fait de la densité des richesses et des activités à Paris. En contrepartie, la probabilité d’occurrence d’une crue exceptionnelle de la Seine est faible. Ce que l’on appelle crue centennale, par exemple, est un évènement de période de retour de 100 ans, soit de probabilité d’occurrence 1/100ème chaque année.
On se trouve donc dans un cas de gestion des risques climatiques plus que d’adaptation à une évolution climatique de type CC. Le terme adaptation reste cependant pertinent pour qualifier les mesures de gestion du risque, car :
- le système de la ville de Paris est, à cause du retard qu’il a pris en matière de prévention et de l’énormité des dommages potentiels, particulièrement vulnérable aux crues. Il y a donc nécessité d’une adaptation, perçue non pas comme une réponse à l’évolution du risque climatique mais comme une réponse à l’évolution causée par la prise de conscience récente que l’on a eu de ce risque. (Pour schématiser, on peut dire que l’adaptation est ici une remise à niveau plus qu’une progression…)
- le changement climatique, de par son influence sur le déroulement des évènements extrêmes, fait évoluer le risque de crue exceptionnelle. L’adaptation à cette évolution du risque suit (ou plutôt devra suivre) les mêmes principes que « l’adaptation » due à la prise de conscience du risque actuel.
Il est à noter qu’il ressort de notre entretien avec Pierre-Alain Roche, directeur de l’Agence de l’Eau Seine Normandie et professeur d’hydrologie à l’ENPC, que les scientifiques rencontreraient aujourd’hui de grandes difficultés s’ils voulaient prendre en compte le facteur CC dans l’évaluation des risques de crues, à savoir de l’ampleur potentielle et de la probabilité de ces crues. En effet, la modélisation du phénomène de crue, qui implique une prise en compte du cycle amont de l’eau (évaporation, précipitations, etc…) et de la réponse du bassin versant de la Seine aux fortes précipitations, est très complexe, notamment car elle fait intervenir de nombreux systèmes non linéaires. De plus, les effets du CC sur l’occurrence des évènements extrêmes (comme les fortes précipitations, responsables des crues) sont complexes et encore mal connus, ou font l’objet de controverses scientifiques. L’accumulation de ces difficultés fait, toujours selon Pierre-Alain Roche, que la prise en compte du CC dans l’évaluation du risque de crue exceptionnelle est peu pertinente pour les moyens scientifiques du moment. Il est trop délicat de « séparer », dans les modèles, les effets du CC des autres facteurs provoquant une crue.
Les politiques d’adaptation aux crues mises en œuvre à Paris ne tiennent d’ailleurs pas compte du CC (on verra à la fin de notre étude que ce n’est pas le cas à Londres). L’étude que nous allons faire est donc celle d’une adaptation dans l’absolu, vis-à-vis de l’existant, qui vise à réduire un risque climatique encore mal connu et supposé ne pas évoluer.
Enfin, l’adaptation au risque de crue concerne essentiellement les infrastructures, publiques ou privées. Elle nécessite des investissements lourds. Il s’agit donc d’une adaptation essentiellement planifiée, œuvre de la puissance publique. Nous verrons que dans les secteurs économiques privés concernés (assurances, etc.), il y possibilité d’une certaine adaptation autonome, mais que celle-ci est incitée par les politiques.
Bien que les pouvoirs publics (département, ville de Paris, Etat, etc.) aient longtemps oublié ou refusé le risque d’une crue centennale à Paris, une prise de conscience générale s’est opérée dans les cinq dernières années, alors que le centenaire de la crue de 1910 approche. Il est à noter que cette échéance est purement symbolique et ne correspond pas à un pic de probabilité d’occurrence d’une crue : une crue centennale a une chance sur cent d’arriver chaque année. Sa période de retour est donc de cent ans, mais il s’agit là d’une définition probabiliste. Cependant, les pouvoirs publics, relayés par les institutions de services publics, les médias, les particuliers, ont peu à peu pris conscience de la vulnérabilité du système socio-économique qu’est la capitale face au risque d’inondations de grande ampleur, et ont fourni ces dernières années un effort d’adaptation.
Nous allons donc, dans cette partie, nous intéresser aux mesures adaptatives déjà existantes. Pour cela, nous évaluerons dans un premier temps le risque d’une crue centennale, à savoir l’impact potentiel qu’elle pourrait avoir sur la capitale, et ce afin de comprendre les mesures adaptative existantes ou potentielles. Ensuite, nous nous intéresserons aux politiques planifiées d’adaptation, mises en œuvre par les pouvoirs publics à tous les niveaux. Enfin, nous verrons que même s’ils sont relativement démunis face au risque de crue, les acteurs privés se sont aussi adaptés. Cette adaptation, coordonnée par la puissance publique, est-elle pour autant autonome ?
L’évaluation du risque climatique est, dans le cas d’une crue de la Seine à Paris, particulièrement délicate. D’une part, nous pouvons difficilement prévoir le phénomène climatique, ni même l’identifier. En effet, si l’on parle aujourd’hui de crue centennale, c’est essentiellement en référence à la crue historique de 1910, qui avait plongé Paris sous les eaux pendant plus d’une semaine. Un tel type de crue a une probabilité de l’ordre du centième de se produire chaque année, et cette probabilité évolue avec les conditions climatiques annuelles (hauteur des nappes, pluviométrie, etc.).
Cependant, si ces probabilités ont été plus élevées que la moyenne pour certaines années récentes (notamment en 2002), rien n’indique l’imminence d’une crue exceptionnelle de la Seine. En outre, il se pourrait qu’une telle crue, si elle arrive, soit plus (ou au contraire moins) importante qu’en 1910. Ainsi, les dommages potentiels qu’elle causerait, si ils sont en tous les cas significatifs, sont variables et délicats à exprimer.
Pour préciser le risque climatique en présence, nous nous intéresserons donc d’abord au phénomène de crue lui-même et aux facteurs le déclenchant. Ensuite, nous fixerons un aléa du risque (une valeur arbitraire, choisie assez significative, de l’ampleur de la crue) et déterminerons les enjeux (acteurs concernés, etc.) et les dommages potentiels qui en découlent. Cette étude d’impact sera donc, bien sûr, approximative ; elle ne prendra notamment pas en compte les mesures d’adaptation déjà en œuvre.

Le pont de Sully lors de la crue de 1910
Le cours de la Seine s’intègre dans le bassin « Seine Normandie », l’un des six bassins hydrographiques créés en France par la loi du 16 décembre 1964. Le découpage du bassin SN comprend le bassin versant de la seine et de ses affluents ainsi que quelques rivières normandes.
Le bassin Seine Normandie a une superficie de 97.000 Km² (78 600 pour le bassin de la Seine), sur laquelle courent 66.000 Km de rivières. Il s’agit avant tout de la Seine (780 Km dont 13 km environ dans Paris entre Ivry et Issy) et de ses principaux affluents : la Marne (525 Km), l’Oise et l’Aisne (420 Km, source de l’Oise en Belgique), l’Aube (248 Km), l’Yonne (293 Km), l’Eure et l’Iton (225 Km), l’Epte (117 Km) et les rivières d’Ile de France (Yerres, Loing, Essonne, Orge, Grand et Petit Morin). Le bassin est également parcouru, dans sa partie nord-ouest, par les rivières normandes que sont la Risle, l’Orne, la Vire, La Sée, la Dive, la Touques.

Le bassin couvre 8 régions, 25 départements, 9.000 communes (dont 8 départements et 1300 communes pour l’Ile de France). Il représente 17 millions d'habitants, dont 80% vivent en zone urbaine, soit 30% de la population française (dont 25% en Ile de France) et 40% des activités industrielles du pays (dont 30% en Ile de France). La région économique la plus importante en est, bien sûr, l’Ile de France.
Les crues de la Seine sont une constante de son bassin. On dénombre une soixantaine de crues majeures depuis le 6ème siècle, soit une tous les 26 ans en moyenne. Contrairement aux crues du littoral méditerranéen, elles sont lentes et sont la conséquence directe de précipitations importantes sur les bassins versant de la Seine et de ses affluents.
Par convention, on appelle "crue majeure" une crue de l’ordre de 6 mètres ou plus à l’échelle de Paris – pont d’Austerlitz (période de retour environ décennale ou plus). De même on appelle "crue exceptionnelle" une crue de 7 à 8 mètres, ou plus, à l’échelle de Paris Austerlitz (fréquence cinquantennale, centennale ou plus).
On parlera de crues moyennes pour celles supérieures à 5 m qui ne génèrent aujourd’hui que des dysfonctionnements de circulation sur les voies routières construites dans le lit mineur de la rivière.
La période la plus risquée s’étend de novembre à mai, bien que les crues majeures (supérieures à 6 m à l’échelle du pont d’Austerlitz) aient toujours eu lieu entre décembre et mars. Des crues de printemps, en mars / avril, peuvent avoir lieu : elles sont généralement plus longues que les crues d’hiver mais sont de moindre importance.
Les exemples de crues majeures ou exceptionnelles ne manquent pas dans l’histoire. Au cours du siècle dernier, on peut notamment citer :
- la crue centennale de 1910, atteignant une hauteur de 8m62 à l’échelle de Paris - pont d’Austerlitz, est la plus haute crue du 20ème siècle, et la deuxième dans l’histoire de paris (après la crue du 27/02/1658 – 8m96 à Austerlitz). Elle a été choisie comme crue de référence pour l’étude des dommages que subirait l’Ile de France en cas de crue importante, et sert à l’élaboration des cartes de « Plus Hautes Eau Connues » (PHEC).
- la crue cinquantennale de 1955, qui avait atteint 7m10 à l’échelle de Paris – Austerlitz
- la crue décennale de 1982 (6m18 à Austerlitz)
- la crue quinquennale de 2001 (5m21 à Austerlitz)

Les crues sont la conséquence de plusieurs phénomènes climatiques concomitants, dont le plus important est l’arrivée de fortes pluies sur les massifs situés en amont des cours d’eau du bassin (le plateau de Langres pour la Seine, l’Aube et la Marne, le Morvan pour l’Yonne et ses affluents). Une pluviométrie très abondante pendant plusieurs jours concernant l’ensemble du bassin amont, avec un épisode pluvieux exceptionnellement intense sur au moins 2 à 3 jours, est donc la condition nécessaire au déclenchement de toute crue majeure de la Seine.
