Beghin say-tereos
L'Histoire de Beghin Say : Quand deux familles créent une entreprise…
Les Say
Issu d'une famille travaillant dans le textile, Louis SAY - après la crise cotonnière de 1813 - se fait recommander par Benjamin DELESSERT auprès de son cousin ARMAND possédant une raffinerie de sucre de canne à Nantes. Gérant, associé, puis seul dirigeant, il créé la société "Louis SAY et Cie". En 1832, il fonde à Ivry sur Seine "La nouvelle raffinerie de la Jamaïque". (Exclue de la raffinerie de Nantes, la famille SAY en ouvrira une autre à Nantes en 1934 après la faillite de leurs successeurs). Son fils Constant disparait en 1871 et son petit-fils Henry étant mineur, est créée la SA Constant SAY. Henry se marie, désapprouvé par sa famille, et délègue en général ses pouvoirs à Ernest CRONIER. Ensemble, ils acquièrent l'usine de la Sarrebourse d'Audeville et Cie, puis Delori, le fleuron de l'époque qui avait racheté l'usine de Pont d'Ardres (fondée en 1873) en 1887, puis Saint Just en chaussée en 1900, Estrées Blanche dans le Pas de Calais, enfin Abbeville, Coulommiers et Neuilly Saint Front en 1904. Mais Ernest CRONIER se suicide en 1905 après avoir spéculé sur les valeurs de la société et celle-ci doit se restructurer. Après la guerre de 1914/1918, subsistent essentiellement Abbeville et Pont d'Ardres ; s'y ajoutent Sermaize en 1920, Châlons sur Marne construite en 1959 et Attigny dans les Ardennes en 1967.
Les Beghin
L'aventure Beghin commence en 1839. Un certain Joseph COGET avait fondé la sucrerie de Thumeries (Nord) dans sa ferme en 1824, modernisée par une machine à vapeur en 1836. Antoine BEGHIN épouse la fille de COGET en 1839 (deux frères par ailleurs) et succède à son beau-père après le décès de celui-ci. Leur fils Ferdinand né en 1840 développe Thumeries de 1871 à sa mort en 1895. Les deux fils de Ferdinand créé en 1898 une raffinerie et une société en nom collectif Ferdinand BEGHIN. Cette société s'agrandira avec Corbehem (Nord), première sucrerie européenne en 1919, la sucrerie centrale d'Arras ou Boiry Sainte Rectitude (Pas de Calais) en 1930. Escaudoeuvres (Nord) fondée par LINARD en 1872 est prise en contrôle dès 1972, puis en location-gérance sous le nom de Sucrerie Centrale de Cambrai en 1986. Curieusement, les annuaires sucriers ne signalent cette reprise qu'en 1977...
En 1967, la société BEGHIN prend le contrôle de la société SAY mais la fusion totale BEGHIN-SAY date de 1972. En 1986, BEGHIN-SAY est repris par l'italien FERRUZZI qui rejoint en 1992 le groupe ERIDIANA. Il est mis en vente en 2002.

L'acquisition de Béghin-Say par Union SDA et Union BS a eu lieu le 13 décembre 2002 ; le rapprochement opérationnel s'est déroulé tout au long de l'année 2003 et la fusion juridique des deux sociétés s'est concrétrisée le 1er octobre 2004. Ce rapprochement a donné naissance à la société Tereos.
Historique de la raffinerie :
L'industrie du sucre n'est pas nouvelle à Nantes. Dès que les navires marchands de Nantes se sont aventurés sur toutes les mers du monde, le sucre joua un rôle important dans l'économie de la ville ; la première raffinerie de sucre de canne y a été créée en 1653. Au milieu du XVIIIe siècle, l'existence du port à Nantes avait permis le développement de 22 raffineries de sucre ; le sucre représentait 60% des importations coloniales du port, et un siècle plus tard, ce rôle était toujours très important puisque 50% de la valeur du commerce maritime nantais dépendait directement du sucre.
C'est en 1935 que fut construite la raffinerie que nous avons visitée. Elle fut construite par les descendants de Louis Say, créateur de l'entreprise sucrière qui porte son nom. Cette usine sera la dernière raffinerie de sucre de canne bâtie en France. Elle est située au cœur de la ville de Nantes, sur l'île du port autonome faisant face au centre-ville, près du quai Wilson. La raffinerie fut repeinte en bleu et entièrement modernisée en 1991, d'où sa nouvelle appellation : « boîte bleue ». Aujourd'hui, elle emploie environ 200 personnes, et produit aux alentours de 120 000 tonnes de sucre par an, soit environ 600 tonnes par jour.
Ci-dessous, une photo de la raffinerie.

