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Interview de M Brice-Audren Riche, manager au service d'audit interne du groupe Lafarge


Réalisée par Florent Litzow

 

 

Son parcours professionnel

A la sortie de Polytechnique (promotion 94), Brice-Audran Riche a cherché une école d’application qui lui permette de faire de la finance. N’ayant trouvé aucune formation adaptée à ses vœux, il décide de se lancer directement sur le marché du travail. Il rentre alors chez Arthur-Anderson comme auditeur débutant.

Arthur-Anderson ne se contente pas d’auditer les comptes de ses clients, il assure également un service de conseil financier à leur profit. Il assiste donc le directeur financier comme certains cabinets de conseil en logistique ou en organisation assistent le directeur logistique ou le directeur de la production.

Brice-Audren suit le cursus standard au sein du cabinet. La première année, les jeunes recrues sont auditeurs-débutants. Ils découvrent les règles de la comptabilité et suivent, entre les missions, des sessions de formation à la finance et à la comptabilité. La seconde année, ils sont expérimentés, puis séniors-1 la troisième année. Ils sont alors chargés d’encadrer une équipe de 2 à 4 personnes en mission chez un client.

Selon Brice-Audren, le conseil financier commence par un travail de base, assez systématique : la vérification des comptes, qui se prolonge par un travail intellectuel : la synthèse des informations recueillies, afin de révéler leur cohérence. Il faut ensuite faire preuve de tous ses talents de communication et présenter son travail au directeur financier. C’est la partie la plus passionnante du métier – la plus grisante aussi –, puisqu’elle donne l’opportunité à un jeune cadre de discuter avec de hauts responsables.

Si le métier de consultant est passionnant, l’organisation du cabinet est extrêmement rigide et l’avancement complètement automatique (les cinq premières années : débutant, expérimenté, senior-1 puis 2 puis 3 ; puis cinq années de manager, puis partner). Il ne dépend ni de la formation suivie avant d’intégrer le cabinet, ni vraiment de la compétence dont font preuve les auditeurs. Dans le cas le plus favorable, les meilleurs peuvent espérer être affectés sur les missions les plus intéressantes. Cette rigidité a déterminé Brice-Audren à quitter l’audit pour l’industrie. Il rentre chez Lafarge en février 2001, en tant qu’auditeur-manager au sein de l’audit interne du groupe.

 

 

Son métier aujourd’hui

Le groupe Lafarge

Leader mondial des matériaux de construction. Quatre métiers principaux : les ciments (50%), les granulats et bétons (30%), la toiture (11%), le plâtre (8%).

12,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2000.

85 000 collaborateurs dans 75 pays.

Le groupe croît très rapidement, essentiellement par croissance externe. Depuis 1997, les effectifs, le chiffre d’affaire et le résultat net ont plus que doublé.

 

 

L’audit interne dans l’industrie

Jusqu’au milieu des années 90, l’audit interne avait pour mission de découvrir les erreurs ou les fraudes avant les commissaires aux comptes, à la fois pour préserver l’image de la société et pour mieux faire passer les remarques ou les remises à l’ordre. En effet, ces dernières sont mieux acceptées quand elles viennent de l’intérieur. Dans ces conditions, l’audit interne était perçu comme le « flic » de la direction générale et n’apportait pas de plus value.

L’audit interne s’est donc réformé. Aujourd’hui, au sein du groupe Lafarge, l’audit interne est le cabinet de consultant interne du groupe. Il a trois missions : faire une photo de l’existant, localiser les problèmes et enfin faire circuler l’information au sein du groupe (relations, meilleures pratiques, culture, solutions trouvées ailleurs aux mêmes problèmes…)

Les missions auditent les filiales nationales (il y a, en général, une filiale par pays pour chacun des quatre métiers du groupe) et font leur rapport au directeur de la filiale et à son supérieur hiérarchique, le directeur de zone. Contrairement aux cabinets d’audit, les missions sont multiprocessus. Chaque auditeur audite un processus de la filiale, par exemple les finances, la production, la logistique, les achats, les ressources humaines, l’environnement… Le nombre d’auditeurs dépend des risques identifiés a priori par la direction générale et des souhaits exprimés par l’entité auditée. Brice-Audren est manager, c’est à dire qu’il coordonne l’action de la mission d’audit.

 

 

Ses missions

Selon Brice-Audren Riche, son métier est essentiellement un métier d’encadrement et de communication. Une de ses difficultés est d’être toujours confronté à des problèmes que d’autres – parfois ses subordonnés – savent mieux résoudre que lui. Il y a toujours des choses qu’on ne sait pas faire, et pourtant, il faut que le travail soit fait. Il faut donc se mettre à niveau, apprendre, s’adapter. L’avantage de cette difficulté est qu’elle lui offre un défi permanent qui incite à toujours progresser.

Malgré tout, selon Brice-Audren, il n’y a pas besoin d’être un spécialiste pour encadrer des spécialistes ; il est plus important de savoir poser les question pertinentes, vérifier la cohérence du travail effectué et surtout faire preuve de bon sens et de communication.

La communication est vraiment une qualité primordiale. Lorsqu’on rencontre une nouvelle culture tous les deux mois, il faut savoir s’adapter aux différences de mentalité. Le contact avec les étrangers est très enrichissant et très diversifié, mais il nécessite un gros travail sur soi-même pour s’adapter aux personnes.

Le métier d’auditeur impose d’accepter une très grande flexibilité. Alternativement, les auditeurs partent trois semaines en mission à l’étranger, puis reviennent cinq semaines au siège pour rédiger le rapport et participer à des séminaires. Le rythme n’est pas surchargé, mais très irrégulier : très intensif à l’étranger mais plus tranquille en France.

 

 

Savoirs théoriques et qualités indispensables à l’ingénieur auditeur.

Selon Brice-Audren Riche, les qualités nécessaires à un ingénieur sont :


la rigueur dans le travail. La prépa et le conseil sont de bonnes écoles de la rigueur.

l’ouverture d’esprit. Le service militaire et les activités associatives en école favorisent l’ouverture d’esprit ainsi que la capacité d’autonomie et l’esprit d’entreprendre.

la logique, la cohérence et la rapidité. Les cours théoriques en école permettent d’acquérir ces qualités. Ils permettent en effet de discuter avec n’importe qui sans être un spécialiste. Brice-Audren l’a vérifié plusieurs fois, par exemple au sujet de la chimie du ciment, de la résistance du béton, de la physique nucléaire (en mission d’audit chez Framatome).  Ces connaissances théoriques permettent de bien comprendre le contexte d’un problème et donc de prendre plus facilement de la hauteur de vue.

la communication. Il est essentiel d’accepter que le monde n’est pas tout blanc ou tout noir, que la ligne courbe peut-être le chemin le plus rapide pour atteindre un objectif. Par exemple, pour obtenir l’adhésion sur un sujet, il peut-être nécessaire de perdre du temps à discuter avec les gens. Du fait de leur formation, les ingénieurs ont parfois plus de difficultés que les ingénieurs à en prendre conscience.

 

 

Évolution des compétences demandées au cours de l’évolution de la carrière.

Au fur et à mesure de sa carrière, il faut savoir faire preuve de plus en plus de capacité à encadrer : il faut être capable d’accompagner les gens, de leur « sortir la tête de l’eau », de les aider à s’épanouir – ce sur quoi la culture d’entreprise de Lafarge met particulièrement l’accent. Il faut également développer de plus en plus l’esprit de synthèse et de reformulation et – bien sûr – communiquer de mieux en mieux.

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