D’autres phénomènes aggravants peuvent venir se superposer à une telle pluviométrie. Seule leur concomitance aboutira au déclenchement d’une crue majeure ou exceptionnelle (de type centennale ou cinquantennale). Citons :
Des sols préalablement saturés ou gelés, qui n’absorbent plus l’eau. Ils entraînent alors le ruissellement direct vers les rivières de toute goutte de pluie, la couche superficielle du sol ne jouant plus son rôle « d’éponge ».
La concomitance des pointes de crues d’un cours d’eau et de son affluent aggrave l’importance d’une crue. Cette concomitance est susceptible de se produire dans le cas d’une série d’événements pluvieux intenses qui déclenchent une succession d’ondes de crues décalée dans le temps, mais avec des cinématiques différentes, ce qui peut aboutir à l’arrivée simultanée des ondes de crues aux confluences. C’est particulièrement le cas des crues exceptionnelles à Paris.
Un niveau très élevé des nappes d’eau souterraines. Lorsque celles-ci sont hautes, certains affluents de la Seine (notamment l’Essonne) ou de la Marne (notamment le grand et le petit Morin) connaissent des débits de base significativement élevés.
Contrairement aux crues du littoral méditerranéen, les crues de la Seine sont des crues lentes.
En outre, la Seine et chacun de ses affluents ont des caractéristiques propres qui les font réagir d’une manière bien individualisée à un épisode pluvieux sur les massifs montagneux. Au niveau du bassin, la cinématique des ondes de crues pour arriver à Paris est la suivante :
- pour l’Yonne, "l’enfant terrible", 5 à 6 jours depuis le Morvan.
- pour la Marne, 8 jours depuis la Haute Marne.
- pour la Seine et l’Aube 10 jours depuis le plateau de Langres.
- pour l’Oise et l’Aisne 7 à 10 jours depuis les Ardennes.
En temps normal les ondes de crue se succèdent sans se superposer. Une crue majeure sera due à la concomitance de l’arrivée de ces ondes aux zones de confluence, et pour l’Ile de France à la concomitance des crues lentes mais puissantes de l’Aube, de la Seine, de la Marne amont avec celles rapides et brutales de l’Yonne et des affluents de la Marne, le Petit et le Grand Morin.
Conjuguée à de fortes précipitations étalées dans le temps cette cinématique a conduit aux crues de 1924, 1955 et surtout à celle de 1910, où l’Yonne connut deux crues successives à cinq jours d’intervalles, la deuxième se superposant aux crues des autres rivières.
Le tableau ci-dessous représente la cinématique des ondes de crues sur l’ensemble du bassin pour la crue de 1910 :

Nous allons maintenant nous intéresser aux enjeux d’une crue exceptionnelle (centennale) de la Seine à Paris. Afin de déterminer les acteurs concernés, les populations menacées et les dommages potentiels, il nous faut caractériser le niveau atteint par la montée des eaux. Ce niveau, mis en relation avec la topographie de la capitale, permettra ensuite de dresser une carte des zones inondées lors d’une telle crue, puis d’en estimer l’impact. Il constitue, en matière de risque d’inondation, l’aléa à fixer (plus ou moins arbitrairement).
Le Plan de Prévention des Risques d’Inondation de Paris (PPRI), que nous étudierons en détail par la suite, a été mis en place par les services du département et intègre une étude de l’impact d’une crue exceptionnelle dans la capitale. Il a pour but de recenser les risques d’une crue exceptionnelle, d’en étudier l’impact sur les populations et les infrastructures, et de définir des règles visant à réduire cet impact.
Pour notre travail, nous nous sommes basés sur l’aléa retenu par le PPRI (et donc par la puissance publique) et sur l’étude d’impact évoquée ci-dessus, relative à cet aléa.
Pour quantifier la crue, le PPRI choisi de retenir les hauteurs atteintes par la crue de janvier 1910 comme références pour la définition de l’aléa, en cohérence avec tous les départements d’Île de France. Cette crue est considérée comme centennale, c’est à dire qu’elle est susceptible de se produire en moyenne une fois par siècle. Nous sommes donc dans le cas de l’étude d’un risque climatique exceptionnel et important, et on peut parler d’un évènement extrême

Il est aussi choisi, pour la détermination de l’aléa, de ne pas prendre en compte l'impact de la gestion des lacs réservoirs du bassin de la Seine situés en amont de Paris, l’impact des murettes de protection dans Paris, l’impact des modifications hydrauliques apportées sur le fleuve (suppression de certains ponts ou ouvrages de navigation) ou sur le bassin versant du fleuve (modification de la perméabilité des sols et des conditions de ruissellement par exemple). De la même manière, les impacts potentiels en terme d’effet de serre, non encore suffisamment bien déterminés ou quantifiables, sont omis.
Certains de ces impacts (effet des grands lacs, modifications hydrauliques apportées sur le fleuve), auront un effet plus ou moins bénéfique sur le niveau atteint par la crue. Cet effet peut être estimé entre trente centimètres et un mètre, selon les hypothèses retenues pour la répartition géographique des précipitations et pour leur étalement dans le temps.
Ainsi, un tel aléa tend à une surestimation des risques. Cependant, il est à noter que la crue pourrait être plus importante qu’en 1910, et que certaines mesures non prise en compte pourraient avoir des effets négatif.
D’une manière générale, c’est l’ensemble des mesures d’adaptation existantes qui sont négligées par cette aléa : effet des grands barrages de Seine sur la baisse de niveau des eaux, mesures hydrologique de limitation de la crue, réaction des pouvoirs publics lors de l’inondation, efforts urbanistique pour faciliter un meilleur écoulement…
Ainsi, l’étude d’impact réalisée ci-dessous ne déterminera (sauf précision contraire) que les dommages potentiels (sans adaptation), et non les dommages résiduels (après adaptation) causés par les inondations. La détermination de ces derniers est plus délicate, car elle requiert une estimation de la portée et de l’efficacité des mesures d’adaptation. Cependant, la connaissance des dommages potentiels peut suffire à la détermination de politiques d’adaptation.
La méthode employée pour la représentation cartographique de l’aléa est basée sur l’intersection d’un modèle numérique de terrain du département et d’un modèle hydraulique destiné à calculer les hauteurs atteintes en tout point à partir de la connaissance de la crue de 1910.
La comparaison entre les altimétries obtenues par le modèle numérique de terrain et les cotes relevées de la crue de 1910 permettent de définir en chaque point du maillage la hauteur théorique de submersion et de déterminer ainsi la carte d’aléa. Un dernier lissage est opéré pour produire la carte d’aléa présente dans le PPRI.
Cette carte est présentée ci-dessous :

Paris 1910 : vue du pont d’Austerlitz Paris 1910 : Quai de Tournelle- rue de Bièvre Paris 1910 : esplanade des invalides

Paris connaît une urbanisation ancienne, dense et continue et regroupe de nombreux enjeux qui concernent aussi bien la sécurité des personnes, la sécurité des biens, la protection de l’environnement, l’activité économique ou l’administration de la France. Ses berges constituent de surcroît un patrimoine exceptionnel inscrit par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité.
L’ampleur des enjeux est donc énorme. Pour l’évaluer, le PPRI dresse un inventaire détaillé des équipements parisiens potentiellement touchés par une crue centennale similaire à la crue de 1910. Cet inventaire, bien qu’incomplet et omettant des secteurs d’activités privées importants (notamment le secteur bancaire et le secteur des assurances, traités plus bas dans notre étude), fait apparaître qu’un grand nombre d’équipements et de services publics sont directement menacés par la crue. Nous citons ci-dessous les plus notables.
Les monuments historiques :
Il s’agit des monuments classés ou inscrits à l’inventaire supplémentaires des monuments historiques.
La zone d’aléa couvre une partie du Paris historique et l’importance de la Seine dans la composition urbaine de Paris au fil des siècles explique que de nombreux bâtiments faisant l’objet d’une inscription ou d’un classement au titre de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques figurent dans la zone d’aléa, principalement dans le centre. Plusieurs de ces monuments présentent, en plus de leur intérêt patrimonial, d’autres enjeux en raison de leur occupation, à l’instar, par exemple, du palais du Louvre, du Grand Palais, du Petit Palais…
En décembre 2000, 384 immeubles étaient ainsi concernés.
Les administrations publiques et les ambassades :
Plusieurs bâtiments abritant des autorités de premier plan pourraient être touchés par une crue centennale à Paris, et, en premier lieu, la Présidence de la République, l’Assemblée Nationale et presque tous les ministères à des degrés divers (Ministère de la Défense, Ministère de l’Intérieur, Ministère des Affaires Étrangères, Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, Ministère de la Justice et Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement).
Seraient aussi touché par la montée des eaux des autorités de contrôle (Cour des Comptes, Conseil d’État, Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, Commission des Opérations de Bourses, …), de nombreux services déconcentrés de l’État (Commissariats de police, Cour Administrative d’Appel, Trésorerie…) et des établissements publics.
L’Hôtel de Ville et les mairies d’arrondissement se situent en dehors de la zone d’aléa, mais l’administration de la Ville de Paris n’est en revanche pas épargnée : par exemple, l’immeuble administratif commun à la Mairie de Paris et à la Préfecture de Paris (17 bd Morland, Paris 4ème arr.) est menacé par l’aléa.
Enfin, 21 ambassades se situent, à des niveaux d’expositions divers, en zone d’aléa. Le tableau ci-dessous les énumèrent.

Les établissements de santé :
De nombreux établissements de santé parmi lesquels l’hôpital européen Georges Pompidou, le centre hospitalier de la Pitié Salpêtrière (concerné sur sa frange est), l’hôpital des Quinze-Vingts, concerné lui plus marginalement, 18 établissements de soins, 16 lieux d’hébergement pour personnes âgées et 16 lieux d’hébergement pour personnes handicapées ou en difficulté, sont situés en zone d’aléa.