La production
Matière première : le sucre semi-raffiné .
 
Le sucre roux arrive une fois par mois par bateau, en provenance de la Réunion, des Antilles, d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, qui remonte l'estuaire de la Loire jusqu'au port de Nantes. Quand il débarque, le sucre est sale, brut, roux et très odorant. Le sucre de canne est transporté en vrac ou en « big bags », et ce sont ensuite des camions qui emportent le sucre jusqu'à l'entrepôt de la raffinerie d'une capacité de 24 000 tonnes. Les camions sont pesés à l'entrée et la sortie de l'usine, ce qui permet de connaître la quantité de sucre apportée. Les étapes qui suivent servent à éliminer les impuretés au sucre, qui donnent leur couleur rousse au sucre brut et leur goût particulier, de manière à obtenir un sucre blanc.
Processus de raffinage :
Lavage des cristaux en surface :
La première étape du procédé consiste à provoquer un frottement entre les cristaux dans des centrifugeuses tournant à 1500 tours par minute. Cette opération d'affinage permet d'enlever une bonne partie des impuretés de surface des cristaux de sucre, qui perdent alors 50% de leur coloration d'origine.
Dissolution :
Le sucre est ensuite dissous pour donner un sirop de fonte saturé, auquel la mélasse est retirée en surface.
Clarification :
Ensuite, c'est une transformation chimique que l'on opère sur ce sirop, qui enlève des impuretés aux cristaux. La phosphotation provoque un agglutinement des impuretés dans le sirop, qui est alors filtré pour donner d'une part un sirop débarrassé de nombreuses impuretés, et d'autre part du carbonate de calcium, qui est un sous-produit utilisé comme engrais dans l'agriculture.
La cristallisation peut alors se faire. Cette opération nécessite cinq étapes appelées « jets ». A l'issue de chaque jet, le sucre est de plus en plus affiné. Au bout du cinquième jet, on obtient un sucre blanc, et des « rebuts » tels que la mélasse. A noter que la mise au point du premier jet, qui associe une chaudière à cuire en continu à des malaxeurs sous vide a été faite à la raffinerie de Nantes en 1981. Ce projet a fait l'objet d'un dépôt de brevet et connaît aujourd'hui un grand succès dans l'industrie sucrière à l'échelon mondial.
Le conditionnement et la commercialisation
 
Le sucre ainsi raffiné est prêt à être conditionné en paquets, puis en palettes prêtes à être expédiées après quelques jours pour que le sucre soit bien sec. La raffinerie commercialise du sucre en morceaux, en semoule, et en cristallisé, pour du sucre blanc mais aussi du sucre obtenu à des différents degrés de raffinage : sucre roux ou blond. On retrouve ces différents produits sous les appellations « A la Perruche » (sucre roux en cubes irréguliers), « l'Antillaise » (cassonade et dominos roux), « Blonvilliers » (sucre morceaux blond) ; on cite enfin les granulés de candi de canne nécessaire à l'élaboration des vins de Champagne et des vins de Loire, notamment le Saumur et les productions de sucre destinées à la réalisation des confitures « Gelsuc ».
Nantes assure aussi la commercialisation des produits et spécialités fabriqués dans les autres usines du groupe Béghin Say.
    
Les performances de la raffinerie et de Beghin Say.
L'eau utilisée par l'entreprise pour raffiner le sucre provient d'eau de Loire puisée au rythme de 550 m 3 par heure. Une partie de cette eau sert à refroidir les circuits puis est rejetée en Loire, l'autre partie est filtrée et chauffée pour fournir la vapeur nécessaire à la cristallisation du sucre.
L'usine produit donc sa propre vapeur, elle produit également son électricité : elle est autonome. Le degré d'automatisation et la gestion rationnelle de l'énergie font de la raffinerie de Nantes une des unités les plus performantes existant à ce jour.
Plus généralement, Beghin-Say est la première industrie productrice de sucre française. Elle domine le marché intérieur avec plus de33%de la consommation industrielle et près de 38% de la consommation des ménages. Beghin-Say assure, en outre, environ 35% des exportations françaises de sucre.
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