Naissance : 1883[Lens]
Décès : 1947
Promotion IPC : 1908
Auguste Detœuf porte l'image d'un ingénieur avisé, efficace, d'une très grande modestie et demeure un littéraire de haute qualité, parfois humoriste.
Ancien élève de l'École polytechnique (1902) et de l'École des Ponts et Chaussées, il débute en 1908 aux travaux hydrauliques de Cherbourg où il rencontre Maxime Laubeuf, inventeur du submersible à double coque et double propulsion qui inspira pendant 40 ans la conception des sous-marins. La proche homonymie inspira à Detoeuf la création de la Société Anonyme Detoeuf et Laubeuf spécialisé en aéronefs submersibles et sous-marins volants... Nommé en 1912 au service maritime du Havre où il exécute des travaux originaux. Il manifeste bientôt le désir profond de ne pas confiner les ingénieurs dans des tâches d'exécution ou de contrôle, mais de les faire participer à l'exploitation et à la coordination des travaux avec les autres services. Il ne tarde pas à mettre ses idées en application au cours de la Première Guerre mondiale. Remis de ses blessures lors des opérations des Flandres, il est appelé à l'exploitation militaire des voies navigables à Rouen. Il y crée notamment pour les transports fluviaux un bureau d'affrètement unique et obligatoire qui finit par être accepté par les mariniers. Cette initiative permet de porter au maximum le rendement des transports par la Basse Seine pour suppléer à l'insuffisance de la desserte par la voie ferrée. Ces bons résultats amènent Alexandre Millerand, Commissaire général en Alsace, à proposer à Auguste Detœuf la direction des ports de Strasbourg et Kehl revenus à la France suite au traité de paix. Lors de son départ de Strasbourg en 1924, il aura été à l'initiative d'un projet de loi devant le Parlement pour y créer un port autonome. Le trafic du port, de 2 millions de tonnes en 1913, passera à plus de 6 millions, dont une large part était assurée par la flotte française rhénane. Il est un des principaux créateurs, en 1928, d'Alsthom qui regroupe les constructions électriques de la Compagnie Thomson-Houston (où il est entré dès 1924), et de la Société alsacienne de constructions mécaniques et dont il devient le premier président de 1928 à 1940. Impliqué dans les bouleversements de son temps, Detœuf prononce en 1936 un fameux discours devant le Groupe X-Crise intitulé « La fin du libéralisme ». Il participe en 1938 au colloque Walter Lippmann où, sur certains thèmes, il s'oppose à Ludwig von Mises. Il est également l'un des fondateurs de la revue Les Nouveaux Cahiers qui milite pour le rapprochement du patronat avec les syndicats ouvriers. En dehors d'un ouvrage plein d'humour et riche d'enseignements - Propos de O.L. Barenton, confiseur, (1951) - Auguste Detœuf est l'auteur d'un grand nombre d'articles, d'études et de conférences contenant toujours cette idée essentielle pour lui : « Le syndicalisme généralisé sera la meilleure défense contre le développement de l'étatisme et du totalitarisme et la condition de la sauvegarde des aspects essentiels de la liberté ». Analysant fort bien la société du temps, ses articles dans les grands quotidiens connaissent un important succès.