Les autres services publics et les réseaux :
Sont situés, à des degrés divers, en zone inondable :
- Les réseaux de transports de la SNCF, de la RATP et d’ADP : 3 gares (Saint-Lazare,
Lyon, et Austerlitz), de nombreuses stations du métropolitain et l’héliport de Paris-
Issy-les-Moulineaux
- Les réseaux de distribution d’eau, d'assainissement, de gaz, d’électricité, de chauffage et de climatisation… ;
- Plusieurs opérateurs de télévision dont, parmi les chaînes hertziennes, France Télévision (France 2, France 3) et Canal Plus,
- Quelques opérateurs de radiodiffusion, dont Radio France (Maison de la radio),
- Quelques installations d’opérateurs téléphoniques,
- Divers établissements postaux.
Les établissements culturels et de recherche :
Sont menacés par l’aléa :
- Vingt neuf musées importants dont le Palais du Louvre, le musée d’Orsay, le futur musée des Arts Premiers, le muséum d’Histoire Naturelle, le Grand Palais, le Petit Palais, le musée Carnavalet…
- Seize bibliothèques dont la bibliothèque François Mitterrand (Bibliothèque Nationale de France), la bibliothèque de l’Institut, la bibliothèque Mazarine, des bibliothèques universitaires, municipales et privées.
- Enfin, plusieurs établissements recevant du public se situent eux aussi en zone d’aléa (palais Omnisports de Paris Bercy, salles de théâtre, cinémas, écoles, collèges et lycées, universités,…)
L’enjeu pour ces établissements réside essentiellement dans la protection de leurs collections ou de leurs biens qui représentent un patrimoine national particulièrement important.
Les dommages potentiels sur les personnes :
Dans le cas du département de Paris, la crue étant une crue lente, le risque pour les personnes est relativement contrôlable.
La lenteur de la montée des eaux permettra d’évacuer toutes les personnes qui vivent, qui travaillent ou qui sont hospitalisées dans les secteurs susceptibles d’être inondés. La difficulté résidera davantage dans l’organisation pratique de ces évacuations (identification de structures d’accueil provisoires, gestion des priorités), sachant que plus de 600 000 personnes sont situées dans des zones exposées aux crues dans l’agglomération parisienne dont près de 266 000 personnes dans Paris même.
Le problème de l’évacuation est plus ou moins épineux selon l’âge des populations : enfants et personnes âgées sont plus vulnérables. Le tableau ci-dessous recense les populations habitant en zone inondable à Paris, en les classant par tranche d’âge.

La diminution du risque sur les personnes passe par une limitation de l'exposition directe à l'inondation des logements, ainsi que par l’obligation imposée aux centres de soins d’établir un plan de protection contre les inondations.
Les dommages économiques :
Contrairement au risque sur les personnes qui reste modéré sur le département de Paris, le risque économique est considérable en raison de l’ancienneté de l’urbanisation de Paris, de la densité et de la continuité de son bâti, ainsi que de la mixité des usages entre logements, commerces et services (voir les enjeux définis plus haut).
Les études engagées par Les Grands Lacs de Seine estiment l’impact économique d’une crue sur la région Île de France entre 4,5 et 12 milliards d’euros, selon les hypothèses retenues pour l’action des lacs réservoirs existants et des protections locales en place. Ces valeurs sont extrêmement approximatives, en particulier pour les dommages aux réseaux ou pour les dommages générés par l’effet cumulatif des désordres. L'estimation basse correspond à une ligne d'eau calculée à partir d'un débit de 2 400 m3/s intégrant l'action des lacs réservoir et des aménagements hydrauliques (une partie de l’effort adaptatif existant y est donc pris en compte) ; l'hypothèse haute correspond à la ligne d'eau de 1910 (dommages potentiel sans aucune adaptation).
Le rapport « Inondations en Île de France – Nouvelles études, nouvelles connaissances – Synthèse » réalisé en 1998 par HYDRATEC donne ainsi les montants estimatifs des dommages directs et indirects suivants :
Nature des dommages Estimations basses et hautes
Dommages à l’habitat : 600 à 1 800 M€
Équipements (hors réseaux) : 550 à 1 200 M€
Activités : 2 000 à 7 000 M€
Transports routiers : 100 à 400 M€
Autres réseaux : 1 000 à 2 000 M€
Total : 4300 à 12400 M€
Les organismes chargés de certaines missions de service public ou ceux chargés de la gestion d’un patrimoine national important, et implantés de longue date en zone à risque (tels que les réseaux de transports en commun et de distribution d’électricité ou les musées nationaux) ne pourront malheureusement pas se prémunir totalement contre les dégâts d’une crue.
Les dommages environnementaux :
La crue en elle-même, étant un phénomène naturel, n’est pas un risque pour l’environnement. Par contre, lorsqu’elle atteint des secteurs urbanisés ou modifiés par l’homme, elle peut se trouver en contact avec des produits toxiques ou polluants susceptibles d’engendrer une pollution du fleuve et d’affecter gravement la qualité des eaux, la survie aquatique et tous les secteurs situés en aval de l’origine de la pollution.
Selon le PPRI, le risque d’atteinte à l’environnement, s’il n’est pas totalement nul sur Paris et s’il doit être pris en compte par les gestionnaires de ces installations, reste, fort heureusement, faible.
Les conséquences de la crue pour les particuliers :
Les conséquences d’une crue à Paris pour les particuliers sont nombreuses. Sans chercher à l’exhaustivité, on peut signaler, dans les zones inondées, mais aussi dans des zones voisines de zones inondées, des dommages liés au débordement du fleuve ou à la remontée des nappes tels que :
- l’inondation des routes, des logements situés dans les niveaux inondables, des caves
- les coupures d’électricité, de gaz, de téléphone, de chauffages (qu’ils soient individuels ou collectifs, qu’ils soient alimentés au fioul, au gaz ou à l’électricité)
- des perturbations possibles dans l’alimentation en eau potable
- des remontées d’eaux dans les immeubles par les réseaux d’égouts et des perturbations dans l’évacuation des eaux usées
- des dommages sur les structures des immeubles (fondations, humidification des murs, risques d’incendie par court-circuit…)
- des dommages localisés possibles sur les voiries (il est en particulier attiré l’attention sur le danger de circuler sur des voiries inondées et sans visibilité qui, même avec de faibles hauteurs de submersion et de faibles courants, peuvent receler des pièges mortels (affaissements de chaussées, disparition des plaques d’égouts, …)
Parmi les conséquences indirectes, qui affecteront aussi les secteurs non inondés, on peut signaler, entre autres :
- l’arrêt des transports en commun souterrains (métro, RER)
- de nombreuses perturbations dans la circulation de surface
- de nombreuses perturbations dans le fonctionnement de l’activité économique,
- de nombreuses perturbations dans le fonctionnement des services publics (crèches, écoles, ramassage des ordures ménagères…)
L’ensemble de ces perturbations fait l’objet d’un plan spécialisé de secours établi au niveau de la zone de défense de Paris, sur lequel nous reviendrons par la suite.
Nous allons ici détailler les mesures d’adaptations prises par les pouvoirs publics et les institutions de services publics, afin notamment de limiter les dommages décrits ci-dessus.
Sont ici désignés par « pouvoirs publics » les services étatiques et municipaux. Nous allons voir que ces services mettent en œuvre des politiques d’adaptation à la fois préventive (Plan de Prévention des Risques) et réactives (Plan de gestion de la crise). Ils jouent aussi, plus ou moins bien, le rôle de coordinateurs de la réponse des autres acteurs (les différents services publics, les réseaux, les privés).
Le Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) du département de Paris est un document qui, par des mesures réglementaires préventives, tend à limiter les dommages dus à une crue exceptionnelle. Il met donc en œuvre une politique préventive d’adaptation (cette adaptation est « planifiée » et « proactive »).
Le PPRI comprend plusieurs types de documents :
- D’une part des documents réglementaires (essentiellement des règles d’urbanisme) opposables au tiers : ces documents sont le règlement proprement dit, qui s’applique distinctement dans les différentes zones définies (bleue, rouge et verte), et les cartes de zonage par arrondissement ou pour l’ensemble de la capitale.
- D’autre part des documents informatifs (cartes d’aléa, de la crue de 1910, indication des secteurs géographiques concernés, de la nature des phénomènes naturels pris en compte et leurs conséquences possibles compte tenu de l’état des connaissances).
La partie réglementaire du PPRI comprend deux types de prescriptions :
-des prescriptions générales applicables aux parcelles, variables selon le niveau d’exposition au risque
-des prescriptions particulières liées à l’exercice d’une mission de service public
Les prescriptions liées à la parcelle sont différenciées selon trois zones définies en fonction de leur contribution à la crue : une zone verte pour l’expansion de la crue, une zone rouge pour l’écoulement de la crue et une zone bleue qui correspond au centre urbain inondable. Au sein de la zone bleue, certaines parcelles exposées à un risque plus important sont soumises à des prescriptions plus sévères (identifiées par un zonage bleu sombre).
Zone Verte :
La zone verte correspond aux zones d’expansion des crues. Sa vocation première est de permettre un stockage des eaux pour favoriser l’écrêtement de la crue. Pour cela, il est nécessaire de laisser cet espace le plus libre possible de toute construction volumétrique.
La zone verte comprend les espaces verts (parcs, jardins et bois) situés en zone inondable qui peuvent être maintenus inondables sans mettre en péril trop d’enjeux. On y trouve ainsi le secteur ouest du bois de Boulogne et le parc André Citroën.
Les contraintes réglementaires définies pour cette zone visent donc à éviter toute augmentation des risques sur les biens et les personnes menacés par les crues et à favoriser les échanges hydrauliques vers le sol pour permettre la rétention de volumes d’eau tout en autorisant un usage raisonnable de ces espaces.
Zone rouge :
La zone rouge est la zone d’écoulement principal du fleuve en période de crue. Elle doit être encombrée du moins d'obstacles possibles afin de permettre le libre écoulement des eaux, et diminuer ainsi le délai d’inondation.
Elle comprend le lit habituel du fleuve, mais aussi toutes les zones qui contribuent directement à l’écoulement naturel du fleuve. On y trouve ainsi les quais bas et quelques axes routiers, parallèles au fleuve et situés en dessous de l’aléa.
Les contraintes réglementaires associées à la zone rouge ont pour objet de ne pas réduire la capacité d’écoulement du fleuve, et donc de ne pas aggraver les conséquences des inondations sur Paris et sur les communes situées en amont. Le PPRI rappelle que les installations, ouvrages, travaux et activités, permanents ou temporaires, présents sur les quais bas sont susceptibles de nuire au libre écoulement des eaux. Les installations, ouvrages, travaux et activités permanents sont donc soumis à la réalisation d'une étude d'incidence qui doit porter notamment sur l'écoulement du fleuve.
