Naissance : 1786[Nevers]
Décès : 1861[Grenoble]
Promotion IPC : 1809
Connu du monde entier pour avoir inventé en 1817 le ciment artificiel - celui qui tient sans eau - et permis l'industrialisation des liants hydrauliques, Honoré de Balzac l’honore dans « Le curé de village » en 1839 par cette formule "Quelle sera la récompense de Vicat, celui d'entre nous qui a fait faire l'unique progrès réel à la science pratique des constructions ?". Depuis 1889, son nom, figure sur la grande frise du premier étage de la tour Eiffel, côté sud.
Entré à l’Ecole des Ponts en 1806, il est nommé ingénieur de 2ème classe en 1809 en Dordogne où il commença l’exécution de la route de Périgueux à Brives. Passé dans le Lot, on lui demande réaliser un pont sur la Dordogne à Souillac à partir de 1812. Il s’agissait de construire un grand pont de 7 arches surbaissées de 22 mètres d’ouverture mais dont les fondations présentaient de grandes difficultés eu égard au niveau des crues. C’est là que Vicat commence ses observations et ses recherches sur l’étude chimique de la composition des mortiers. Il découvrit rapidement que ceux-ci étaient formés de chaux hydrauliques, et que les propriétés des chaux hydrauliques naturelles dépendaient de l’argile qu’elles contenaient. Pendant les dix années que dure la construction du pont de Souillac, Vicat cherche une nouvelle matière capable de durcir rapidement sans eau pour remplacer le mortier à prise lente préconisé par le Conseil Général des Ponts et Chaussées. Comme d'autres à la même époque, il essaie de percer le secret du fameux "ciment" romain, capable de durcir sans l'eau et d'y résister pendant des siècles comme en témoignent encore certains ouvrages dont le Pont du Gard. Tenant compte des observations faites en Angleterre par Wyalls, Partier et Smeaton, en Suède par Bagge et en France par Chaptal sur les chaux qu'ils avaient observées il analyse en particulier les propriétés des constituants des liants hydrauliques naturels qu'il trouve dans les grottes près de Souillac et va bien au delà de ses contemporains en procédant à la synthèse et en modifiant le dosage de ces éléments. En 1817, le ciment artificiel, "l'or gris" est né, et il développe alors une véritable théorie de l'hydraulicité. Expérience qu'il réalise aussi la même année devant l'Académie des Sciences pour faire taire les suspicions. Prony, Gay Lussac et Girard en feront un compte rendu élogieux. En 1818, à la demande du Conseil Général des Ponts et Chaussées il publie : "Recherches expérimentales sur les chaux de construction, les bétons et les mortiers ordinaires" où il évoque la fabrication simple mais précise de la chaux hydraulique dont les qualités surpassent celles de la chaux naturelle produite empiriquement par le hasard - par cuisson d'un mélange finement broyé et préalablement dosé de calcaire et d'argile. Il finit en 1822 le pont de Souillac qui devient ainsi le premier pont bâti avec une chaux hydraulique artificielle. Chargé officiellement de diverses missions relatives à la recherche et à la fabrication des chaux hydrauliques dans les départements, il parcourt la France à la recherche des gisements de chaux hydraulique naturelle (il ne retient pas moins de 900 carrières) et pour aider les jeunes ingénieurs dans la confection des chaux hydrauliques artificielles. On le trouve en 1824 en Ille et Vilaine pour la construction des canaux de Bretagne, dans la Nièvre pour le canal du Nivernais.
Il invente également l'aiguille "Vicat" pour déterminer le temps de prise. Il prend en 1827 la direction du département de l’Isère comme ingénieur en chef de 1ère classe, tout en dirigeant la construction du pont suspendu en fil de fer dit Pont Marie à Argentat (Corrèze) en 1829. Nommé membre correspondant de l’Académie des Sciences en 1833, il obtient le prix de Statistique en 1837 pour ses travaux sur la composition des substances destinées à fournir des chaux hydrauliques et des ciments dans les 28 départements du bassin du Rhône et de la Garonne. En 1840,à travers découverte des principes d'hydraulicité des ciments lents (dits ciments Portland) il obtient le clinker qui résulte de la cuisson à 1450°C° d'un mélange composé d'environ 75 % de calcaire et de 25 % de silice
N’ayant déposé aucun brevet sur le ciment que les députés votèrent en juin 1845 en sa faveur une rente viagère de 6000 Francs au titre des économies réalisées pour la nation évaluées alors à 182 millions de Francs et fut décoré également Commandeur de la Légion d’Honneur. Retraité en 1852, après avoir refusé le grade d’Inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées, il publie en 1856 le « Traité pratique et théorique de la composition des mortiers, ciments et gangues à pouzzolanes et de leur emploi dans toutes sortes de travaux suivi des moyens d'en apprécier la durée dans les constructions à la mer » qui résume l’activité scientifique et technique qui le passionna plus de quarante ans et qui lui aura permis d’aborder presque toutes les questions relatives aux liants hydrauliques. Il avait reçu également une grande médaille d’honneur à l’Exposition Universelle de Paris de 1855 et construit un pont au Jardin des plantes de Grenoble qui est le premier ouvrage en béton coulé au monde. En 1853, son fils Joseph (1821-1900) Polytechnicien également participe aux recherches de son père sur les causes chimiques de la destruction des composants hydrauliques par l’eau de mer et sur les moyens d’apprécier leur résistance à cette action. Joseph Vicat construit la première usine de la Société Vicat à Genevrey-de-Vif, près de Grenoble, pour fabriquer le ciment naturel, artificiel et maritime, puis une seconde en Grande Chartreuse à la Pérelle pour le ciment prompt.
Pont de Souillac
Ciment naturel
Clinker (ciment lent)