L’occupation de ces espaces est donc réglementairement limitée par le PPRI aux activités liées au port, au fleuve ou aux berges.
Zone bleue
La zone bleue correspond aux zones urbanisées situées en zone inondable. Au sein de cette zone, deux variantes sont définies : une zone bleu sombre, qui correspond à des secteurs de bâtis importants exposés à des niveaux de submersion potentiellement supérieurs à un mètre, et une zone bleu clair correspondant au reste de la zone inondable, exclusion faite des zones verte et rouge.
Les prescriptions fixées pour la zone bleue ont donc pour objectifs :
- la réduction des activités pouvant présenter un risque pour l’environnement, par l'intermédiaire des eaux du fleuve en crue ou de la nappe, dans les zones d’aléa le plus fort
- la réduction des risques en interdisant le stockage de biens sensibles ou coûteux dans les niveaux inondés, sauf à prendre des dispositions de protection particulières
- la limitation de l'exposition directe à l'inondation des logements
- pour les constructions neuves, l’obligation d’intégrer la connaissance du risque dans les techniques constructives et dans l'occupation des niveaux inondables.
Les prescriptions du PPRI applicables aux parcelles sont donc des règles essentiellement urbanistiques, visant à prévenir une inondation en oeuvrant pour le stockage des eaux dans des zones à faible enjeux, la diminution du temps d’inondation par favorisation de l’écoulement, et la limitation des dommages potentiels en zone urbanisée inondée.
Pour aboutir aux objectifs de limitation des risques, il est notamment prévu de limiter partiellement la constructibilité autorisée dans Paris par rapport à la situation existante. Cette limitation, appliquée à un centre urbain fortement urbanisé, ne doit néanmoins pas avoir pour conséquence de maintenir des espaces en friche ou en chantier au cœur de la capitale. Il est en effet nécessaire de concilier les objectifs de prévention du risque d'inondation avec les contraintes de développement d'un centre urbain ancien.
La constructibilité est donc admise sur un certain nombre de secteurs stratégiques pour le développement économique ou social de Paris (les ZAC Paris Rive Gauche - 13è - et André Citroën - 15è, les emprises ferroviaires, etc.). De plus, au-delà des limites d’urbanisation imposées, l’existant inondable est déjà énorme et représente un enjeu considérable…

La carte de zonage du PPRI pour l’ensemble de Paris

Carte de détail pour le 6ème arrdt.
Les prescriptions liées à l’exercice d’un service public identifient quatre types de services publics (transports en commun, réseaux de distribution de fluides, établissements de soins aux personnes, établissements culturels et administrations) particulièrement exposés en raison de l’impact de leur dysfonctionnement sur la sécurité des personnes ou des biens, et sur l’activité locale, régionale ou nationale.
En particulier, le PPRI précise qu’un certain nombre d’établissement et de services, qu’il s’agisse des établissements de soins aux personnes, de transports ou des réseaux de distribution de fluides, doivent, dans l’intérêt général, être en mesure de gérer au mieux la période « submersion » et être capables d’assurer leur service auprès de la collectivité le plus vite possible. Les conditions de gestion et d’interventions étant propres à chacun de ces établissements, en fonction de ses activités et de ses moyens, il leur appartient, sous leur responsabilité, d’établir un plan de protection contre les inondations adapté à leurs spécificités.
Le Plan Secours Spécialisé Inondation Zonal (PSSI) est un plan de coordination des actions limitant les effets des inondations, une fois la crue arrivée. Ils s’agit donc d’un instrument de politique d’adaptation réactive, qui, à posteriori, va réduire les dommages occasionnés par la crue. Son existence est à elle seule, néanmoins, le signe d’une démartche préventive : on prépare la réaction à la crise…
Le PSSI zonal a été élaboré par les services de la préfecture de Police de Paris. Ses objectifs sont :
- recenser les risques majeurs liés à la crue.
- optimiser la diffusion d’une information claire, commune et partagée à l’ensemble des acteurs concernés et à la population, avant et pendant la crise.
- déterminer les mesures propres à limiter les effets de la crue.
- organiser la gestion de la crise et assurer le fonctionnement économique et social en mode dégradé.
- coordonner l’action des différents acteurs engagés au moment de la crise
- organiser les conditions du retour à la normale.
Il fixe également des priorités de gestion, lors du déroulement de la crise. On peut citer, dans l’ordre de priorité décroissant :
1- Sauvegarde de la population.
- Prise en charge prioritaire des personnes hospitalisées ou en situation de péril imminent puis des personnes fragiles ou dépendantes (personnes âgées, enfants, hospitalisés à domicile…)
- Prise en charge des populations dont les logements deviennent inhabitables.
2- Autonomisation des acteurs économiques et sociaux.
- Prise en charge des équipes de travail et de renfort.
- Sauvegarde des infrastructures.
- Démontage préventif des installations en vue d’une reprise rapide du service.
- Aide au fonctionnement des différents services publics
3- Permanence du fonctionnement des services de secours
- Redéploiement de la BSPP et des SDIS sur des sites non inondables.
- Redéploiement des services de police sur des sites non inondables.
- Réquisition envisagée des ambulances privées au profit de la région.
- Redéploiement des malades hospitalisé sur des sites non inondables.
4- Maintien du fonctionnement des liaisons gouvernementales et de secours
- Mise en protection des salles opérationnelles
- Étanchéisation par France Telecom des liaisons gouvernementales, de commandement et de secours.
Dans le cadre du PPRI, les institutions publiques ont été invitées à faire un bilan des erreurs commises dans le passé et qui seraient susceptibles d'intensifier l'impact des inondations. Cette démarche a pour but de ne plus entreprendre à l'avenir des projets qui seraient touchés par une inondation exceptionnelle de type 1910. Outre cette logique préventive, les différentes institutions ont également dû se pencher sur le problème de la réduction des effets d'une inondation sur les structures existantes. Cette démarche s'inscrit alors dans le cadre du plan de secours spécialisé inondations qui vise à promouvoir une politique de diminution de l'impact inondation. Dans toute cette partie, nous étudierons donc les mesures et les actions mises en œuvre par différentes institutions publiques qui jouent un rôle majeur en cas d'inondation exceptionnelle; cette étude est bien entendue non exhaustive, nous tentons juste de donner un aperçu de l'action globale menée à Paris au cours des dernières années.
Pour aider les maires dans leur mission de prévention des inondations, l’Etat organise une annonce des crues sur les cours d’eau les plus importants (environ 16 000 km). Près de 6300 communes bénéficient de cette annonce, rassemblant près de 90% des populations situées en zone inondable.
Le Service d’Annonce des Crues a pour mission de surveiller la situation hydrologique des bassins versants alimentant sa zone de compétence, à partir des informations sur la situation météorologique qu’il reçoit de Météo France, des données collectées sur son propre réseau et des informations hydrologiques complémentaires qu’il recueille auprès de ses autres partenaires.
Rôle en période de crues
Le Service d'Annonce des Crues a un rôle crucial lors d'une inondation dans la mesure où il est chargé de prévoir l'amplitude d'une crue et d'alerter les pouvoirs publics en conséquence. Le dispositif de secours mis en place par les services de la préfecture et les différents acteurs institutionnels est en effet fortement dépendant du nombre de jours qui s'écoulent entre l'annonce de la crue exceptionnelle et le moment où cette crue atteint la ville de Paris. L'ensemble du schéma organisationnel se base sur une durée de trois jours entre l'annonce et l'arrivée de la crue (cela correspond à la durée de prévision la plus courte que peut fournir le Service d'Annonce des Crues avec un bon degré de certitudes). Par conséquent, le Service d'Annonce des Crues a un rôle déterminant pour l'efficacité du plan de secours prévu par les différentes institutions.
Au cours de la crue, le service est également chargé de donner des prévisions sur l'évolution de la crue, ces informations permettant aux différents acteurs de prendre les décisions adaptées à leurs structures.
Objectifs et perspectives
Nous rapportons dans cette partie des propos recueillis auprès de Pierre-Alain Roche, directeur de l'Agence de l'Eau Seine-Normandie.
"Le point déterminant est bien entendu la fiabilité des informations fournies par le Service d'Annonce des Crues : à l'heure actuelle, on ne peut avoir des informations à plus de huit jours, mais si le niveau de l'eau est assez élevé, une forte pluie peut déclencher la crue en quelques heures. La prévision des crues constitue un des points majeurs à améliorer : il faut pour cela graduer les différentes situations afin de pouvoir faire de l'évaluation de risques fiable à huit jours. Un des moyens pour y arriver serait de réunir les résultats obtenus par la prévision d'une part, et par la statistique descriptive d'autre part, deux domaines qui en hydrologie restent séparés."
Ce compte-rendu sur la politique menée par EDF résulte en particulier d'un entretien avec M. Alain Arnoux, responsable au sein du pôle politique d'EDF des événements exceptionnels (par exemple canicule, inondation, …).
Impact d'une inondation
L'impact d'une inondation sur notre activité est en majorité liée à notre dépendance à l'énergie électrique. Il suffit de regarder l'impact du Black-out à New York en août 2003 pour se rendre compte que l'absence d'électricité entraîne en moins d'une heure une paralysie quasi-totale de la ville (perte des éclairages, absence de chauffage, arrêt des activités économiques,…). Il est d'autant plus difficile d'en étudier l'impact qu'en 1910, la dépendance vis-à-vis de l'électricité était beaucoup moins importante. EDF s'est donc appliqué à étudier l'impact d'une inondation exceptionnelle sur son réseau d'électricité et sur l'alimentation en électricité de ses clients.
Les études d'EDF sont exclusivement basées sur les données relevées en 1910. Connaissant les zones inondées à Paris, ils en ont déduit lesquels de leurs réseaux de distribution devaient alors être arrêtés pour éviter des courts-circuits dont les conséquences seraient une mise hors service pendant au moins six mois. La figure suivante présente la structure du réseau de transport et de distribution d'électricité autour de la région parisienne :
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Les points sensibles de ce réseau sont les postes sources qui conditionnent l'alimentation en électricité de quartiers entiers. Situés en zone inondée, ils doivent être mis hors tension jusqu'au départ des eaux. De plus, les tronçons reliant deux postes sources et inondés entraînent la coupure des deux postes sources. Ainsi des postes sources non inondés devront quand même être coupés. Au total l'étude prévoit 650 postes sources inondés qui entraîneraient la coupure de 1310 postes. En superficie la zone privée d'électricité représente environ deux fois la zone inondée (environ 335 000 clients soit 700 000 personnes).
Adaptation
Dans le cadre du PSSI, EDF a établi un plan d'urgence en 6 phases visant à réduire au maximum la durée de coupure de l'électricité :
- L'alerte : à partir d'une hauteur d'eau de 5,50 mètres (à l'échelle du pont d'Austerlitz), surveillance des postes sources à risques en vue d'un arrêt préventif.
- Mobilisation et mise en sécurité : mise hors-tension des postes.
- La crue : coupure des tronçons en fonction de la montée des eaux.
- L'étale de la crue : réalimentation des clients coupés par mesure préventive et pose de groupes électrogènes pour les clients sensibles.
- La décrue : réalimentation de 95% des clients en 5 jours après le retrait de l'eau.
- Remise en conformité de l'ensemble des postes coupés.
A long terme, EDF a décidé de modifier les modes de construction des postes sources afin de les rendre moins vulnérables au risque d'inondation. En ce qui concerne les postes existants il ne semble pas exister de solution permettant de limiter l'impact de l'inondation; la mise hors tension reste donc le seul moyen de limiter les dégâts sur le réseau. Les seules évolutions envisageables résident donc dans l'amélioration de l'efficacité du plan d'urgence.
Impact d'une inondation
A l'instar du réseau d'électricité, le réseau de transport urbain serait fortement paralysé en cas d'inondation, principalement en raison de l'inondation des voies. La carte suivante présente les différentes voies de métro inondées dans l'éventualité d'une crue similaire à celle de 1910.

Outre l'arrêt des lignes concernées pendant la durée de la crue, c'est l'ampleur des dommages qui apparaît ici comme considérable. En conclusion d'une étude destinée à évaluer l'impact d'une telle crue, les services de la RATP ont évalué les dommages à environ trois milliards d'euros. Il était donc indispensable pour la RATP de trouver des solutions visant à réduire l'étendue de ces dommages.
Adaptation
Le plan d'urgence établi par la RATP vise à protéger certaines voies inondables en construisant des protections étanches afin d'empêcher l'eau de pénétrer; ces protections concernent l'entrée des stations et les bouches reliant directement les voies à l'extérieur:
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Au total, le dispositif prévoit environ 500 "murs en L" préfabriqués, 68000 parpaings, 1300 tonnes de mortiers et 530 mètres cubes de béton pour un coût global de 3 millions d'euros, l'investissement financier actuel de la RATP étant de 250000 euros par an pour la prévention des inondations.
Outre la sécurité des personnes, le PPRI a pour but de prévenir l'ensemble des acteurs étatiques et économiques afin qu'ils puissent mettre en œuvre des plans visant à la réduction de l'impact des inondations sur leur activité ou leur patrimoine. Ainsi l'ensemble des ministères ont été invités à prendre des mesures pour faire face à un tel risque; nous étudions ici le cas du ministère de la culture puisqu'une grosse partie du patrimoine culturel français conservé à Paris se trouve en zone inondable.
Situation en cas de crue
Dans l'éventualité d'une crue de type 1910, 17 musées parisiens se trouveraient en zone inondable, 4 dépendant de la ville de Paris et 13 musées nationaux (galerie nationale du jeu de paume, grand palais, musée d'arts et d'essais du palais de Tokyo, musée des arts forains, musée de l'assistance publique, musée du grand orient de France, musée Lauzun, musée du Louvre, musée de la Monnaie, musée national des techniques, musée de Notre-Dame de Paris, musée d'Orsay, museum national d'histoire naturelle). En particulier le musée du Louvre et le musée d'Orsay ont connu d'importants aménagements dans les années 80 et 90 qui n'ont pas tenu compte de l'éventualité d'une crue exceptionnelle. Des espaces de stockage des œuvres ont ainsi été construits dans des zones directement inondables. Ce constat a amené le ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon à fixer des directives préventives pour diminuer l'impact en cas de crise. Nous rapportons ici certains aspects de ces directives.
Le plan de mobilisation
I - Dès l'été 2002, les établissements concernés ont progressivement engagé un plan de mouvement des œuvres en interne, pour installer ces dernières dans des parties de bâtiments non susceptibles d'être inondées. En parallèle, les personnels ont été mobilisés et formés pour être prêts à intervenir en cas de crue, le temps disponible étant, selon la Préfecture de Police, de l'ordre de 72 heures une fois la cote d'alerte atteinte. Dans ce cadre, un plan d'urgence de protection des œuvres, qu'il s'agisse de celles exposées dans les parties inondables ou stockées en réserve mais dont le maintien a été jugé nécessaire par les conservateurs, a été établi: il permettra, avec le personnel des établissements, dans ce délai de 72 heures, de procéder à des déménagements en interne vers les parties hautes des bâtiments et de poser des protections sur toutes les œuvres ne pouvant être déplacées. Enfin, les établissements travaillent à protéger le bâtiment autant que possible des entrées d'eau (à titre préventif, avec par exemple la pose de batardeaux pour éviter les remontées des eaux et, en cas d'inondation, avec, par exemple, la construction de murs en parpaings ou sacs de sable) et à sauver les organes vitaux pour le fonctionnement du bâtiment (poste de sécurité, électricité, central téléphonique, etc…).
II - Compte tenu du volume des réserves menacées, Jean-Jacques Aillagon a demandé à la Direction des Musées de France de rechercher un site de réserves non inondable, à Paris ou à proximité immédiate, permettant d'accueillir dans de bonnes conditions de sécurité et de conservation, les collections nationales de tous les établissements concernés. Le coût de cette opération a été de 5,2 millions d’euros en 2003, et comprend le coût de location et de gardiennage du site retenu, d'une surface de 10 000m2.
Les mesures à long terme
Ce déménagement, à titre préventif, des réserves ne peut cependant qu'être une solution temporaire. Jean-Jacques Aillagon a donc demandé à ses services de rechercher pour le moyen terme des sites de stockage adaptés, non inondables, permettant aux conservateurs de travailler dans les meilleures conditions. Les services du Ministère, les établissements publics concernés et l'EMOC, Etablissement public de maîtrise d’ouvrage des travaux culturels, engagent actuellement une étude permettant d'analyser si, et le cas échéant, dans quelles conditions, les sous-sols des établissements actuellement utilisés en réserves peuvent être protégés et utilisés à l'avenir de manière permanente, en tout ou partie, à usage des réserves. Si à l'issue de cette analyse, les espaces existants ne pouvaient, moyennant des aménagements techniques pour les protéger de l'eau retrouver leur vocation de réserves, l'implantation de réserves pérennes sur un site situé à proximité des établissements serait étudiée.
Depuis la publication du PPRI, de nombreuses entreprises se sont donc penchées sur le problème du risque inondation et sur les mesures à prendre. Comme nous l'avons vu, ces études ont débouchées sur des actions concrètes des différents acteurs afin de limiter l'impact de crues exceptionnelles. Il est difficile aujourd'hui de porter un jugement objectif sur ces mesures et de prédire les impacts qu'elles auraient réellement lors d'une crue type 1910. Cependant, certains établissements ayant réalisé des exercices de réaction face à une crue exceptionnelle ont révélé les lacunes des plans d'urgence et la difficulté de mettre en œuvre des actions qui sur le papier ne présentent aucun problème apparent. D'autre part, les différentes institutions ont établi des plans qui leur sont propres sans nécessairement tenir compte des interactions avec d'autres établissements (utilisation des mêmes ressources dans plusieurs plans d'urgence,…). Dans ce domaine les entreprises et établissements publics ne nous semblent pas réellement "prêts" à exercer une réponse efficace face au risque d'inondation.
Si l'effort effectué par un grand nombre d'établissements est un point largement positif dans la préparation face au risque inondation, il semble que c'est la coordination entre les différents acteurs qui reste à améliorer. Dans ce domaine la France présente un retard important face à certains de ses voisins européens. Dans la troisième partie de cette étude nous présentons le cas de la Grande-Bretagne en essayant de tirer des enseignements dont la France pourrait s'inspirer.
Nous allons ici étudier l’adaptation que mettent en œuvre les acteurs privés. Selon la définition de la première partie, il s’agit ici d’une adaptation autonome. Elle ne peut être contrôlée par les pouvoirs publics, et ne dépend que de la conscience du risque qu’auront les privés qui tendent à maximiser leurs intérêts propres. Nous allons cependant constater que la puissance publique, qui seule détient l’information relative au risque (carte de l’aléa, etc.), influence largement l’adaptation des agents privés.
L’adaptation à un risque de crue qui touche essentiellement des infrastructures nécessite des investissements lourds, qui ne peuvent être engagés par des particuliers. En ce qui concerne des éventuelles mesures d’adaptation (autonome, puisque mise en œuvre de manière indépendante par des agents privés) proactives, les parisiens n’ont donc qu’une faible marge de manœuvre.
Il est à noter que dans certains lieux, essentiellement dans les zones à faible urbanisation de l’agglomération (et non à Paris), des particuliers ont construit des murettes de protection le long des rives de la Seine afin de préserver leurs domiciles. En empêchant son expansion latérale, cette mesure d’adaptation pourrait avoir des conséquences aggravantes sur la crue (notamment sur le niveau d’eau atteint en aval dans les zones à forte densité urbaine). Il s’agit là d’un exemple d’adaptation autonome négative, aussi appelée dans la littérature « mal-adaptation ».
En ce qui concerne l’attitude d’adaptation réactive potentielle adoptée par les particuliers lors de la crue, la municipalité a pris les devant en distribuant à chacun une brochure intitulée « Que faire en cas de crue de la Seine à Paris ? ». L’adaptation réactive des particuliers est donc guidée par une politique publique planifiée.
Il en est de même pour les mesures prises par les grandes entreprises, dont le patrimoine immobilier et l’activité pourraient être touchés par une crue exceptionnelle. En effet, le département de Paris les a incité à prendre en compte le risque de crue centennale, en établissant un « plan de protection ». De plus, les différentes institutions publiques concernées fournissent aux entreprises l’information nécessaire.
Nous avons choisi dans notre étude d’illustrer l’adaptation des entreprises par l’exemple de BNP Paribas. Nous nous sommes procurés à cet effet une note interne à l’entreprise, intitulée « Les crues de la Seine et le risque inondations : conséquences sur les immeubles centraux BNP Paribas ». Cette note répertorie les mesures préventives préconisées pour l’entreprise par sa direction immobilière. Il s’agit de :
- vérifier les côtes des immeubles par rapport au niveau de référence de 1910 (aléa du PPRI)
- répertorier les équipements se trouvant dans les locaux susceptibles d’être inondés
- analyser les dommages sur ces équipements et les incidences par rapport à l’activité de l’entreprise
- lister les mesures préventives, en estimer le coût et, après analyse, choisir les mesures à prendre
- Etablir la procédure de redémarrages des installations
Les mesures préventives proposées par la note sont assez simples :
- déplacement de certains équipements
- sauvegarde sur un autre site
- ancrage de certains équipements
- établissement de trappes anti-retour sur l’accès aux égouts
Ainsi, la BNP établit, avec l’incitation des pouvoirs publics, une véritable étude d’impact du phénomène de crue sur ses installations et définit un pool de mesures adaptatives parmi lesquelles elle choisira selon des critères d’efficacité qui lui sont propres (coût, etc…). En théorie, il s’agit d’une véritable politique d’adaptation à l’échelle de l’entreprise. Nous n’avons cependant aucune information sur le suivi des mesures préconisées par la note, ni sur leur efficacité (résultats de l’étude d’impact, économies réalisées, etc.).
Remarque :
Cette section a été réalisée à partir notamment d’un entretien téléphonique avec Sylviane Grangé, des services immobiliers et généraux de BNP Paribas
Les assurances sont des agents privés particulièrement touchés par un risque type crue exceptionnelle de la Seine à Paris, qui correspond à des dommages financiers considérables qu’elles devront rembourser. En France, grâce au régime d’assurance spécifique des Catastrophes Naturelles, qui relève du domaine législatif (loi de 1982) et non du simple domaine contractuel, les assurances peuvent couvrir un risque aussi énorme que celui d’une crue majeure à Paris. Les grandes lignes du processus de couverture de ce risque sont évoquées ci-dessous. Nous n’avons pas jugé utile de les développer en détail, car un rapport entier sur les assurances et le risque climatique a été rédigé par un autre groupe de l’Atelier CC.
- les crues de la Seine sont soumises au régime d’assurance lié aux catastrophes naturelles. Il s’agit là d’une décision politique.
- Un organisme d’Etat, la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), va proposer une réassurance aux sociétés d’assurances privées le désirant. En contrepartie, la CCR percevra un pourcentage des primes d’assurance de ces sociétés (entre 6% et 12%)
- Il y a des répercutions tarifaires dans les contrats d’assurance : le consommateur assure une partie du risque, puisqu’il voit sa prime d’assurance augmenter de 9%. Ce surplus alimente un compte « CatNat », pour moitié réservé à l’assurance et pour moitié à la CCR.
- Les processus économiques d’adaptation mis en œuvre par la CCR :
. le « share loss » : elle partage à hauteur de 50% les remboursement avec les assurances
. le « bear loss » : elle prend en charge la totalité des remboursement à partir d’un certain seuil (en l’occurrence, 200% du montant de la part du compte CatNat réservée à l’assurance)
- L’Etat assure lui-même la CCR. Celle-ci offre ainsi la garantie de l’Etat aux assureurs. L’Etat assume donc le risque, plus que les assurances
Selon Luc de Lignières, responsable du service « risque et actuariat » chez AXA, le régime des catastrophe naturelle est, en France, exemplaire. Sans lui, des risques comme celui de crue centennale ne seraient probablement pas du tout couverts par les assureurs privés.
Remarque :
Cette section a été réalisée à partir :
- d’un entretien avec Luc De Lignières, responsable du service « risque et actuariat » chez AXA.
- d’un entretien téléphonique avec Juliette Berger, responsable « multirisques habitat » chez AXA
On peut conclure de ce qui précède que l’adaptation des acteurs privés au risque de crue est très largement encadrée ou guidée par les pouvoirs publics. Elle serait peut-être inexistante sans les politiques incitatives de ces derniers. Ainsi, si l’on peut encore parler d’adaptation autonome car les agents privés restent libres de leurs choix (ils ne sont pas contraints, par exemple, à se réassurer) et maximisent leur intérêt sans soucis du bien commun, il faut souligner que cette adaptation privée est largement dépendante des politiques d’adaptation planifiée menées par la puissance publique.
Nous venons d’effectuer un tour d’horizon des différentes mesures adaptatives prises par les acteurs concernés face au risque de crue exceptionnelle de la seine à Paris. Il est cependant assez marquant que nous n’avons réussi à obtenir que peu de renseignements ou d’évaluations relatifs à l’efficacité de ces mesures. Pour en mesurer l’efficacité (au moins économique), il faudrait connaître :
- le coût exact de ces mesures
- les bénéfices qu’elles apportent, à savoir la différence entre les dommages potentiels sans adaptations et les dommages résiduels après leur application.
Peu d’institutions, privées ou publiques, sont capables à l’heure actuelle de fournir des données précises et réalistes sur ce deuxième point. Cela témoigne du retard culturel français sur la gestion du risque et l’adaptation. Des mesures sont prises pour éviter le pire, mais on ne réfléchit que peu à leur portée ou à leur pertinence, par manque de moyen ou de volonté. On en reste à une phase balbutiante du processus de décision adaptatif tel qu’il a été décrit en I.5.
De plus, certains éléments concernant l’évaluation des impacts et des dommages potentiels ou résiduels restent, au vu de l’étude, préoccupants :
- L’estimation du temps de retour à la normale est, pour presque tous les acteurs, mauvaise ou inexistante.
- Des problèmes de coordination risquent d’aggraver la situation en cas de crue, chacun des acteurs ne prêtant que peu d’importance à l’action des autres (ils pourraient tous avoir, par exemple, le même fournisseur en groupe électrogène de secours, qui ne pourra satisfaire la demande…)
- Les différentes estimations des dommages sont contradictoires, ce qui montre leurs carences.
Par exemple, la RATP estime ses dommages propres à 3000 M€, alors que le rapport réalisé en 1998 par HYDRATEC, dont le PPRI tient compte, estime les dommages totaux à 12400 M€ (et 2000 M€ pour les réseaux – RATP, SNCF, EDF, etc. - seulement).
Si l’effort adaptatif effectué ces dernières années a été considérable, il reste donc encore insuffisant, notamment en ce qui concerne la coordination des acteurs et l’évaluation de l’efficacité des politiques.
Il est aussi essentiellement celui d’une adaptation à court terme…
Pendant de nombreuses années les Parisiens se sont crus à l'abri du risque inondation du fait de la construction de quatre grands barrages–réservoirs en amont de Paris : Pannecière en 1949, Seine en 1966, Marne en 1974 et Aube en 1990. Leur objectif est double :
- assurer le soutien d’étiage permettant en toutes circonstances l’approvisionnement en eau de la région parisienne et les autres usages tels que la navigation,
- écrêter les grandes crues.
C'est seulement au cours des années 90 que les pouvoirs publics ont pris conscience, grâce notamment aux travaux de la direction régionale de l'environnement et du préfet de région, que le volume de stockage de ces réservoirs (850 millions de mètres cubes au total) était largement insuffisant pour écrêter une crue exceptionnelle de type 1910 (en 2 mois en 1910, sept milliards de mètres cubes ont transité sous les ponts de Paris dont trois milliards étaient débordants notamment en banlieue). Comme nous avons pu le constater à travers la politique des pouvoirs publics, le travail actuel porte principalement sur des actions à court terme visant à combler le manque de préparation des différents acteurs. Quoi qu'il en soit il semble également important de s'interroger sur des aménagements possibles à long terme qui pourraient réduire de façon notoire l'impact d'une crue exceptionnelle. A cette question un consensus émerge pour affirmer qu'on ne trouvera pas de solution miracle d'aménagement et qu'il est difficile de réguler l'eau en amont dans des échelles raisonnables de projets. En outre, les efforts de stockage ne permettent pas un gain assez substantiel en cas de crue comparé à l'investissement qu'ils demandent.
Selon Pierre-Alain Roche, "il y a beaucoup plus à gagner à préparer ce type de crises; une ville conçue pour être inondée peut très bien vivre, mais il s'agit aujourd'hui de réparer les erreurs commises dans les 50 ou 100 dernières années : urbanisation en zones inondables, enfouissement des lignes électriques et de télécommunication,…La logique actuelle est de repenser le système de la ville."
Le projet de la Bassée
En juin 2001, l’institution interdépartementale des barrages-réservoirs du bassin de la Seine lançait une étude sur la faisabilité d’un nouveau projet d’aménagement en amont du point de confluence entre la Seine et l’Yonne. Le principe du projet est de retenir l’eau de la Seine dans le lit majeur de la Bassée, dans des zones de stockage, au moment du passage de la pointe de crue de l’Yonne. Cela permettrait notamment d’éviter la concomitance entre les pics de crue de la Seine et de l’Yonne et donc de limiter les effets des crues exceptionnelles.
Les conclusions de l’étude sont attendues dans le courant de l’année 2004, les décisions quant à l’exécution du projet étant prévues pour 2005 (les travaux pourraient alors s’étaler jusqu’en 2015).
En considérant les mesures d’adaptation à longue terme il convient de mettre en valeur un stratégie en vigueur qui regroupera tous les éléments de base dans la lutte contre le changement climatique.
Selon Pascal Douard, Sous-directeur Prévention des Risques Majeurs au Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, « en termes de stratégies sur la question du changement climatique, la Grande Bretagne propose des réponses dont la France pourrait s’inspirer ».
Dans ce chapitre nous étudions les stratégies britanniques vis à vis de l’adaptation afin de les comparer avec celles de la France et voir dans quelles mesures ces approches peuvent s'appliquer en France.
Tout d’abord nous décrirons les particularités de l’organisation centrale dans la stratégie britannique, « The UK Climate Impacts Programme » (UKCIP), puis nous évaluerons l’efficacité des mesures recommandées dans un cas concret, l’adaptation aux risques de crues sur la Tamise.
Dans le cadre de ce chapitre nous traiterons donc des éléments de la stratégie politique et de la modélisation climatique qui mèneront à des leçons potentielles pour la France et plus spécifiquement pour les crues exceptionnelles de la Seine.
Qu’est ce que c’est que le UKCIP?
La politique d’adaptation en Angleterre est traitée dans
le cadre du UKCIP. Le UKCIP aide les
organisations dans l’estimation des effets qui seront apportés par le CC et
donc aussi dans la préparation pour les impacts du CC. Il a été crée par le gouvernement
anglais en avril 1997 et il est financé par le ministère de l’Environnement
(Department for the Environment, Forestry and Rural Affairs - DEFRA)
Le UKCIP fournit des soutiens et des conseils aux chercheurs dans le domaine du changement climatique et aux décideurs dans les organisations gouvernementales et privées. L’idée essentielle est que ces organisations vont utiliser les scénarios du CC et les conseils du UKCIP dans leurs propres études d’adaptation et que ces conseils vont agir comme lien unificateur entre les études afin d’établir une stratégie commune dans le processus d’adaptation.
Objectifs du UKCIP:
Le UKCIP fournit des outils communs aux participants pour
promouvoir une approche intégrée qui permettra une meilleure coordination entre
les différents acteurs.
La gamme des cibles est très étendue et regroupe des ministères, des agences/établissements privés, des administrations spécialisées, des régions, des autorités locales, des entreprises et des chercheurs. Afin d’aider ces organisations dans leur action, le UKCIP fournit aussi des études plus générales sur l’évidence du changement climatique, ses causes et ses conséquences.
Démarche Scientifique – Scénarios UKCIP02
La première mission du UKCIP a été de créer des scénarios spécifiques du changement climatique utilisés comme outils principaux dans les études d’estimation des impacts et donc dans les stratégies d’adaptation au CC.

Les Scénarios UKCIP02 ont été publiés l’année dernière. Ils remplacent les UKCIP98 qui ont eu une grande importance dans le démarrage des études des impacts, du risque et de l’adaptation. Les nouveaux scénarios utilisent, selon UKCIP, la meilleure modélisation climatique du monde et permettront des études d’adaptation quantitative et approfondie.
Les particularités des Scénarios UKCIP02 sont les suivantes :
• On présente 4 avenirs climatiques possibles: Low Emissions, Medium-Low Emissions, Medium High Emissions, High Emissions.
• On a utilisé quatre prévisions des émissions dans l’avenir. Ces quatre prévisions sont étendues entre les deux limites des émissions potentielles qui ont été proposées dans le Intergovernmental Panel on Climate Change Special Report on Emissions Scenarios (IPCC SRES)
• La résolution de l’ancien modèle atmosphérique global a été améliorée de 150 km à 300 km. De plus il a été introduit un modèle régional (pour l’Europe) pour réaliser une résolution de 50km. C’est a dire que le Royaume Uni est maintenant représente par 104 boites à grille (4 avant).
• Les changements sur l’échelle de 50 Km se sont combinés avec les données du climat observé à 5 km pour produire des descriptions du changement climatique sur une échelle de 5 Km…

Les nouveaux scénarios ont apporté des améliorations spécifiques par rapport aux anciens Scénarios UKCIP98. Les utilisateurs des anciens scénarios avaient en effet demandé des informations plus détaillées sur les variations géographiques et sur les événements extrêmes (niveau de la mer principalement).
Les
nouveaux scénarios fournissent des estimations des changements possibles dans
les cas des extrêmes du temps. Encore plus important pour les études
d’adaptation ils répondent à la question de comment tenir compte des
incertitudes probabilistes dans la considération de l’avenir. En comparant les
4 différents scénarios on trouve des changements “authentiques”, c’est à dire
quantitatifs et approfondis
Comment utiliser les Scénarios ?
Il est impossible de définir des probabilités explicites pour chaque scénario dans la mesure où ils dépendent en contenu des choix qui vont être pris par la société dans les années à venir. Cependant, à partir de chaque scénario on peut faire des hypothèse sur les changements probabilistes de certains événements dans une certaine période, primordiale dans les stratégies d'adaptation.
Les scénarios du CC ne suffisent pas pour la planification. Il faut aussi considérer les scénarios socio-économiques autour du changement climatique et prendre en compte la façon dont on gère les incertitudes, les risques et les estimations du prix de revient.
Les principaux outils fournis par le UKCIP pour accomplir les études d’impact, de risque et d'adaptation sont les suivants :
En outre le UKCIP fournit d'autres outils plus spécifiques pour aider les organisations les plus critiques à mettre en place une stratégie complète face au CC (comme les autorités locales).
Des exemples de ces outils sont les suivants :
Démarches Politiques
Tous les ministères du gouvernement ont lancé leurs propres études pour estimer les impacts sur leurs propres centres d’intérêt en utilisant les outils fournis par le UKCIP.
En outre le gouvernement a commencé à prendre en considération le CC dans sa stratégie politique. Par exemple, les directives pour le développement dans des régions à risque d’inondation a été modifié pour conseiller un approche de précaution qui prend en compte les risques. Dans une nouvelle aspiration politique appelée « Joined Up Government », le gouvernement a commencé un processus interdépartemental pour considérer les implications du CC dans la politique et les responsabilités opérationnelles sur une échelle globale. Les domaines politiques qui prennent en compte actuellement le CC sont la défense contre les crues et la protection des côtes, les règles d'urbanisation, l'utilisation des ressources en eau, et la santé.
Résultats sur le terrain?
Dans un premier temps le UKCIP s’est investi dans la promotion de ces études. Pour cela, ils ont pris depuis 1997 les initiatives suivantes :
• entretiens avec des représentants de 400 organisations.
• 1100 participants aux lancements des nouvelles études.
• Publication des 11 000 études.
• 30 millions de personnes mises au courant via les medias.
Selon le UKCIP beaucoup de progrès ont déjà été fait dans l’étape initiale de l’adaptation. A l'instar des ministères, il existe plusieurs entreprises et autorités publiques qui ont lancé leurs propres études pour estimer les impacts sur leurs propres centres d’intérêt en utilisant les outils fournis par le UKCIP.
Les ministères ont été les premiers à apporter des vrais changements sur le terrain et spécifiquement dans le domaine des crues. Par exemple :
En dehors des processus gouvernementaux les exemples suivants montrent différentes mesures prises dans l’estimation des impacts et de l’adaptation :
Dans la plupart des cas, les études d’adaptation ne sont pas encore achevées car les études d'impact sot encore en cours. Bien que l’adaptation britannique en soit encore à un état d'avancement limité, on constate une volonté politique considérable qui a entraîné un effort fort dans le secteur public ainsi qu’une prise de conscience importante dans le privé. L’aspect le plus important du progrès britannique est la manière conjuguée par laquelle ils approchent les questions d’adaptation.
Adaptation au CC pour la Gestion des Crues sur
la Tamise
Pour tirer des enseignements des approches britanniques pour les stratégies de l’adaptation dans le long terme sur la Seine, il convient de les analyser sur une échelle plus comparable. Pour réaliser cela on a pris l’exemple de la considération du CC et donc de l’adaptation sur la Tamise dans le sud-est d’Angleterre.
Effets du Changement Climatique sur la Tamise
Les organisations qui seraient affectées par les changements sur la Tamise à cause du CC ont commencé à réagir après avoir eu les résultats des études du UKCIP. Les effets suivants pour les différentes prévisions d’émissions ont été chiffrés par le UKCIP :
Les niveaux
extrêmes de la mer seront plus fréquents : Niveaux extrêmes
deviennent entre 10 et 20 fois plus fréquents avant les années 2080 dans
le sud-est (Medium Emissions).
Situation actuelle : Enjeux et protection
Comme la Seine, la Tamise passe par une des régions économiquement les plus riches de l’Europe. Dissemblable de la Seine (qui connaîtrait des millions d'euros de dommages dans le cas du retour d'une crue type 1910) la Tamise est fortement protégée.
• Enjeux: £30 milliards de dommages potentiels dans les zones inondables (la plupart sur Londres).
• Trois Vulnérabilités: Zones inondables en période de crue des rivières, inondation du système de drainage et houle des marées (impact de la montée des mers sur le fleuve).
• L'infrastructure actuelle fournit une protection avec une durée de retour de 2000 ans pour la houle des marées et 1000 ans (norme de la conception) pour Londres centre pour les 30 prochaines années.
Utilisation des apports UKCIP par le Ministère de l’Environnement
Le Ministère de l’Environnement (DEFRA), qui gère le programme national de la lutte contre le CC, a agi sur les bases des données fournis par le UKCIP pour lancer le processus politique d'adaptation des infrastructures.
• Rapports DEFRA: Conclusions des études et données du UKCIP concernant la gestion des inondations pour chaque région (2003).
• Conseils quantitatifs pour les modifications de l’infrastructure afin de s'adapter au CC (pour les barrages et autres systèmes de la gestion des crues sur la Tamise).
Prise en compte par l’Agence de l’Environnement
L’Agence de l’Environnement a pris différentes mesures afin de gérer le problème de la Tamise.
• Introduction d’une nouvelle stratégie de gestion des crues (publié par l'EA) et de nouveaux systèmes d’alerte pour la vallée de la Tamise pour les 100 ans à venir. La première partie, qui vise de 2003 à 2008, introduit une approche fondée sur la gestion et la réduction du risque et des impacts plutôt que l’approche traditionnelle de la défense.
• Conseils pour l’adaptation autonome contre le risque des crues publié par l'EA.
Identification des mesures pour Londres et la Tamise
Suivant le modèle national le ministère de l’environnement et le maire de Londres ont lancé leur propre étude d’impact « London's Warming - the impacts of climate change on London » en octobre 2002. Cette étude a suivi la structure proposée par le UKCIP et a intégré les options générales d’adaptation suivantes identifiées par le UKCIP :
• Amélioration de la prédiction du risque de crues et d’alerte aux crues.
• Promotion des maisons a l’épreuve des crues dans les régions à risque.
• Investissements accélérés dans des programmes de la gestion des crues
• Interdiction du développement dans des régions à risque sans évaluation des risques et mise en place de systèmes de protection.
Ces options ont formé les bases pour un étude d’adaptation spécifique par le London Climate Change Partnership (LCCP) qui propose des mesures pour Londres en intégrant les recommandations de la nouvelle stratégie de gestion des crues de la Tamise du EA. L’importance du succès du LCCP est primordiale dans l’adaptation sur le Tamise parce que ce « Partnership » regroupe plusieurs décideurs « clés » dans les organisations publiques et privées à Londres.
Les mesures d’adaptation se dérouleront dans les prochaines décennies afin de maintenir le niveau de protection général fort actuel sur la Tamise, de renforcer les régions de protection faible et de protéger les intérêts des acteurs dans le commerce et le développement. A la base de toutes ces mesures on trouvera les études et conseils du UKCIP.
Organisation et coordination des acteurs
La France et l’Angleterre abordent le problème du changement climatique sur deux étapes : une politique d’atténuation et un politique d’adaptation. La politique d’adaptation en Angleterre est traitée dans le cadre du UKCIP tandis que l’adaptation en France est la responsabilité des collectivités territoriales.
A l’échelle nationale il y a plusieurs acteurs qui s’intéressent à l’adaptation : l'IPCC, l’observatoire national des effets du réchauffement climatique en France et dans les DOM-TOM (ONERC) attaché à la Mission Interministrelle sur l’Effet de Serre (MIES), le groupe Gestion et Impacts du Changement Climatique (GICC); ils fournissent tous des conseils pour l’élaboration d’une préparation et d'une adaptation efficaces. Le ministère de l’écologie et du développement durable (MEDD) et l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) exigent qu’on développe des stratégies d’adaptation mais les scénarios de changement climatique et les autres outils nécessaires ne sont pas présentés d'une façon claire et accessible.
Il convient de conjuguer les efforts des différents responsables sous une organisation unificatrice qui puisse donc fournir aux entreprises et aux collectivités territoriales les outils et les conseils nécessaires pour une adaptation efficace.
Evaluation de l’influence du changement climatique …
Afin de fournir l’information nécessaire pour l’action dans le domaine du changement climatique, le ministère de l’écologie et du développement durable se base sur une connaissance améliorée de l’influence du changement climatique sur les événements extrêmes. Il note que la connaissance des phénomènes à l’échelle régionale doit être partagée et diffusée.
Pour arriver à des connaissances des phénomènes, il est nécessaire de disposer de scénarios du changement climatique. Météo France a produit des scénarios fondés sur le modèle global pour 2070 et 2100. Ce type de scénarios est l’outil essentiel si on veut faire des études d’impact et donc des études d’adaptation.
Cependant Météo France ne fournit pas les autres outils nécessaires pour évaluer le risque dans les secteurs publics et privés, c’est a dire les scénarios socio-économiques, les conseils sur l’importance du risque et les coûts d’impact. Ceux-ci doivent être mis en place en intégrant le travail de l’IPCC sur les scénarios socio-économiques ainsi que des approches comparables à celle du UKCIP. L’état doit s’informer du risque potentiel et les communes doivent intégrer cette notion et ses conséquences dans leurs décisions. En bref, il faut trouver une façon de coordonner ces divers éléments. Si ce n’est pas réalisé au niveau national, cela doit être effectué à l’échelle des organisations qui vont agir pour s'adapter au changement climatique.
Gestion du risque d’inondation: Développement d’une « culture du risque »
Pour interrompe l’augmentation de la vulnérabilité aux crues il faut développer « une culture du risque » en France. Il convient d’intégrer la notion de degrés de risque dans les études et les projets de l’Etat et des communes et dans l’élaboration du Plan de Prévention des Risques d’Inondation en France. Pour accomplir cela il s’agit d’intégrer des notions telles que la « durée de retour » d’un épisode de crue. L’information fournie à l'Etat par les différentes organisations impliquées dans la recherche climatique doit être plus largement répandue. Cela devrait permettre la prise de conscience du danger au niveau local afin d'organiser le développement futur de la protection en intégrant des mesures d’adaptation.
Adaptation sur la Seine
Comme on l'a déjà évoqué, il y a eu peu d’avancement dans les Plans de Prévention des Risques d’inondation en Ile de France (PPRI) pour Paris. L’élaboration du PPRI doit permettre de réfléchir à un développement prenant en compte le risque. L’intégration des scénarios du changement climatique dans l’évaluation de l’importance du risque n’est pas évident et donc des conseils adaptés doivent être disponibles lorsqu’une telle stratégie est définie. Même si les phénomènes du changement climatique seront différents pour la Tamise et la Seine, les démarches en matière de risque, i.e. l’exemple mis en valeur par le UKCIP, peuvent donner des réponses, au moins les fondations, pour une stratégie qui prenne mieux en compte le risque.
Si l’approche du centenaire des inondations de 1910 est une date purement symbolique, elle a néanmoins été l’occasion d’une prise de conscience des risques réels de crue et du retard des pouvoirs publics en matière de prévention de ces risques. Depuis la fin des années 1990 et la publication du PPRI de Paris, les mesures d’adaptation se sont multipliées à tous les niveaux. Comme nous l'avons vu, les acteurs économiques principaux (télécommunications, électricité, transport, municipalité…) ont déjà pris des mesures pour limiter l'impact des crues de la Seine. Cependant, l’adaptation, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans le cadre de la ville de Paris, souffre de certaines lacunes.
Tout d’abord, au vu du retard évoqué ci-dessus, les mesures adaptatives mises en œuvre se sont avant tout attachées à limiter les effets des erreurs du passé. Il nous faut désormais envisager une adaptation plus innovante, une « adaptation durable » qui, au moyen d’infrastructures nouvelles, permettrait une réduction des risques à long terme.
Ensuite, les mesures adaptatives ont été prises de manière non coordonnée par les différents acteurs concernés. La prochaine étape doit être la mise en œuvre de stratégies globales d’adaptation, intégrant tous ces acteurs et leur donnant accès à une source cohérente d’information. De telles stratégies globales doivent être orchestrées par un acteur unique, interlocuteur commun à tous les autres acteurs, qui soit susceptible de gérer la politique d’adaptation de manière cohérente.
Enfin, deux nouvelles dimensions doivent être intégrées à la réflexion menée en matière d’adaptation :
- d’une part la notion de degré de risque qui permettra aux institutions de déterminer le degré d’adaptation qui leur est nécessaire.
- d’autre part la prise en compte du facteur changement climatique dans l’évaluation de ce risque.
Dans ces deux cas l’exemple anglais peut nous fournir des axes de réflexion.
Bibliographie :
· Rapport “Climate Change 2001 - Working Group II: Impacts, Adaptation and Vulnerability” de l’IPCC, chapitre 18: Adaptation to Climate Change in the Context of Sustainable Development and Equity.
· Article de Fankhauser, S. et al. (1998). The scope for adaptation to climate change: what can we learn from the impact literature?, Global Environmental Change 8(2), pp. 109-123.
· Article de Schneider, S. H., Easterling, W. E. & L. O. Mearns (2000). “Adaptation: sensitivity to natural variability, agent assumptions and dynamic climate changes”, Climatic Change, 45, pp. 203-221
· Article de Smith, J. B., Tol, R. S. J., Ragland, S. & S. Fankhauser (1998). “Proactive adaptation to climate change: 3 case studies on infrastructure investments”, Working Paper D98-03, Amsterdam, Vrije Universiteit
· Plan de Prévention des Risques d’Inondation du département de Paris, « Rapport de présentation », « Règlement » et « Annexes ».
· Plan de Secours Spécialisé Inondations, Zone de défense de Paris, document intégral et résumé PowerPoint.
· Note interne à BNP Paribas, « Les crues de la Seine et le risque inondations : conséquences sur les immeubles centraux BNP Paribas », édité par le Services Immobiliers et Généraux (IMEX) de l’entreprise.
· Dossier de la CCR sur les contrats de réassurance en cas de régime de Catastrophes Naturelles.
· Site Internet du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, www.environnement.gouv.fr
· Site Internet gouvernemental spécialisé pour la prévention des risques majeurs, www.prim.net
· Site Internet de la DIREN d’Ile de France, www.ile-de-france.environnement.gouv.fr
· Site Internet de l’Agence de l’eau Seine Normandie, www.aesn.fr
· Sites Internet de la Mairie de Paris www.paris.fr et de la Mairie du 6ème arrondissement, www.mairie6.paris.fr
· Entretien avec M. Pierre-Alain Roche, directeur général de l’Agence de l’eau Seine Normandie
· Entretien avec M. Alain Arnoux, responsable au sein du pôle politique d'EDF des événements exceptionnels
· Entretien téléphonique avec Mme Sylviane Grangé, des Services Immobiliers et Généraux de BNP Paribas
· Entretien avec M. Luc De Lignières, responsable du service « risque et actuariat » chez AXA
Entretien téléphonique avec Mme Juliette Berger, responsable « multirisques habitat » chez AXA
· Climate adaptation : Risk, uncertainty and decision-making : http://www.ukcip.org.uk/publications/pub.html
· Climate change scenarios for the United Kingdom – the UKCIP02 Briefing Report : http://www.ukcip.org.uk/publications/pub.html
· UK Climate Impacts Programme 2002 Climate Change Scenarios: Implementation for Flood and Coastal Defence (W5B-029) http://www.ukcip.org.uk/publications/pub.html
· Supplementary note on climate change considerations for flood and coastal management : (http://www.ukcip.org.uk/publications/pub.html)
· London's Warming: The impacts of climate change on London : (http://www.london.gov.uk/gla/publications/environment.jsp#climate)
· "Implications of Climate Change for DETR": (www.defra.gov.uk/environment/climatechange/impacts/index.htm )
· ERM Report - Potential UK Adaptation Strategies for Climate Change: (www.erm.com/ERM/news.nsf/AllByID/A28988FB502F6A608025694A05E0580?OpenDocument )
· PPG25: planning guidance on development in areas at risk of flooding: (www.planning.odpm.gov.uk/ppg/index.htm)
· Thames Valley flooding and the impact of climate change – River Thames Society (www.riverthamessociety.org.uk/Flooding)
· What other organisations are doing about climate change : (http://www.ukcip.org.uk/publications/pub.html)